12 Juillet 2017

Afrique: Sortie de Macron sur la démographie en Afrique - Ces vérités mal assenées

opinion

Interrogé sur le développement de l'Afrique au cours d'une conférence de presse lors du sommet du G 20 à Hambourg en Allemagne, le président français, Emmanuel Macron, a déclaré ceci : « Le défi de l'Afrique, il est civilisationnel aujourd'hui ». Puis, énumérant les problèmes auxquels se trouve confronté le continent, il cite « les Etats faillis ou les transitions démocratiques complexes, la transition démographique » avant d'ajouter : « Dans un pays qui compte encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien.» Et c'est bien cette phrase de trop qui lui vaut une volée de bois vert de la part de nombre d'Africains et d'africanistes qui estiment que ces mots portent non seulement des relents coloniaux, mais aussi qu'ils s'attaquent aux ventres des femmes africaines.

Mais Emmanuel Macron a-t-il vraiment tort ? Ce n'est un secret pour personne que la démographie, en Afrique, est des plus galopantes. La natalité sur le continent est très forte et cela s'explique, entre autres, par les conceptions traditionnelles et religieuses qui font de l'enfant un don de Dieu, les progrès de la médecine et de l'hygiène, le fort taux de natalité, la valeur économique de l'enfant qui, dans des sociétés encore majoritairement rurales, constitue une importante main d'œuvre, etc.

Le continent africain est de loin le moins peuplé

Il en résulte un fort accroissement naturel de la population, qui pose de nombreux problèmes, notamment l'insuffisance des infrastructures sanitaires et éducatives, l'explosion urbaine, la pression sur les ressources environnementales, les problèmes d'emplois avec, entre autres corollaires, les migrations et le terrorisme. Le président français a donc dit des choses vraies quand il fait de la fécondité en Afrique, un facteur du sous-développement du continent.

L'avis est d'ailleurs partagé par de nombreux spécialistes, même s'il faut revoir à la baisse le chiffre avancé par le locataire du palais de l'Elysée. Selon, en effet, une étude de l'ONG Population Reference Bureau, le taux de fécondité en Afrique s'élevait en 2016 à 4,7 enfants par femme et serait d'ailleurs en forte baisse. Mais, gardons-nous bien des fausses évidences. Le continent africain est de loin le moins peuplé et la forte démographie africaine n'est pas forcément un handicap. Celle-ci offre au continent de puissants atouts en termes de ressources humaines et un fort marché de consommation.

C'est d'ailleurs ces atouts comparatifs qui en font aujourd'hui l'une des destinations privilégiées des investisseurs européens et asiatiques. La question qui se pose n'est donc pas celle de la forte croissance démographique, mais celle de la répartition des richesses mondiales. Les Etats se retrouvent démunis face aux immenses besoins des populations, en raison du pillage des ressources africaines à travers le déséquilibre des termes de l'échange quand ce n'est au cours de conflits meurtriers souvent financés par les grandes multinationales occidentales, notamment françaises, fréquemment citées en la matière. C'est en cela que l'on pourrait dire que les vérités « macroniennes » sont mal assénées.

Car, au-delà du débat scientifique, il faut tout aussi déplorer la vision idéologique qui sous-tend cette sortie du président français que d'aucuns n'ont pas hésité à taxer de « vision colonialiste» et « raciste ». Faire des « 7 à 8 enfants africains » un problème civilisationnel, c'est les ravaler au rang de bêtes de reproduction n'obéissant qu'au simple instinct naturel.

Les Africains ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes

De ce fait, le discours de Macron n'est pas trop loin de cet autre discours, tenu lui aussi par un autre président français, Nicolas Sarkozy, il y a de cela une décennie à l'Université Cheick Anta Diop de Dakar et qui stipulait en substance que « L'homme noir n'est pas assez entré dans l'Histoire ».

Macron fait pire cependant, en s'en prenant au maillon faible en Afrique qui, paradoxalement, est reconnu comme créateur de développement, c'est-à-dire la femme. Cela dit, les Africains ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Et pour cause. D'abord, parce qu'ils sont prompts à tendre la sébile aux Occidentaux. Il n'y a donc pas de quoi piquer une colère noire quand ceux qui « baillent » s'arrogent le droit de remontrances au point d'interférer dans l'intimité des couples en Afrique.

En tout cas, cette douche froide de Macron met les dirigeants africains devant leurs responsabilités. « Gouverner, dit-on, c'est prévoir », mais le constat en Afrique en matière de population, c'est le pilotage à vue. C'est en cela que cette cinglante déclaration de Macron, au lieu de faire mal, doit constituer un électrochoc pour les consciences africaines. Mais, il ne s'agit point de se précipiter pour apporter la réplique.

L'Afrique doit se poser les bonnes questions pour trouver les bonnes réponses. Lorsque l'on établit un classement des nations les plus puissantes économiquement en Afrique, les 5 premières sont celles qui ont les plus fortes démographies. Le problème n'est donc pas tant la démographie galopante que le manque de vision.

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