27 Juin 2017

Congo-Kinshasa: Violences - Le kasaï, un cimetière à ciel ouvert ?

Photo: © 2014 Human Rights Watch
Une fosse commune contenant les restes d’au moins 30 victimes d’une attaque perpétrée le 6 juin 2014 par des hommes armés non identifiés contre un rassemblement religieux dans le village de Mutarule au Sud Kivu, République démocratique du Congo.

Le Kasaï est-il devenu un cimetière à ciel ouvert ? C'est la question que l'on est en droit de se poser, au regard de la récurrence des découvertes macabres depuis quelque temps, suite aux violences qui ont opposé, entre autres, les adeptes du chef coutumier Kamuina Nsapu aux forces de sécurité dans cette partie de la RD Congo.

En effet, le 26 juin dernier, le procureur général de la République annonçait, lors d'une conférence de presse, la découverte d'une dizaine de nouvelles fosses communes dans la province du Kasaï, portant à 52 le nombre de charniers découverts dans cette zone depuis le début de la crise au grand Kasaï. Et il y a fort à parier que ces fosses communes ne sont pas les dernières, dans une zone qui a aussi connu, en dix mois de conflit, 3200 civils tués et plus d'un million de déplacés, selon plusieurs sources.

En tout cas, rien ne dit que d'ici là, l'on ne découvrira pas d'autres charniers. C'est pourquoi l'on est porté à croire qu'il y a effectivement eu violation massive des droits de l'Homme dans cette partie de la RDC. Et ce, dans le silence le plus absolu. C'est pourquoi l'on peut regretter que l'ONU ait échoué à trouver des mesures coercitives pour imposer une commission d'enquête indépendante dans le but de faire la lumière sur ces tueries, en se contentant d'un compromis plutôt boiteux avec Kinshasa, qui laisse les mains libres à Kabila pour conduire les enquêtes, alors que le pouvoir congolais lui-même est soupçonné d'abus.

Alors, comment Kinshasa peut-elle être juge et partie dans cette enquête ? Il y a assurément mal donne dès le départ, et il ne faudrait pas s'étonner par la suite, que ces enquêtes n'aboutissent pas aux résultats escomptés. En effet, si l'intention de Joseph Kabila est d'entraver les recherches, l'on peut d'ores et déjà dire qu'il a partie gagnée en prenant la conduite de l'enquête. Car, l'on ne voit pas comment cette enquête guidée pourrait conduire à la compromission du pouvoir dont tout porte pourtant à croire qu'il n'a pas la conscience tranquille dans ces massacres aux Kasaï.

Le plus horrible reste peut-être encore à découvrir

En tout cas, la thèse de l'usage excessif de la force dont on le soupçonne ne semble pas dépourvue de fondements, eu égard à la réticence des autorités de Kinshasa à laisser les mains libres à l'ONU pour mener une enquête internationale indépendante.

Mieux, leur intransigeance à garder la direction des enquêtes pourrait en dire long sur leurs intentions, en ce sens qu'elle pourrait être vue comme une volonté à peine voilée de les orienter le cas échéant dans le sens qui engagerait le moins leur responsabilité, si ce n'est simplement pour mieux brouiller les pistes. Surtout après la mise en cause, dans un élément sonore, du député Clément Kanku dont tout porte à croire qu'il a joué un rôle important dans ces tueries, et l'on en est encore à se demander s'il n'était pas en mission commandée.

En tout état de cause, l'on n'est certainement pas au bout des surprises ni de l'horreur en RD Congo. Mais en attendant de situer les responsabilités, tout porte à croire qu'un très grand drame s'est joué dans cette région et que le plus horrible reste peut-être encore à découvrir. C'est pourquoi les « experts internationaux » que Kinshasa a dû accepter à son corps défendant pour prendre part aux enquêtes, doivent faire preuve de la plus grande vigilance, s'ils ne veulent pas que leur crédibilité soit mise en doute, au cas où l'enquête tournerait court.

La communauté internationale est par conséquent interpellée afin de mettre tout en œuvre pour faire la lumière sur ces massacres. Il y va de sa crédibilité et de l'avenir de la RD Congo. La paix, dans ce pays, en dépend.

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