19 Juin 2017

Guinée: Alhassane Bah, Amnesty international Guinée - «Les forces de l'ordre doivent s'abstenir de tirer à balles réelles lors des manifestations»

interview

En marge du lancement de la campagne «Osons le courage», samedi 17 juin, notre rédaction a tendu le micro à Alhassane Bah membre d'Amnesty international Guinée pour parler de la situation des droits de l'homme en Afrique et plus spécifiquement en Guinée. Le défenseur des droits humains a également exprimé son inquiétude face à la menace de l'opposition de reprendre les manifestations politiques dès après le mois de ramadan. Lisez!

Parlez-nous de la campagne «Osons le courage» que l'ONG Amnesty international Guinée vient de lancer?

Nous avons constaté que les défenseurs des droits humains sont victimes de beaucoup des choses dans leur travail de la part des autorités et pendant les manifestations ou des référendums comme le souligne d'ailleurs le dernier rapport d'Amnesty «les voix critiques étouffées». Par exemple, au Nigéria, on a enregistré 150 morts c'est accablant. En Guinée, il y a eu des journalistes qui ont été arrêtés et bastonnés. C'est pourquoi, Amnesty international Guinée a décidé de lancer cette campagne pour suivre le mouvement d'ensemble.

L'Afrique de l'Ouest est l'une des régions où les droits humains sont de plus en plus violés. Qu'est ce qui explique cela?

L'Afrique de l'Ouest et du centre sont les deux régions du continent où il y a eu plus des violations des droits humains. De plus en plus d'Etats considèrent les défenseurs des droits humains comme des ennemis. Les Etats prétextent que les défenseurs des droits de l'homme sont des opposants et profitent pour s'en prendre à eux. Ils reviennent aux gouvernements des différents pays de réellement protéger les défenseurs des droits humains. Alors que nous savons tous que ces activistes sont en train d'exercer leur travail. C'est pourquoi, Amnesty international Guinée a lancé cette campagne. Nous envisageons aussi de faire une formation sur le rôle de la presse dans la promotion et la protection des défenseurs des droits humains.

La diabolisation et la promulgation de législation contraignante sont les moyens utilisés par les Etats pour «étouffer les voix critiques». Est-ce que les activistes que vous êtes sont suffisamment protégés en Guinée?

En 2014, la Côte d'ivoire a été le premier pays à se doter d'un texte des lois qui protège les défenseurs des droits de l'homme. D'autres pays comme le Mali, le Niger, le Burkina Faso ont aussi commencé. Mais pourquoi pas la Guinée? Il faut vraiment un texte qui garantit la sécurité des défenseurs des droits humains. Mais, cela ne voudrait pas dire que tant qu'on ne doit pas agir si on n'a pas cette loi. Nous avons travaillé sur un avant-projet de loi à Kindia que nous allons porter au ministère de la Citoyenneté qui va le porter devant le gouvernement avant son dépôt au parlement. Nous attendons beaucoup l'implication des députés pour que cette loi soit votée enfin dans notre pays.

Ces derniers temps, il y a eu de plus en plus des vindictes populaires où des citoyens sont brulés vifs. Comment Amnesty international Guinée perçoit ce phénomène?

C'est pitoyable et malheureux parce que dans un état des droits cela ne doit pas se passer ainsi. Les citoyens ne doivent se rendre justice. Les lois guinéennes sont faites pour être respectées et non pour être violées quel qu'en soit le prétexte. Nous devons aussi lancer une campagne de lutte contre l'impunité dans les mois à venir. C'est vrai qu'il est difficile de revoir des criminels en liberté, mais la faute revient à l'Etat.

La journée internationale de soutien aux victimes de torture est célébrée le 26 juin de chaque année. Quelles sont les actions que vous comptez mener à cette occasion?

En Guinée, nous avons décidé de célébrer cette journée le 24 juin à l'Université Koffi Annan. Eventuellement, nous allons parler des conditions de détentions en Guinée parce que la torture continue dans nos prisons alors qu'elle est abolie sous toutes ses formes. Si on réfère à la Déclaration universelle des droits de l'homme, elle prévoit que nul ne doit être soumis à la torture, ni à des peines inhumaines et dégradantes. A l'occasion des manifestations, les forces de sécurité doivent savoir qu'elles ne doivent pas exercer une force de pression. L'article 3 de la même Déclaration stipule que toute personne a droit à la vie, à la liberté et à la sureté. Mais si c'est la personne qui doit te protéger qui te donne le sentiment d'insécurité ça devient inquiétant.

Des manifestations sont prévues dès après le ramadan sachant que par le passé cela a toujours engendré des pertes en vies humaines. La situation sociopolitique vous inquiète-t-elle?

L'article 10 de la Constitution autorise les manifestations. Mais nous sommes inquiets parce qu'en Guinée les manifestations engendrent toujours des pertes en vies humaines. C'est important que les forces de sécurité s'abstiennent de tirer à balles réelles contre des manifestants. Le maintien d'ordre requiert l'usage des armes conventionnelles comme le gaz lacrymogène. Il y a eu tellement des morts à l'occasion des manifestations, mais il n'y a jamais eu de justice. C'est pourquoi, nous devons nous battre pour instaurer un véritable état des droits dans notre pays.

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