16 Juillet 2017

Cote d'Ivoire: ADO au 6e TAC - Les pieds à Ouaga, la tête à Abidjan

L'auriez-vous remarqué ? Les pères fondateurs du Traité d'amitié et de coopération (TAC) entre le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire, Blaise Compaoré et Laurent Gbagbo, restent liés par le sort qui les frappe.

L'ancien président ivoirien d'abord et son ex-homologue burkinabé ensuite ont tous perdu le pouvoir, l'un chassé par une coalition internationale conduite par la France le 11 avril 2011 et l'autre par la rue le 31 octobre 2014.

« L'Enfant terrible de Mama » est détenu dans les geôles de la CPI depuis le 30 novembre 2011 et son alter ego de Ziniaré a été contraint à la fuite sur les bords de la lagune Ebrié où il vit depuis en exil.

Double ironie du sort, l'un comme l'autre a été remplacé à la tête de l'Etat par son ennemi juré, Alassane Dramane Ouattara, au palais de Cocody, et Roch Marc Christian Kaboré à Kosyam. Même si pour ce dernier il s'agit plutôt d'ennemi de la « 25e heure ».

Le TAC aura donc survécu à ses précurseurs, preuve, s'il en est, que les hommes passent, et même trépassent mais leurs œuvres restent.

L'histoire de ce traité d'amitié et de coopération est avant tout une histoire de realpolitik quand, de guerre lasse, pour ramener la paix dans son pays, Gbagbo s'était résolu à se rabibocher avec Compaoré, accusé à tort ou à raison d'être le parrain de la rébellion conduite par Guillaume Soro et soutenue par Ouattara.

Vous avez dit realpolitik ? C'est la même logique qui guide le duo Kaboré-Ouattara. Tant l'axe Ouaga-Abidjan a souffert à nouveau de quelques convulsions qui ont fait craindre sa rupture.

Les causes de cela ? D'abord le gîte douillet et le couvert d'argent offert à Blaise Compaoré et à certains grands brûlés de l'insurrection, ce qui avait eu le don d'irriter le président de la Transition burkinabé, Michel Kafando, et le bon peuple insurgé ;

ensuite, pour ne rien arranger, voici que le président de la l'Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, est soupçonné d'avoir partie liée avec les auteurs du putsch manqué du 16 septembre 2015, voire d'en être le stratège extra-muros.

Au terme d'un feuilleton politico-diplomatique et judiciaire, le mandat d'arrêt international lancé contre Soro sera finalement abandonné.

Happy-end pour Kaboré et Ouattara, colère chez les défenseurs des martyrs du coup de force raté. La raison d'Etat est passée par là, sacrifiant la justice sur l'autel de l'amitié ivoiro-burkinabè.

Depuis, ça tangue, mais le tango continue entre l'attièké ivoirien et le sagbo burkinabè.

La preuve, le 6e TAC, qui s'est ouvert jeudi dernier avec la rencontre des experts et se poursuit jusqu'à demain mardi 18 juillet avec la conférence au sommet des deux chefs d'Etat, fera le point des nombreux projets communs comme la construction de l'autoroute Yamoussoukro-Ouagadougou, véritable serpent de mer s'il en est, la réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou-Kaya avec prolongement à Tambao, ou les réductions des points de contrôle et la lutte contre les tracasseries routières.

Comme on le voit, c'est dans la sérénité retrouvée que cette rencontre se tient.

Nous avons dit sérénité ? Pas tout à fait, en tout cas pas du côté de la lagune Ebrié.

En effet, le sommeil de nos frères ivoiriens a de nouveau été troublé dans la nuit de vendredi à samedi dernier par des tirs autour de camps à Abidjan et de Korogho au nord. Bilan : trois militaires tués.

« Le fait de quelques soldats indélicats », minimise l'armée dans un communiqué. On veut bien !

Mais le problème c'est que ces « quelques soldats indélicats » se comptent par milliers depuis que la Côte d'Ivoire est traversée par des mutineries perlées qui ont commencé en début d'année.

Et comme si cela ne suffisait pas il a fallu que le RHDP, coalition au pouvoir, se fissure et éclate au grand jour sur fond de purge dans la haute administration.

Cadres du PDCI-RDA et proches de Guillaume Soro viennent d'être emportés par une récente vague de limogeage. Il faut dire qu'au sein des alliés d'hier, l'heure est à la suspicion, et les chiens de garde de Ouattara commencent à renifler des affaires nauséabondes.

Le PDCI-RDA n'exprime-t-il pas son intention de présenter un candidat à la présidentielle de 2020 ?

Les partisans de Soro ne viennent-ils pas de lancer un mouvement, l'Union des Soroïste (UDS), dans une atmosphère de défiance à l'égard d'ADO, ce « père injuste et ingrat » ?

Les « ADOlâtres » n'accusent-ils pas Soro d'avoir un agenda caché avec cette affaire de découverte d'une importante cache d'armes au domicile de son chef du protocole ?

Même si le divorce n'est pas encore consommé, les conjoints font déjà chambre à part.

Dans ce contexte, ADO est véritablement à la peine, tel un pater familias qui ne tient plus la tribu.

C'est donc en chef suprême des armées qui ne maîtrise plus les troupes et en président dont les alliés se mutinent eux aussi que Ouattara devrait atterrir aujourd'hui lundi dans la matinée à Ouagadougou.

Autant dire qu'il aura les pieds dans la capitale burkinabè et la tête à Abidjan.

Yako ! (1)

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