18 Juin 2017

Burkina Faso: Le Président du Faso aux OSC

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré a échangé, le 16 juin 2017 à Ouagadougou, avec les Organisations de la société civile (OSC). Ce face à face s'inscrit dans le cadre de la deuxième session du cadre de concertation entre l'Etat les OSC.

C'est un dialogue, sans langue de bois, qui s'est déroulé entre le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré et les organisations de la société civile. Tour à tour, les neuf composantes des OSC, présentes à la rencontre avec l'Etat, le 16 juin 2017 à Ouagadougou, ont égrené un chapelet de préoccupations à l'endroit du chef de l'Etat. Dès l'entame des échanges, les organisations féminines, à travers leur représentante, Clarisse Kagambéga, est montée au créneau pour soumettre au locataire du palais de Kosyam les problèmes qui minent le développement de la femme burkinabè.

Dans son plaidoyer, on a noté que l'autre moitié du ciel n'est pas satisfaite de sa représentativité au sein des instances de décision. C'est pourquoi, elle a demandé une relecture de la loi portant sur le quota genre pour permettre à la femme d'avoir voix au chapitre. Elle a également souhaité qu'une lutte « féroce » soit engagée contre les violences faites aux femmes, notamment contre l'excision, le lévirat ou l'exclusion sociale. «Nous avions voulu en son temps que la loi sur le quota genre soit coercitive. Les débats parlementaires ont finalement abouti à des sanctions pécuniaires », a rappelé le président du Faso tout en invitant les femmes à poursuivre le combat pour l'adoption d'une loi plus contraignante sur le quota genre. Le chef de l'Etat a reconnu que certaines pesanteurs socioculturelles latentes continuent de justifier les violences infligées aux femmes, d'où son appel à plus de sensibilisation.

5 milliards de F CFA à la jeunesse

Les mouvements de jeunesse veulent, de leur côté, le retour du Forum national des jeunes afin de leur permettre d'exprimer leurs préoccupations. Séance tenante, le président Kaboré a promis la tenue dudit forum avant la fin de l'année 2017. Concernant les questions de l'emploi des jeunes et de financement de projets sur lesquels le représentant de la jeunesse, Paul Wambi Sana, est revenu avec insistance, le président du Faso a été direct : « les fonds mis à la disposition de la jeunesse sont problématiques.

On donne des fonds à des jeunes et ils s'en servent pour financer leurs activités politiques. Désormais, il faut qu'il y ait plus de suivi », s'est-il exprimé. Néanmoins Roch Marc Christian Kaboré a annoncé « une bonne » nouvelle à la jeunesse : 5 milliards de F CFA seront disponibles d'ici le mois de juillet comme l'avait promis le Premier ministre lors de son adresse à l'Assemblée nationale.

S'exprimant pour le compte des mouvements des droits humains, Charles Sorgho, s'est voulu, lui aussi, franc et direct. «Il faut faire le procès des crimes de sang au plus tard en fin 2017 », a-t-il demandé au chef de l'Etat. Et celui-ci de lui répondre: «Nous souhaitons que tous les crimes de sang soient traités le plus vite possible. C'est une question de cohésion sociale (... ) afin d'éviter aux Burkinabè de regarder toujours dans le rétroviseur ».

M. Sorgho a également demandé un encadrement des initiatives citoyennes de sécurité avant d'ajouter : « prenez des mesures contre les lyncheurs !». Autre doléance formulée par le défenseur des droits de l'homme est le vote des Burkinabè de l'étranger. « Que doit-on savoir du vote des Burkinabè de l'étranger en 2020 ? ». Sur ces deux dernières préoccupations, son interlocuteur a été ferme et rassurant : « il y a des limites à ne pas franchir concernant les initiatives locales de sécurité » avant de rassurer plus loin, « C'est un engagement que j'ai pris : les Burkinabè de l'étranger voteront en 2020 ».

Le respect mutuel entre journalistes et FDS

A cette rencontre, les journalistes ont également mis les pieds dans le plat. La violence dont a été l'objet un journaliste à Kaya lors de la dernière édition de la Journée nationale du paysan(JNP) a été ‘'exhumée" par le représentant des organisations professionnelles des médias, Gabriel Kambou. Pour ce faire, il a exigé de l'Etat une meilleure protection des hommes des médias. Il a dénoncé la lenteur constatée dans la mise en œuvre de la convention collective des médias, quoique « dépassée », traîne encore comme un serpent de mer. « Il faut que le fonds de soutien aux médias privés soit destiné aux journalistes et non aux patrons de presse », a-t-il suggéré.

Il a également plaidé pour l'édification d'un meilleur cadre de travail et la dotation conséquente de moyens de travail pour les journalistes des medias publics afin de leur permettre de mener à bien leurs missions. Là aussi, l'intervention du président Kaboré a été « sans ambiguïté » notamment sur l'altercation entre le journaliste et un gendarme à Kaya : « Si nous nous respectons mutuellement, ces genres d'incidents ne peuvent pas arriver ». Sur le fonds accordé à la presse privée, le président du Faso a préféré ne pas s'interférer, invitant les acteurs du secteur privé à la discussion. Il a cependant indiqué que le siège de la radio et la télévision publique dispose de plans pour leur réalisation. Gros bémol toutefois soulevé par le chef de l'Etat : 10 à 12 milliards nécessaires sont à rechercher.

La chefferie traditionnelle cherche un statut

Au regard du rôle qu'ils jouent dans l'apaisement du climat social, les organisations coutumières et religieuses espèrent disposer d'un statut consacré à la chefferie traditionnelle, avec à la clé, un rang d'institution de la république. Roch Marc Christian Kaboré, sans faire de promesse, a néanmoins reconnu le rôle que joue la chefferie coutumière et les organisations religieuses au Burkina Faso. Reconnue d'utilité publique depuis 1991, l'Union nationale des aveugles et malvoyants ne bénéficie toujours pas de subvention. « Nous ne voulons pas de la charité. Nous voulons que la loi soit mise en œuvre », a imploré le représentant des personnes vivant avec un handicap, Christophe Oyé.

« Consommons burkinabè », a lancé, de son côté, la représentante des organisations paysannes. Une préoccupation partagée par le chef de l'Etat qui invite les Burkinabè à consommer ce qu'ils produisent en vue de booster la croissance. Dans cet élan, Roch Marc Christian Kaboré a annoncé que d'ici à la fin juin 2017, le capital de la banque agricole sera bouclé. Il a instruit le Premier ministre afin qu'il soit inscrit dans le budget 2018 une ligne consacrée à la subvention à accorder à l'Union nationale des aveugles et malvoyants. Le président du Faso a saisi l'occasion pour asséner quelques vérités aux OSC. Morceaux choisis : « le rôle des OSC, ce n'est pas la prise du pouvoir d'Etat. Le rôle des OSC, ce n'est pas de faire de la politique. Le rôle des OSC, ce n'est pas non plus de créer la division et l'esprit de haine entre les Burkinabè. De même, il ne nous appartient pas en tant que gouvernement d'instrumentaliser les OSC en notre faveur. Chacun de nous a une ligne rouge à ne pas franchir. Lorsqu'on la franchit, on change de nature... Tant que vous êtes dans votre rôle, faites votre travail, vous n'avez rien à craindre».

Les à-côtés de la rencontre

« On ne vous demande pas de boire toute la sauce ! »

Le représentant de centres et instituts de recherche a expliqué qu'en 2014 l'une de leur étude avait révélé que plus de 60% de Burkinabè ne voulaient pas de la modification de l'article 37 de la Constitution. Il a indiqué qu'il leur avait été reproché la non-représentativité de leur échantillon. D'où la réponse du représentant des chercheurs à la rencontre : « Lorsque vous avez préparé une sauce, pour se rendre compte que le niveau de sel a suffi, il faut bien la mélanger et enlever un tout petit peu pour goûter. On ne vous demande pas de boire toute la sauce ». L'histoire leur ayant donné raison, les chercheurs ont plaidé pour une prise en compte des recommandations de leurs études.

« Nous ne voulons pas avec rappel »

L'Union nationale des aveugles et malvoyants, reconnue d'utilité publique depuis 1991, ne bénéficie toujours pas de subvention selon le représentant des personnes vivant avec un handicap. Celui-ci a saisi l'opportunité de la rencontre avec le président du Faso pour intercéder pour cette association « Nous ne voulons pas de la charité. Nous voulons que la loi soit mise en œuvre », avant d'ajouter : « nous ne voulons pas avec rappel. Juste que ça commence maintenant ! »

La CEDEAO et les 10%

La représentante des organisations paysannes ne comprend pas pourquoi les 10% du budget affectés au secteur de l'agriculture vont dans les séminaires et autres frais de missions. Une préoccupation que le Président du Faso a voulu recadrer. « La CEDEAO n'a pas donné de l'argent à l'Etat et qui est utilisé dans les séminaires et missions au détriment de l'agriculture. Il s'agit tout simplement d'une recommandation de l'institution sous-régionale qui demande à chaque pays de consacrer 10% de son budget à l'agriculture. C'est clair. Et sur ce point, je pense que le Burkina Faso est au-delà », a rectifié Roch Marc Christian Kaboré.

Quelques recommandations

Créer les conditions et veiller à l'application d'une justice équitable, mieux comprise des citoyens et plus accessible.

Lutter de manière efficace et résolue contre l'impunité.

Créer les conditions et veiller à la mise en œuvre d'une gouvernance vertueuse dans tous les domaines de la chaîne publique.

Travailler à une dépolitisation de l'administration publique ainsi que de la chefferie traditionnelle.

Le Président du Faso aux magistrats: « Nul est au-dessus de la loi »

Présent à Manga dans le cadre de la remise de financements aux producteurs agricoles, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré a saisi la perche qui lui a été tendue par un journaliste pour se prononcer sur la grève des magistrats et certains auxiliaires de justice, en cours depuis une semaine, à la suite des violences subies par le palais de Justice de ladite ville.

« Nul n'est au-dessus de la justice. Autant, il n'appartient pas aux populations de se faire justice elles-mêmes, autant je pense qu'au niveau des juges, à un certain moment donné, doivent savoir raison garder. Il est clair que nous condamnons avec la dernière énergie ce qui s'est passé ici à Manga. En s'attaquant au palais de justice, ce n'est pas normal. Ce sont là les premiers actes d'incivisme qu'il nous faut combattre non seulement par des mesures, mais également de façon pédagogique. C'est important.

Le second aspect que je voulais noter, c'est que pour ma part, j'estime que des syndicats comme ceux de la justice ne pouvaient pas aller en grève sans demander de préavis parce qu'ils doivent être des légalistes, les premiers à respecter les règles de droit. C'est dire que d'un côté, comme de l'autre, nous devons apprendre à respecter la loi.

C'est le premier principe. Et en tant que garant de l'indépendance de la justice, je dis aux juges qu'ils sachent qu'ils ne sont pas au-dessus de la loi. C'est pourquoi, le gouvernement prendra toutes les dispositions pour que, aussi bien les juges, que tous les autres services de l'Etat, nous puissions faire en sorte que ces genres de situations ne se répètent pas, qu'on puisse assurer la sécurité des uns et des autres, qu'on puisse continuer à faire le travail de sensibilisation.

Les Burkinabè doivent comprendre que la seule chose qui nous permet de vivre ensemble, c'est le respect de la loi. Si nous ne respectons pas la loi, nous vivons comme si nous étions dans la brousse. Et ce n'est pas ce que nous voulons. Nous voulons construire un Etat de droit, un Etat de démocratie. Nous devons donner l'exemple à tous les niveaux. C'est ce que j'avais à dire en ce qui concerne cette situation en espérant que les prochains jours nous permettront de trouver un dénouement heureux à l'ensemble de ces questions ».

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