18 Juin 2017

Gabon: Tentative de destabilisation du pouvoir gabonais - Faut-il en rire ou en pleurer ?

Photo: Afrikakom
Radio Television Gabonaise
analyse

C'est avec une énorme surprise que les Gabonais ont appris, le 16 juin dernier, l'attaque simultanée de certains médias privés par des groupes d'hommes munis pour l'essentiel d'armes blanches et exigeant la diffusion d'un message appelant à une « révolution pour la libération du peuple gabonais ».

Le porteur du message n'est autre que Roland Désiré Aba'a Minko, grand pourfendeur de la Françafrique devant l'Eternel et allié de circonstance de l'opposant Jean Ping. Cet homme politique qui s'était déclaré candidat à la dernière élection présidentielle gabonaise avant de se désister pour soutenir le favori de l'opposition, avait déjà défrayé la chronique en juillet 2011 quand il avait entamé une grève de la faim pour, disait-il, exiger la révision des accords de coopération entre la France et le Gabon.

Mais on était loin d'imaginer qu'il puisse, dans ce pays certes miné par une crise sociopolitique aiguë mais dont les institutions fonctionnent encore, pousser le bouchon aussi loin en lançant des alertes à la bombe et un ultimatum au président Ali Bongo pour démissionner de ses fonctions, faute de quoi il pulvériserait les institutions de la République les unes après les autres.

Et pour réussir son opération qui s'est révélée être un pétard mouillé, le El Commandante d'une matinée avait envoyé ses « commando Ninja » armés de coupe-coupe et de dynamites investir les locaux de TV+, d'Africa n°1 et de Kanal 7 pour diffuser un message sans ambiguïté, dans lequel il a annoncé avoir posé « des explosifs dans les édifices publics avec mise à feu télécommandée et la prise en otage des occupants, la neutralisation des sites militaires stratégiques identifiés par satellite ».

On se croirait dans le scénario d'un film de série B avec un réalisateur de mauvais talent, puisqu'après avoir donné le clap de départ, il a anticipé la suite des événements en cherchant à sauver sa peau plutôt qu'à suivre et à encadrer la prestation de ses acteurs. Roland Désiré Aba'a Minko a été, en effet, extirpé par la police judiciaire gabonaise du siège de la Délégation de l'Union européenne (UE) à Libreville où il s'était réfugié et il est en train, au moment où vous lisez ces lignes, de répondre aux questions des enquêteurs qui doivent, on s'en doute, être nombreuses : qui a financé l'opération et qui en est le commanditaire ? Qui sont les exécutants et qui sont leurs complices éventuels ?

Espérons que l'équipe de Fatou Bensouda ne se laissera pas prendre au piège

En tout état de cause, la lumière devrait être faite dans les meilleurs délais sur ce polar à la gabonaise, afin de mettre fin aux supputations et autres procès en sorcellerie actuellement en cours au Gabon et ailleurs et visant le camp présidentiel et l'opposition incarnée par Jean Ping.

Certains même vont jusqu'à se demander s'il faut en rire ou en pleurer, tant les acteurs de la fracture sociopolitique gabonaise débordent d'imagination et d'intrigues de toutes sortes quand il s'agit de pointer du doigt la responsabilité de l'adversaire politique, à chaque fois que la démocratie est mise à mal dans ce pays.

Dans ce cas-ci, on en aurait ri s'il n'y avait pas de risque réel de voir Ali Bongo et ses thuriféraires se saisir de cette « opération-kamikaze » de Roland Désiré Aba'a Minko pour définitivement mettre leur ennemi intime et opposant politique Jean Ping hors d'état de nuire. De là à penser que le scénario de la déstabilisation a été inventé et écrit dans les salons feutrés du Palais du bord de mer pour desserrer l'étau autour de Bongo fils, il n'y a qu'un pas que ceux qui connaissent les coups tordus et les montages grossiers dont sont capables les hommes forts en Afrique, ont déjà franchi.

Cette hypothèse est d'autant plus plausible que la tentative supposée ou réelle de déstabilisation du Gabon par l'opposition, est intervenue moins d'une semaine avant l'arrivée d'une mission de la Cour pénale internationale (CPI) à Libreville, dans le cadre ,de l'examen préliminaire des plaintes déposées par le gouvernement, le camp de l'opposant Jean Ping et 15 ONG, suite aux violences post-électorales enregistrées l'année dernière dans le pays.

C'est ce timing pour le moins troublant qui fait croire que le régime d'Ali Bongo a tout simplement instrumentalisé l'atypique putschiste de vendredi dernier, afin de se servir de sa déclaration virulente et violente contre les institutions de la République comme une pièce à conviction pour accabler l'opposition et mettre sur son compte toutes les tueries depuis le déclenchement de la crise postélectorale.

Ainsi, les tenants du pouvoir pourraient dire à la CPI, au cas où elle ouvrirait une enquête judiciaire sur les crimes commis, que s'il y a beaucoup d'affabulations sur le sujet, on sait désormais qui de l'opposition ou du pouvoir a véritablement le profil de l'emploi. Espérons que l'équipe de Fatou Bensouda ne se laissera pas prendre au piège et que les actes posés par des individus encagoulés vendredi dernier, qu'ils soient isolés ou commandités par l'un ou l'autre des camps opposés, ne pourront pas brouiller les pistes.

Avec cette visite prévue pour mardi prochain et saluée par tous, nul doute que la CPI saisira le fil d'Ariane qui conduira aux fauteurs de troubles et aux auteurs des assassinats enregistrés au Gabon, depuis la réélection contestée d'Ali Bongo Ondimba.

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