22 Juin 2017

Sud-Soudan: La famine diminue, mais la situation reste désespérée alors que la faim se répand

Photo: ONU/Mark Garten
Le ’Sommet de la solidarité’ à Kampala, en Ouganda. Le Secrétaire général António Guterres (au centre) co-préside le sommet avec le Président ougandais Yoweri Museveni (à droite) et le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi (à gauche).

Rome/Juba — La famine a diminué au Sud-Soudan après une importante augmentation des interventions humanitaires, selon une nouvelle analyse publiée aujourd'hui. Cependant, la situation reste grave à l'échelle du pays, car le nombre de personnes qui luttent pour trouver suffisamment de nourriture chaque jour est passé à 6 millions, contre 4,9 millions en février, ceci étant le niveau d'insécurité alimentaire le plus élevé jamais connu au Soudan du Sud.

Selon la mise à jour de l'Integrated Food Security Phase Classification (IPC) du gouvernement, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et d'autres partenaires humanitaires, la définition technique reconnue de la famine ne s'applique plus dans les comtés de Leer et Mayandit dans l'ancien État d'Unité où la famine a été déclarée en février. Dans deux autres comtés jugés à hauts risques en février - Koch et Panyijiar- l'aide humanitaire rapide et durable jouerait un rôle considérable afin d'éviter que la situation ne s'aggrave au point d'atteindre la famine.

Cependant, 45 000 personnes dans les anciens États de l'Unité et de Jonglei vivent encore dans des conditions catastrophiques et seront confrontés à la famine si l'assistance humanitaire n'est pas maintenue. Cela comprend 25 000 personnes dans l'ancien Etat d'Unité et 20 000 personnes à Jonglei, où la situation s'est rapidement détériorée en raison des déplacements dus aux conflits et à la mauvaise récolte de l'année passée.

Tout le pays est marqué par l'aggravation des conditions de vie. Le nombre de personnes confrontées à des niveaux dramatique d'insécurité alimentaire- un pas en dessous de la famine à l'échelle de l'IPC - est de 1,7 million par rapport à 1 million en février.

"La crise n'est pas terminée. Nous gardons les personnes en vie, mais trop de personnes sont confrontées à des risques extrêmes et pourraient en mourir" a dit le Directeur des urgences de la FAO, Dominique Bourgeon. « La seule façon de mettre fin à cette situation désespérée est de stopper le conflit, d'assurer un accès sans limite et de permettre aux gens de rétablir leur moyens de subsistances ».

Les trois agences des Nations Unies ont souligné que les améliorations dans les zones les plus exposées à la famine ne doivent pas être vaines. La capacité des personnes à se nourrir elles-mêmes s'est fortement dégradée, donc l'aide alimentaire d'urgence et l'aide pour subvenir aux besoins vitaux des populations doivent continuer pour empêcher un retour à une situation de famine.

"Les progrès réalisés dans les comtés touchés par la famine montrent ce qui peut être obtenu lorsqu'une aide durable est fournie aux familles. Mais le travail est loin d'être achevé." a déclaré Joyce Luma, représentante et directrice du PAM au Soudan du Sud. "Cette crise continue à empirer, avec des millions de personnes confrontées à une éventuelle famine si l'aide humanitaire cesse. La fin de ce conflit est impérative."

"Quand les agences humanitaires ont un accès et les ressources nécessaires, nous sommes en mesure d'apporter des solutions rapides et durables, et de sauver des vies » explique Mahimbo Mdoe, représentant de l'UNICEF au Sud Soudan. "Et pourtant, on estime que plus d'un million d'enfants dans le Soudan du Sud sont malnutris. L'insécurité alimentaire est un problème majeur, mais le sont aussi le manque de soins de santé, l'eau de mauvaise qualité, l'assainissement et, surtout, l'accès aux enfants nécessitant un traitement. À l'heure actuelle, de nombreuses régions du pays restent isolées en raison de l'insécurité, laissant des centaines de milliers d'enfants dans des situations à hauts risques."

La malnutrition aiguë reste une urgence majeure en matière de santé publique dans plusieurs régions du Sud-Soudan, avec des enquêtes montrant une prévalence globale de la malnutrition aiguë au-dessus du seuil d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de 15%, avec un pic de 26,1% dans l'ancien comté de Duk dans l'État de Jonglei. On s'attend à ce que la situation se détériore encore plus avant que la saison de soudure atteigne son pic en juillet - la période de l'année où les approvisionnements alimentaires des ménages sont généralement épuisés avant la prochaine récolte.

Un contexte peu rassurant

L'augmentation de l'insécurité alimentaire a été alimentée par le conflit armé, des récoltes inférieures à la moyenne et la flambée des prix des denrées alimentaires, ainsi que les conséquences de la saison creuse.

Dans le sud-ouest, jusqu'à récemment le grenier à blé du pays, des niveaux de faim sans précédent, causés par le conflit, ont été atteint. Les communautés agricoles ont été conduites au-delà des frontières, vers les pays voisins, laissant derrière eux des champs non surveillés, et les analystes prévoient un record de déficit céréalier national pour 2018.

Sur la rive ouest du Nil, au nord-est du pays, la faim s'est manifestée après la reprise d'un conflit qui a déclenché de gros déplacements et une perturbation des moyens de subsistance, des marchés et de l'aide humanitaire.

Notre réponse à la famine

Le PAM a aidé 3,4 millions de personnes au Soudan du Sud depuis le début de l'année. Ceci inclut de l'aide alimentaire et nutritionnelle pour 2,6 millions de personnes déplacées ou touchées par le conflit, et 800 000 personnes grâce à des interventions pour aider les communautés dans leur résistance face aux chocs et leur soutien continu aux réfugiés.

Jusqu'à présent, l'UNICEF, avec ses partenaires, a soigné plus de 76 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. Ces enfants sont neuf fois plus susceptibles de mourir que les enfants bien nourris. L'UNICEF a pour objectif de soigner 700 000 enfants malnutris à travers le pays. Dans le cadre de son approche multisectorielle pour aborder le problème, l'UNICEF a également fourni à 500 000 personnes de l'eau potable et a permis l'accès à des installations d'assainissement à 200 000 personnes.

L'UNICEF, le PAM et leurs partenaires ont aussi multiplié les missions de Réponse Rapide en utilisant des hélicoptères et des largages aériens pour atteindre les communautés isolées. Depuis fevrier, 25 missions ont été accomplies a Unity, Upper Nile et Jonglei, permettant de soigner 40 000 enfants.

La FAO a fourni des kits de pêche et de culture à plus de 2,8 millions de personnes, dont 200 000 dans les zones touchées par la famine, et a vacciné plus de 6 millions de têtes de bétail pour sauver des vies.

La famine ne peut être déclarée que lorsque des conditions très spécifiques sont remplies : au moins 20 pourcent des familles dans la région souffrent de pénurie alimentaire extrême, et ayant très peu de moyens pour y faire face ; le taux de malnutrition aigüe est supérieur à 30 pourcent ; et le taux de mortalité par jour dépasse deux adultes sur 10 000.

En savoir plus

ONU - Antonio Guterres à la rencontre des réfugiés sud-soudanais en Ouganda

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies est en visite en Ouganda dans le cadre du… Plus »

Copyright © 2017 United Nations World Food Programme. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.