14 Juillet 2017

Rwanda: Exécuté pour vol d'une vache au pays

communiqué de presse

Un beau matin de décembre, alors que la brume se levait sur la Province de l'Ouest du Rwanda, des militaires ont frappé à la porte de Fulgence Rukundo. Ils l'ont appelé par son nom et l'ont accusé d'avoir volé une vache. Des voisins sont sortis pour voir ce qui se passait. Rukundo a ouvert sa porte. Il a affirmé qu'il était innocent, mais est allé avec les militaires.

Rukundo, âgé de 28 ans, était mince mais musclé. Sa femme avait donné naissance à un bébé - leur second enfant - dix jours avant. Rukundo était bien connu dans le village comme étant jovial, de bonne nature, bon vivant.

Alors que les militaires l'emmenaient ce matin-là, des villageois, surpris, ont commencé à s'appeler les uns les autres sur leurs téléphones portables. La nouvelle de son arrestation s'est répandue. De nombreuses personnes les ont suivis, lui et les militaires, à distance.

Depuis 2016, des militaires et des agents de police rwandais ont été impliqués dans des meurtres de personnes soupçonnées d'avoir commis de petits crimes, comme voler des bananes, de la canne à sucre ou une moto, ou utiliser des filets de pêche illégaux, selon un nouveau rapport de Human Rights Watch.

L'organisation a documenté 37 exécutions de suspects de petits crimes et de délinquants, dans le cadre de ce qui apparaît comme une stratégie visant à semer la terreur, imposer l'ordre et décourager toute résistance aux ordres ou aux politiques du gouvernement.

Des villageois ont affirmé au chercheur de Human Rights Watch que lors de réunions communautaires, les autorités locales et militaires les avaient informés publiquement que de nouvelles « lois » ou de nouveaux « mots d'ordre » appelaient à la mise à mort des voleurs et d'autres criminels. Les membres des familles se sont entendu conseiller de ne pas déplorer le sort des personnes exécutées, comme si exprimer de la sympathie pour elles était en soi un crime.

Les militaires ont escorté Rukundo jusqu'à une bananeraie proche, où se trouvait la carcasse d'une vache. La vache avait été abattue, une partie de sa viande avait été emportée et il ne restait d'elle qu'un amas de chairs sanglantes. Ils ont accusé Rukundo d'avoir volé et tué cette vache, et lui ont ordonné de porter la carcasse tandis qu'ils marchaient. Rukundo a ramassé les restes sanglants et a eu du mal à les placer sur ses épaules, portant la tête et les pattes, se souillant de sang et de terre.

Puis, Rukundo et les militaires ont continué de marcher. Rukundo pouvait à peine avancer sous le poids de la carcasse. Ils étaient désormais suivis, à bonne distance, par davantage de personnes, qui murmuraient craintivement. Personne n'a osé s'élever contre ce spectacle, même si certaines personnes avaient de la sympathie pour Rukundo tandis qu'il peinait le long du chemin de terre, croulant sous le poids de la carcasse de la vache.

Il continuait de plaider sa cause, affirmant à la cantonade qu'il n'avait pas volé ni tué la vache. Le groupe est finalement arrivé à une école primaire, où se tenait une réunion communautaire, présidée par le maire du district de Rubavu et à laquelle participaient des militaires et des membres des autorités locales. La réunion s'est interrompue à l'arrivée de Rukundo et des militaires.

Ils ont discuté du cas de la vache pendant un court moment. Sur un ton définitif, le maire a déclaré : « Nous avons un voleur ici ; et maintenant les voleurs, nous les tuons. » Il a affirmé qu'il n'y avait pas d'autre choix que d'exécuter Rukundo. Certaines personnes dans la foule ont applaudi, tandis que d'autres ont supplié qu'on pardonne à Rukundo. Rukundo a supplié pour qu'on le grâcie, tout en continuant de se dire innocent. Mais il était trop tard, la décision avait déjà été prise et les militaires l'ont emmené.

Fatigué par le poids de la carcasse, Rukundo pouvait à peine continuer à marcher alors que les militaires l'escortaient vers une autre petite bananeraie située non loin de l'école. Les militaires ont ordonné à la foule de s'en aller et de nombreuses personnes se sont enfuies.

Quelques-unes sont restées pour regarder, mais à bonne distance. Rukundo, maintenant épuisé, a demandé aux soldats s'il pouvait s'asseoir et se reposer un moment. Ils ont accepté. Il s'est assis sur le sol quelques instants, puis ils lui ont dit de se relever. Des témoins ont alors entendu trois coups de feu déchirer le silence du matin. Les militaires lui ont tiré dans un bras, dans une cuisse et dans la tête. Les derniers témoins se sont dispersés.

Le deuil de Rukundo a été bref et privé. Tout le monde craint d'être souillé par sa culpabilité présumée et a peur de manifester la moindre proximité avec un homme qui naguère était leur ami.

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