6 Juillet 2017

Afrique du Sud: Affaire Omar el-Béchir - Le pouvoir sud-africain prend note du verdict de la CPI

Après le verdict de la Cour pénale internationale qui a considéré, jeudi 6 juillet, que Pretoria avait manqué à ses obligations en n'arrêtant pas sur son sol Omar el-Béchir, poursuivi pour génocide au Darfour, l'Afrique du Sud a réagi.

Le président soudanais était présent à Johannesburg à un sommet de l'Union africaine en juin 2015. Et bien que signataire du Statut de Rome, l'Afrique du Sud ne l'avait pas arrêté. Le gouvernement a indiqué avoir pris note du verdict. Il a cinq jours pour éventuellement faire appel.

Pour l'Afrique du Sud, c'est un véritable camouflet. La CPI a jugé que Pretoria aurait dû arrêter le leader soudanais quand il était sur son territoire, et ne pouvait invoquer l'immunité d'un chef d'Etat.

Il n'y a aucun conflit ni ambiguïté, a affirmé le juge Cuno Tarfusser. « L'Afrique du Sud n'avait pas le droit de se reposer sur sa propre interprétation de l'article 98 du Statut de Rome afin de décider unilatéralement de ne pas se plier à la demande de la Cour et d'arrêter Omar el-Béchir. »

Il n'y aura aucune sanction pour Pretoria. La Cour n'a pas référé l'affaire au Conseil de sécurité de l'ONU. Mais l'image d'une Afrique du Sud, pionnière dans la défense des droits de l'homme, s'en trouve ternie.

Pour le principal parti d'opposition, comme pour de nombreuses organisations de protection des droits de l'homme, ce verdict montre le mépris de l'actuel gouvernement pour l'Etat de droit et la justice.

Réactions mitigées des ONG

Alors pour Netsanet Belay, directeur Afrique d'Amnesty International, même si l'Afrique du Sud ne sera pas sanctionnée, ce verdict est important à plusieurs égards.

« Cela clarifie toute ambigüité qu'il pourrait y avoir dans le débat sur l'immunité, souligne-t-il. Ce n'est pas la première fois que la Cour annonce son verdict quant à une possible immunité d'Omar el-Béchir. La Cour a entendu une nouvelle série d'arguments provenant d'un Etat membre, cette fois-ci l'Afrique du Sud sur pourquoi elle estime qu'Omar el-Béchir bénéficie d'une immunité et qu'elle ne peut pas l'arrêter. Et une fois de plus, la Cour a réaffirmé qu'il ne bénéficie d'aucune immunité et que le Statut de Rome est clair, l'Afrique du Sud aurait dû l'arrêter. Deuxièmement, ce jugement envoie également un message fort à d'autres pays membres comme la Jordanie qui continue de violer le traité de Rome en refusant d'arrêter Béchir. C'est un rappel à ces Etats membres et à la communauté internationale que les atrocités ne peuvent pas être ignorées et que l'impunité ne peut prévaloir. »

Kaajal Ramjathan-Keogh, directrice exécutive du Centre des litiges d'Afrique australe (SALC), regrette l'absence de suite à ce verdict.

« Je pense que la Cour a pris en compte les susceptibilités et les débats en Afrique du Sud autour d'un possible retrait du Statut de Rome, ce qui expliquerait pourquoi sa décision est assez nuancée, estime-t-il. Il y a beaucoup de pressions au sein du parti au pouvoir en faveur d'un retrait de la Cour pénale internationale, ce qui aurait des conséquences très inquiétantes pour l'Afrique du Sud, mais aussi pour les pays voisins. Une décision trop négative accompagnée d'un renvoi vers le Conseil de sécurité ou l'assemblée des États membres aurait peut-être incité l'Afrique du Sud à accélérer son retrait de la CPI. Si on regarde ce qu'il s'est passé avec les pays qui ont manqué à leurs obligations et dont les cas ont fait l'objet d'un renvoi, comme le Kenya, l'Ouganda, le Malawi ou Djibouti, il n'y a de toute façon eu aucune mesure de prise ni aucune sanction de prononcées. »

Le président sud-africain Jacob Zuma a réitéré la semaine dernière son intention de retirer son pays de la CPI.

Afrique du Sud

Aliou Cissé joue la continuité et... convoque Sadio Mané

Aliou Cissé a fait dans la continuité en livrant la liste des joueurs qui vont engager la double… Plus »

Copyright © 2017 Radio France Internationale. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.