5 Juillet 2017

Guinée Equatoriale: 30 millions d'euros d'amende requis contre Teodorin Obiang - Pour lui, c'est juste de l'argent de poche

La parole est désormais à la Défense. Le procès des biens mal acquis (BMA), entamé le 19 juin 2017, amorce en effet aujourd'hui sa dernière ligne droite avec les plaidoiries des conseils de Teodorin Obiang Nguéma, poursuivi devant le tribunal correctionnel de Paris pour abus de biens sociaux, blanchiment d'argent, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption.

La ligne de défense du vice-président de la Guinée-équatoriale tient essentiellement en la dénonciation, ainsi que l'accusé l'a lui-même affirmé récemment, d'une « mascarade qui ne répond à aucune procédure légale, un montage contre le gouvernement légal de la Guinée équatoriale et contre l'Afrique »

Au regard de la qualité du mis en cause, une telle affaire, il est vrai, ne peut que naturellement transpirer un parfum politique même si l'argumentaire, il faut le reconnaître, est un peu court pour l'enfant du monarque Téodoro Obiang Nguéma Mbasogo, au pouvoir depuis 1979 et qui ne fait plus mystère de son intention de transmettre le trône familial au fiston dans la plus pure tradition monarchique. Un héritier connu du reste pour son train de vie fastueux digne des contes des « Mille et une nuits » qui lui vaut justement d'être traîné en justice.

Petit inventaire du patrimoine attribué à « monsieur fils », rien qu'en France : un hôtel particulier sur l'avenue Foch estimé à 107 millions d'euros et que Malabo présente comme des locaux diplomatiques ; des bijoux d'une valeur d'environ 10 millions d'euros trouvés dans les tiroirs de ses appartements privés lors de la perquisition en 2014 ainsi que de l'immobilier du XVIIIe siècle ; des vêtements estampillés aux initiales de celui qui les arborait ; sans oublier son garage où vous ne risquez pas de tomber sur une deux-chevaux mais vous où aurez le choix entre des Porsche, des Ferrari, des Lamborghini, et même trois Bugatti Veron à 1 million d'euros pièce...

Au bout du compte, sur le sol français uniquement, le pactole saisi du petit Obiang va chercher dans les 150 millions d'euros soit au bas mot 98 milliards de francs CFA qui auraient pu servir à booster davantage le développement socio-économique de cet émirat pétrolier.

De quoi donc largement payer l'amende de 30 millions d'euros (autant dire de l'argent de poche pour lui) requis hier par le procureur qui a également demandé la confiscation des biens saisis. Plus dure à exécuter sera la peine d'emprisonnement de trois ans pour un prévenu qui n'était pas physiquement présent à la barre et qui est couvert par une certaine immunité diplomatique.

Quoi qu'il en soit, que le tribunal suive le parquet national financier ou pas dans toutes ses prétentions, le premier mérite de ce jugement est d'avoir eu lieu après une traque judiciaire longue de dix ans. C'est en effet, rappelons-le, en 2007 que le dossier dit des BMA commence suite à la publication d'un rapport au vitriol de CCFD-Terre solidaire qui avait listé les avoirs présumés détournés d'une trentaine de dirigeants (et de leurs proches) de pays pourtant pauvres et même très endettés.

On y trouvait pêle-mêle, entre autres, les dos Santos d'Angola, Bongo du Gabon, Sassou du Congo, Compaoré du Burkina et, bien sûr, les Obiang. Il faudra toutefois attendre quelques années supplémentaires, notamment pour lever certains obstacles judiciaires, pour que l'association Sherpa et Transparency international finissent par harponner le gros poisson qui se débat aujourd'hui dans la nasse de la justice à côté d'alevins comme Julienne Sassou (fille de son père) et son mari ainsi que Wilfried, neveu de Sassou.

Au-delà de ces « vilains garnements » qui trinquent en réalité au nom de leur père (ou tonton), c'est on le sait le procès d'un système, celui de la mal gouvernance économique mais aussi politique -les deux vont parfois ensemble- qui est en train de se faire.

Car comme par hasard, c'est ceux qui veulent battre des records de longévité présidentielle à coup de tripatouillages constitutionnels qui se rendent souvent coupables avec leurs clans de prédation des richesses nationales. Que voulez-vous, la nature humaine est ainsi faite que lorsqu'on dure aux affaires, dans tous les sens du terme, on finit par avoir une conception nabale et patrimoniale (le vilain mot) du pouvoir et donc, à confondre régulièrement les caisses de l'Etat à son « bedou », entendez son porte-monnaie.

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