13 Juillet 2017

Cameroun: Infrastructures - Pourquoi les chantiers de la CAN 2019 piétinent

A 18 mois du coup d'envoi de cette compétition, tous les projets sont bloqués. S'il y en a dont les procédures d'attribution ne sont même pas encore bouclées, d'autres attendent encore que les entreprises devant en assumer les travaux soient choisies. De quoi laisser planer le doute à la Confédération africaine de football (Caf) qui risque d'en retirer l'organisation au pays de Roger Milla.

1-Japoma attend un miracle

Flou, inquiétude et incertitudes... C'est encore le brouillard autour des travaux de construction du stade de Douala Japoma. Au vu des délais, il faut peut-être un miracle pour imaginer que des matchs de la Can 2019 puissent se jouer sur cette aire de jeu. Si la maquette présente aux visiteurs un bijou architectural susceptible de tutoyer les plus prestigieux stades de football du monde, sur le terrain, la matérialisation n'est encore qu'une vue de l'esprit. Car, pour un stade olympique couvert de 50 mille places autour duquel seront élevés deux stades d'entraînement, une piscine, des courts de tennis, des parkings et espaces paysages, ainsi qu'une annexe de l'Académie nationale de football (Anafoot), le chantier ne pourra pas être livré avant trois ans au minimum. Or, à 18 mois de l'échéance, l'on est encore aux travaux préliminaires Notamment la construction d'une clôture dite d'encerclement, la production du béton, le terrassement et la préparation des armatures métalliques.

La sécurisation du site, l'installation de la base-vie et des laboratoires font également partie des premières tâches devant conduire à la matérialisation du complexe sportif. Suffisant pour céder au découragement.

Interrogé il y'a un mois, sur les lenteurs qu'accuse le chantier, le sous-directeur des infrastructures et des équipements sportifs au ministère des Sports et de l'Éducation physique, Paul B. Bell, fait une déclaration qui laisse songeur. «En réalité, on s'est rendu compte que l'entreprise Yenigün n'a jamais construit de stade. Elle est venue dans ce marché avec un partenaire américain, Aecom, très solide en la matière. C'est d'ailleurs la présence d'Aecom dans la soumission turque qui a permis que nous lui donnions le marché. Malheureusement, lorsque l'on a signé le marché, il n'y avait plus que Yenigün, seule responsable de la construction.

Du coup, les études n'ont pas été produites à temps. Yenigün a passé près d'un an à demander une avance de démarrage. Il a d'ailleurs rempli toutes les conditions à ce niveau. On lui a donné 24 milliards de Fcfa», explique-t-il dans les colonnes de Cameroon tribune.

Le marché de construction du complexe de Japoma a été signé depuis 2015, à hauteur de 166 milliards de Fcfa. Le bailleur de fonds étant turc, notamment Exim Bank Turquie, une entreprise turque a été retenue pour la construction.

À l'observation, elle n'a jamais réalisé un projet de cette envergure et semble en difficulté. Parce qu'une bonne partie des fonds nécessaires sont disponibles, vu que la contrepartie camerounaise a été virée par une banque, en l'occurrence la filière camerounaise de Uba. «C'est plutôt la partie turque qui n'a pas encore donné tous les 85% de l'enveloppe globale. Exim Bank s'est arrêtée à près de 73%. À charge pour la partie camerounaise de trouver le complément», conclut le sous-directeur des infrastructures et des équipements sportifs au Minsep.

2-Olembé : le stade Paul Biya « dans la sauce »

A Yaoundé, c'est la même météo. Celle des balbutiements et des incertitudes. A preuve, les travaux de construction du stade Paul Biya sis à Olembé sont dans le flou total. Installée depuis mars 2016 sur le site devant abriter le futur stade d'Olembé, situé dans la banlieue de Yaoundé, la société italienne Piccini accuse un an de retard sur les travaux de construction de cette infrastructure sportive d'une capacité de 60 000 places. Afin de rattraper ce retard que l'entreprise met sur le compte des «tracasseries administratives», Sam Thamin, directeur de ce projet, a confié il y'a deux mois à nos confrères du quotidien gouvernemental que le stade sera construit en matériaux préfabriqués. «Cela suppose que l'on importe des pièces préfabriquées à installer directement sur le site, au lieu de tout construire sur place. Il va également falloir louer des bateaux pour tout acheminer au Cameroun. Bref, on fera le nécessaire pour rattraper les délais qui sont impératifs», a-t-il précisé, non sans confier qu'on ne peut pas commencer les travaux d'une telle envergure sans avoir des études validées par la commission ministérielle mise en place à cet effet.

Une manière implicite de pointer d'un doigt accusateur les fonctionnaires des ministères concernés. Eux qui sont reconnus comme des recordmen des dossiers qu'on laisse moisir dans les tiroirs à cause de l'inertie qui a investi ce milieu telle une pieuvre.

Investissement d'un montant de 163 milliards de Fcfa, le stade d'Olembé, co-financé par la Banque italienne Intesa San Paolo et l'Etat camerounais, accuse en fait, un retard global qui est de plusieurs ordres. « Les marchés ont été signés en décembre 2015 et la première étude déposée vers mars 2016. La commission de suivi du dossier technique qui a été mise en place n'avait pas de financement. Les membres ont néanmoins commencé les travaux autour de novembre 2016. Mais après, les engins ont recommencé à tourner au point mort », souligne Sam Thamin.

Sur le site, tout le monde s'accorde à dire que les blocages et le retard accusés pour le démarrage effectif des travaux, viennent de la présidence de la République. Le nom d'un certain Ayem Jean-Claude, conseiller technique à la présidence de la République ; nommé par le chef de l'Etat. Toutes les attentes tournées vers cet homme, apprend-on, sont contreproductives, insusceptibles des résultats probants.

Des révélations qui laissent planer un épais brouillard autour de la réalisation de ce projet à travers lequel, le pays hôte de la Can 2019 entendait séduire les inspecteurs de la Caf, annoncés au Cameroun le mois prochain pour une troisième visite. En effet, si le stade d'Olembé doit abriter des matchs de cette compétition qui se joue dès janvier 2019, l'infrastructure doit obligatoirement être achevée trois mois avant, c'est-à-dire en septembre 2018, selon les exigences de la Caf. C'est pourquoi, en attendant que les questions techniques et financières soient réglées, l'entreprise a procédé au déforestage du site de 320 000 m2, équivalent à environ 15 kilomètres de route. Elle vient à peine d'achever avec les remblais. Seront-ils dans les délais ? Nul ne le sait. Et dire que Paul Biya tient à son stade

3-Garoua : l'aéroport attend son décollage

Alors que la réhabilitation du stade Roumdé Adja et la construction d'un hôtel 4 étoiles, dans la perspective de la Can sont déjà au point mort, des inquiétudes s'ajoutent à la zone de turbulence de cette préparation hachée avec l'aéroport international de Garoua quant à sa capacité à gérer le trafic qu'impose une compétition aussi prestigieuse que le rendez-vous de 2019.

A en croire le trihebdomadaire L'Œil du Sahel dans sa livraison du lundi 10 juillet 2017 le niveau de dégradation des infrastructures du reste vieillissantes, est une sérieuse source d'inquiétudes. La récente visite du ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo'o et du directeur général des Aéroports du Cameroun (Adc) à l'aéroport international de Garoua ne suffira pas pour autant à dissiper le doute.

Des travaux comme le renouvellement de la toiture du bâtiment de l'aérogare passagers et le renouvellement de la peinture du bâtiment sont en cours.

D'autres travaux de réhabilitation, informe le journal, sont annoncés au niveau des toilettes du rez-de chaussées du même bâtiment de l'aérogare-passagers; l'installation d'un parafoudre pour la protection du bâtiment de l'aérogarepassagers.

Les travaux de protection du parking pour avions ont aussi été engagés. Ils se feront en trois phases. Mais rien n'a encore été entrepris sur la piste d'atterrissage. « Je doute que nous puissions être prêts. On ne fait que colmater les trous sur la toiture et même les financements de certains projets d'envergure ne sont pas encore trouvés. Les fissures observées sur la piste d'atterrissage font également peur », signale à nos confrères, un ancien agent de l'aéroport international de Garoua. Selon lui, cet aéroport devrait connaître au même titre que ceux de Douala et Yaoundé, de grandes réfections notamment sur sa piste d'atterrissage.

4-L'Algérie pour remplacer le Cameroun ?

Il y'a un mois, le président de la Fédération marocaine de football, Fouzi Lekjaâ, avait déjà déclaré que le Maroc est prêt à tout moment d'accueillir cet évènement. Aujourd'hui,l'Algérie veut faire pareil. Le patron de l'instance faitière du football algérien Kheïreddine Zetchi, a exprimé samedi dernier, son désir de remplacer le Cameroun si la Caf le souhaite. « Nous sommes en train de suivre le dossier d'une éventuelle délocalisation avec attention. Si une opportunité venait à se présenter, l'Algérie sera candidate à l'organisation de la cette Can-2019.

Jusqu'à preuve du contraire, cette édition est toujours maintenue au Cameroun », a affirmé Zetchi lors d'un point de presse tenu au Centre technique national de Sidi Moussa. On se souvient que l'Algérie avait déjà déposé sa candidature pour l'organisation de la dernière Can-2017 avant que la maison mère du foot continental ne décide de la confier au Gabon.

Informé de la morosité qui règne au pays des Lions indomptables, la Caf, apprend-on, songerait à délocaliser le prochain rendez-vous africain en raison du retard qu'accuse le Cameroun dans la réalisation des infrastructures appropriées.

« J'ai évoqué l'intérêt de l'Algérie pour abriter la prochaine Can lors d'un entretien que j'ai eu, avec le nouveau président de la Caf Ahmad Ahmad en marge du 67ème Congrès de la Fifa qui s'est tenu dernièrement à Manama au Bahreïn. La discussion a été fructueuse.

Je l'ai trouvé motivé pour apporter un sang nouveau au football africain d'autant que son prédécesseur (Issa Hayatou, ndlr) est resté pendant 29 ans », a conclu Kheïreddine Zetchi élu à la tête de la Faf le 20 mars dernier en remplacement de Mohamed Raouraoua qui a décidé de ne pas briguer un nouveau mandat.

A suivre !

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