26 Juin 2017

Guinée Equatoriale: Procès biens mal acquis - Au nom du père

Photo: LePays
Téodore Obiang
analyse

Vu les patronymes et la carrure de ceux qui sont dans les collimateurs de l'association Sherpa et de Transparency International depuis maintenant une bonne dizaine d'années, le procès, qui s'est ouvert le 19 juin dernier devant le Tribunal correctionnel de Paris, ne peut avoir que des relents forcément politiques.

Même si on doit avoir l'honnêteté de reconnaître que les dynasties visées ne sont pas des plus vertueuses du continent ; qu'il s'agisse des Obiang, des Sassou ou des Bongo, qui règnent en maîtres absolus depuis des décennies sur des monarchies, que disons-nous, des républiques pétrolières, avec en toile de fond la corruption et les placements mafieux dans des paradis fiscaux comme mode de gouvernement. Une véritable prédation des richesses nationales qui vaut aujourd'hui à leurs présumés auteurs d'être poursuivis.

Après Teodorin Obiang Nguéma, fils et vice-président de son président de père Teodoro, c'est au tour de la fille et du gendre de Denis Sassou Nguesso, Julienne et Guy Johnson, d'être mis en examen dans la connexion congolaise des biens mal acquis (BMA).

Même si les prévenus ne sont pas physiquement présents au procès, en fait dans l'un comme dans l'autre cas, c'est quelque part au nom du père que ces «fils de» sont alpagués, faute d'atteindre, en tout cas pour l'instant, leurs illustres géniteurs.

Il faut reconnaître que l'aperçu du patrimoine litigieux attribué au fils Obiang donne des vertiges : un hôtel particulier sis avenue Fosh de 3000 m² relooké à 12 millions d'euros, des pièces rares, de l'immobilier du 18e siècle, des bijoux d'une valeur de 10 millions d'euros trouvés dans des tiroirs, des vêtements luxueux frappés aux initiales du porteur, une quinzaine de bolides tout aussi luxueux parmi lesquels des Porsche, des Ferrari, des Lamborghini, et 3 Bugatti Veron à 1 millions d'euros pièce. C'est une véritable caverne d'Ali Baba que les enquêteurs ont perquisitionnée du sol au plafond.

En 2016, le patrimoine de Petit Obiang saisi en France était estimé à 100 millions d'euros, ça ce n'est que dans l'Hexagone. Sauf à avoir hérité d'une tante milliardaire, on ne voit pas trop comment un si jeune homme (47 ans), qui pis est n'est pas connu comme un génie de l'entreprise à l'image d'un Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook, aurait pu amasser une telle fortune si ce n'est parce que les Obiang considèrent la Guinée-Equatoriale et ses richesses comme leurs propriétés.

Devant lui, Julienne Sassou Nguesso et son mari font presque figure de smicards, même si en 2013 les investigateurs se demandaient déjà l'origine des 3 millions d'euros qui ont servi à l'achat d'un triplex de 600 m² avec, entre autres commodités, une piscine intérieure à Neuilly. Avec Wilfried Nguesso, neveux de Tonton Sassou, qui avait été inculpé en mars, cela fait donc le troisième membre de la famille présidentielle congolaise à avoir l'honneur d'être mis en cause dans cette affaire des BMA.

Que la justice française ait le droit ou non de juger les responsables africains ou que des vices de forme aient entaché parfois la procédure comme l'affirme Me Viala, l'avocat des Sassou, qui a introduit un recours en nullité, cette débauche de moyens, cette vie dispendieuse et ces nombreuses dépenses somptuaires qui donnent le tournis laissent quand même songeur dans des pays où malgré l'énormité de la richesse de leurs sols et sous-sols des millions de Congolais, de Gabonais et d'Equato-Guinéens vivent en dessous du seuil de pauvreté ; des pays qui devraient être de véritables puissances économiques sur le continent mais sont loin de tenir le rang qui devrait être le leur, et pour cause.

On ne sait pas combien d'écoles, de dispensaires ou de kilomètres de routes représentent le prix d'une Bugatti Veron mais Dieu seul sait si les sous suspects des Sassou, le gombo des Bongo et les matelas d'argent des Obiang pouvaient contribuer à tirer nombre de leurs compatriotes de la misère.

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