29 Juin 2017

Rwanda: France - BNP-Paribas, banque armée des génocidaires

Photo: Wikimedia Commons
Salle d'exposition du Genocide Memorial à Kigali

C'est une plainte qui va faire date, pour la simple et bonne raison que c'est la première du genre en France. BNP-Paribas est ni plus ni moins accusée par l'association anticorruption Sherpa, le collectif des parties civiles pour le Rwanda et Ibuka de « complicité de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité ». De quoi mériter de comparaître devant la Cour pénale internationale.

La banque aurait en effet financé l'achat de 80 tonnes d'armes et de munitions livrées aux auteurs du génocide qui, d'avril à juillet 1994, a fait entre 800 000 et un million de morts soit pas moins de 6000 assassinats par jour. Le massacre à grande échelle le plus grave de tous les temps en termes d'intensité. Plus de 20 ans après, on se demande toujours comment un tel déchaînement de violence et de haine a pu se produire entre les enfants d'un même pays.

Et ce qui vaut aujourd'hui à la banque française ses ennuis judiciaires, c'est le fait d'avoir autorisé deux virements les 14 et 16 juin 1994 à partir du compte que possédait à l'époque la banque du Rwanda dans ses livres vers un compte en Suisse. De là ce sont 1,3 millions de dollars qui ont été virés sur un troisième compte appartenant, quant à lui, à un marchand d'armes sud-africain, Petrus Willem Ehles, alors en contact avec le colonel Bagosora, réputé être l'une des têtes pensantes du génocide, et qui purge actuellement une peine de prison à vie. BNP-Paribas se serait ainsi muée en bras, pour ne pas dire en banque armée des génocidaires. Et le plus grave, c'est qu'à l'époque des faits un embargo sur les armes avait été décrété par les Nations unies vu l'ampleur du désastre. Sachant cela, l'établissement financier pouvait-il ignorer l'usage qui serait fait de cet argent. Au même moment d'autres banques refusaient de débloquer les avoirs rwandais, parce que les comptes de la Banque du Rwanda étaient gelés partout ailleurs. On est en tout cas curieux de voir ce que diront les représentants de l'institution pour sa défense puisque tout l'accuse.

Une chose est sûre, cette nouvelle affaire ne va pas arranger les relations entre Paris et Kigali qui oscillent entre le froid et le glacial, Paul Kagamé exigeant que la France reconnaisse son rôle trouble pendant ces mois de braise et de formuler des excuses expresses. Ce que jusqu'à présent Paris s'est toujours refusée à faire.

Hasard du calendrier ou pas, l'affaire BNP-Paribas intervient au lendemain de la publication le mercredi 28 juin 2017 dans la Revue XXI d'un article du journaliste Patrick de Saint-Exupéry affirmant que la France officielle avait réarmé les tueurs de masse au moment où ils étaient mis en déroute par les troupes du Front patriotique rwandais, le FPR. Particulièrement mis en cause, l'ancien ministre Hubert Védrine alors secrétaire général de François Mitterrand.

Coup sur coup de graves accusations qui apportent de l'eau au moulin de l'homme fort de Kigali et qui ne contribueront certainement pas à réchauffer les relations franco-rwandaises décidément hantées par les fantômes, ô combien nombreux, du passé.

En savoir plus

Le rôle des banques dans le génocide rwandais

C'est une première en France : la banque BNP Paribas est visée par une plainte pour complicité de… Plus »

Copyright © 2017 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.