30 Juin 2017

Burkina Faso: Piratage du réseau informatique de la CBAO - Le parquet requiert 5 ans de prison ferme

Photo: Google
CBAO

Débuté le 8 juin 2017, le procès sur la plainte de la Compagnie des banques d'Afrique de l'Ouest (CBAO), suite à un piratage de son réseau informatique, s'est poursuivi le 29 juin dernier au Tribunal de grande instance de Ouagadougou. Après la suspension observée suite à l'audition des derniers témoins dans la matinée, le procès a repris dans l'après-midi avec les plaidoiries des avocats de la banque et les réquisitions du Procureur. Au moment où nous mettions sous presse aux environs de 21h, le procès se poursuivait avec les plaidoiries de la défense et le verdict était attendu d'un moment à l'autre.

Le Procès du piratage du réseau informatique de la CBAO est entré dans sa phase décisive. En effet, hier 29 juin, ont eu lieu les plaidoiries de la partie civile et les réquisitions du procureur. Le Parquet a donc requis 5 ans de prison ferme et 1,5 million de F CFA d'amende contre Sayouba Zidwemba dit « Will Télécom » et les 13 autres personnes présumées impliquées dans l'affaire de cyber-attaque ayant abouti au piratage du réseau informatique de la CBAO, basée au Sénégal. Un piratage qui aurait permis de renflouer la somme de 1, 8 milliards de F CFA dans les comptes de plusieurs usagers de la banque et ses filiales, notamment en Côte d'Ivoire et au Burkina.

Mais bien avant, les avocats de la banque ont pris la parole pour faire des plaidoiries. Constitués partie civile, ils ont cherché à battre en brèche les arguments de la défense qui accuse la banque de n'avoir pas été prudente. Mieux, que leur client, en l'occurrence Will télécom, n' est pour rien dans cette affaire. Ainsi donc, pour Me Prosper Farama, avocat de la banque, c'est indignant et même « grave » ce que les avocats de la défense avancent comme arguments. « Je suis indigné que des gens disent que ce sont des agents de la banque qui ont facilité cela (NDLR : le piratage du réseau informatique) », a-t-il soutenu.

Pour lui, ce n'est pas parce qu'on ne sécurise pas bien sa maison qu'il faut croire qu'on jette le contenu en pâture. « Dire à quelqu'un que s'il ne ferme pas bien sa porte et qu'un voleur rentre chez lui, il est responsable, c'est indignant », a-t-il dit. A son avis, il n'y a pas à tergiverser, l'argent qui a été approvisionné dans les comptes des 14 personnes interpellées appartient bel et bien à la CBAO. C'est pourquoi il a réclamé que la banque soit remboursée pour préjudice subi, par chacun des prévenus, dont 67, 8 millions de F CFA par Sayouba Zidwemba dit « Will Telecom ». Il a aussi demandé que les prévenus soient condamnés, entre autres, à payer à la banque pour préjudice moral, la somme de 250 millions de F CFA. Car, a-t-il dit, les prévenus ont terni l'image de la banque. « Aujourd'hui, les gens vont se dire qu'à la CBAO, l'argent n'est pas sécurisé », a-t-il soutenu.

Georges Félix Bidi, présumé cerveau du piratage du réseau informatique de la banque

Mais très tôt dans la matinée, le procès avait repris avec l'audition des témoins. Et c'est la responsable de l'audit et du contrôle de la banque qui était à la barre. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que bien qu'ayant une formation de base en audit et contrôle, celle-ci a été obligée de répondre à des questions d'ordre informatique. Pendant plus d'une heure d'horloge, les avocats de la défense, à tour de rôle, lui ont tiré les vers du nez. Il fallait donc chercher à comprendre qui n'a pas fait correctement son travail ou qui a peut-être apporté son aide aux prévenus si vraiment piratage de réseau il y a eu.

« Y a-t-il eu un client de la CBAO-Burkina qui a signalé des anomalies sur son compte? », a lancé Me Mamadou Kéita, un des avocats de la défense, à la responsable de l'audit et du contrôle de la CBAO. A cette question, celle-ci a répondu par la négative. « Donc, l"argent volé n'est pas soustrait de la CBAO-Burkina », a estimé Me Mamadou Kéita. Pour la défense, la responsabilité incombe à la banque. Car, il est dit que lorsqu'un client reçoit de l'argent, la banque vérifie et le confirme avant d'en informer le propriétaire du compte. « Mais pourquoi n'avoir pas pris contact avec la CBAO du Sénégal pour avoir une confirmation de la source de l'argent ? », s'est interrogé la défense qui dit ne rien comprendre dans cette affaire d'argent d'origine frauduleuse. « De manière frauduleuse ? Qu'est-ce qui est fait exactement ?

Expliquez-nous. J'aimerais bien comprendre », a lancé Me Antoinette Ouédraogo, avocate de la défense au témoin. Et à cette question, la responsable de l'audit et du contrôle de la banque a essayé de donner quelques explications. Pour elle, il faut comprendre par-là que ce sont des opérations réelles qui se font avec une pièce comptable réelle servant de base de justificatif. En clair, il s'agit d'une intrusion qui consiste à modifier les données des opérations faites au cours des années antérieures pour pouvoir détourner de l'argent. Par exemple, une opération d'un million de F CFA peut être faite en 2012.

On manipule ces données afin que celles-ci deviennent une opération faite en 2017, avec une somme peut-être de 27 millions de F CFA voire plus. Difficile à comprendre pour Me Antoinette Ouédraogo qui estime que dans ce cas de figure, la responsabilité incombe à la banque. « Elle sait réellement ce qui s'est passé. Elle connaît ceux qui sont derrière cette affaire », a-t-elle soutenu. Et cette personne, certains avocats de la défense y voient l'expert informaticien chargé de tout le système interne de la CBAO qui est actuellement aussi mis aux arrêts au Sénégal. Il s'agit de Georges Félix Bidi.

« En tant qu'agent de la banque et au regard des qualités dont il dispose, il peut faire ces prétendues opérations, c'est-à-dire subtiliser de l'argent des comptes des clients », a estimé la défense. Qui est donc réellement Georges Félix Bidi ? Cerveau présumé de la bande, il est le chef du département de la Production et de l'intégration de la CBAO, groupe bancaire marocain. Il est chargé de tout le système intégré en interne. Ancien responsable de la Société générale de banques au Sénégal (SGBS), il intègre le groupe CBAO-Attijari en 2012. Georges Félix Bidi, Sénégalais de nationalité, est réputé «bosseur».

Certains disent même qu'il a été débauché pour ses compétences. Outre le Sénégal, Georges Félix Bidi couvre depuis 5 ans, le Bénin, le Burkina Faso et le Niger. C'est au Niger que le lièvre a été levé. En effet, c'est là qu'un client a signalé des anomalies sur son compte, après plusieurs réclamations d'autres clients. La Direction générale a diligenté une enquête en interne. Et le pot aux roses a été découvert. L'affaire remonte au 9 mars dernier et 14 entrepreneurs issus de différents pays y sont présumés trempés.

Au Burkina Faso, outre Christian Tapsoba dit « Goroko » et Sayouba Zidwemba dit « Will Telecom », d'autres têtes connues du monde du commerce seraient au centre de cet éminent vol d'argent. Il s'agit, entre autres, de Hamidou Zongo, un opérateur économique, Samuel Poda, Mahamoud Kaboré, François Xavier Kaboré. Deux autres associés, en l'occurrence Kazeem et Zoungrana, sont poursuivis pour avoir perçu un virement bancaire de 50 millions de F CFA. Le verdict est probablement prévu pour le 6 juillet prochain.

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