19 Juin 2017

Mali: Vous avez dit nouvelle «attaque terroriste»?

éditorial

Alors qu'on n'avait pas fini de saluer la forte mobilisation de l'opposition politique et de la société civile maliennes qui ont envahi les rues de Bamako samedi dernier pour faire échec au référendum constitutionnel convoqué pour le 9 juillet prochain, voilà que le Mali enregistre, le lendemain, un «dimanche noir». Ce 18 juin en effet, les forces spéciales antiterroristes du Mali (Forsat), l'armée et des éléments de sécurité de l'ONU ont dû en découdre avec des «terroristes» présumés qui s'en sont pris au campement Kangaba, dans la banlieue est de la ville. Selon un bilan rendu public en fin de soirée, dimanche, les échanges de tirs au niveau de ce site «prisé des touristes occidentaux» ont fait «deux morts et quatre blessés», tandis qu'une trentaine d'otages avaient été libérés.

En frappant à nouveau la capitale malienne, après les attaques de novembre 2015 contre l'hôtel Radisson Blu qui avait fait vingt morts, et de mars 2016 contre l'hôtel Nord-Sud de Bamako, les «terroristes» viennent clairement d'indiquer, si tant est qu'on en doutait encore, qu'ils ne comptent accorder aucun répit ni au pouvoir en place, ni aux Occidentaux. En tout cas pour le ministre malien de la Sécurité publique, le général Salif Traoré, qui a dénoncé une «attaque djihadiste», aucun doute n'est donc permis. D'autant que ces assaillants, armes au clair et manifestement en quête de réaliser un nouveau carnage, auraient scandé, selon plusieurs témoignages, le traditionnel «Allah Akhbar» (Dieu est grand), cri de guerre des «fous de Dieu».

En proie depuis 2012 aux coups de boutoir de terroristes divers et ondoyants, de djihadistes et autres trafiquants de toutes sortes, le Mali, sauvé in extremis d'une scission certaine grâce à l'opération Serval mis en place par l'ancien président français François Hollande, peine depuis à retrouver paix et sérénité. Les élections générales de 2013 n'ont donné, juste un moment, que l'illusion de la reconstruction d'une nation déchirée, et la signature, en mai-juin 2015, d'un accord de paix ne semble avoir rien réglé jusque-là. En effet, on joue les prolongations dans la mise en application de cet accord, tandis que des zones entières du pays échappent encore... «au contrôle des forces maliennes et étrangères, régulièrement visées par des attaques meurtrières».

Le fait est que ces attaques ne concernent pas que le Mali et ont déjà endeuillé, depuis 2015, notamment des populations du Niger, de la Côte d'Ivoire et du Burkina Faso. Comment oublier en effet, en ces tristes circonstances, la terrible attaque qui a frappé Ouagadougou le 15 janvier 2016, lorsque le Splendid Hôtel et le café Cappuccino ont été pris pour cibles, ainsi que les fréquentes incursions de ces assaillants sans foi ni loi, qui ont marqué l'année 2016 au «pays des Hommes intègres»? La gifle de ce dimanche devrait donc inciter les autorités de tous les pays de la bande sahého-sahélienne, plus que jamais dans l'œil du cyclone terroriste, à redoubler davantage d'efforts pour contrer, ou à tout le moins amoindrir notablement les visées dévastatrices de ces perturbateurs impénitents. Vigilance accrue partout donc, d'autant que ci et là, des oreilles indiscrètes avaient perçu des bruits et alerté les autorités maliennes sur l'imminence d'une attaque...

On peut à présent légitimement se demander ce qu'il adviendra du référendum constitutionnel projeté par le gouvernement malien pour se tenir le 9 juillet. Incontestablement, cette attaque, quelle qu'en soit par ailleurs la nature, vient saloper une ambiance déjà des plus délétères, un climat extrêmement volatile qui nécessitent toutes les énergies du gouvernement. La sagesse ne commande-t-elle pas alors, au-delà des récriminations massives que suscite le nouveau texte de la Loi fondamentale, et en raison de la situation sécuritaire plutôt médiocre du pays -- des zones entières restent sous contrôle de forces non maîtrisées --, d'oser un repli stratégique sur le calendrier et sur le contenu du document incriminé pour étudier plus sereinement les conditions d'un rebond salvateur?

En tout état de cause, ni le Mali, ni aucun pays de cette sous-région ne peut raisonnablement, aujourd'hui, ignorer la menace terroriste, permanente. Au Burkina Faso, où les soldats et les populations des zones frontalières et de la capitale ont déjà payé un lourd tribut aux propagateurs de cette terreur inqualifiable et injustifiable, le niveau de surveillance, de vigilance et de contrôle, ainsi que la capacité de riposte des Forces de défense et de sécurité se doivent d'être notablement relevés. Pour qu'à la fin, le bien commun et universel triomphe de l'obscurantisme, de la barbarie, de la violence gratuite...

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