16 Juillet 2017

Tunisie: Mission accomplie, cap sur la relève

Aussi pauvres et sous-développées soient-elles, ces régions étaient, dès longtemps, victimes d'une politique d'Etat, pour le moins qu'on puisse dire injuste et pénalisante.

Presque rien n'y fait, à ce jour. Sauf qu'un second souffle à peine repris, dans le brouhaha des protestations sociales à n'en plus finir. Certes, la liste des revendications s'allonge au fil des jours, mais les problèmes d'ordre économique, du chômage et d'infrastructure n'ont jamais été résolus. De même, légion sont les projets encore en difficulté d'investissement ou de réalisation. Et l'instabilité politique, alors doublée d'une profonde crise économique, en est pierre d'achoppement à effet suspensif, sinon dissuasif.

Cependant, ce climat d'affaire pesant et nullement motivant n'a pas empêché le BIT de venir en aide à la Tunisie, mettant à disposition son potentiel aussi humain que logistique. Soit, une parfaite gestion prouvée de cycle des projets, lesquels financés par l'Union européenne -- notre premier partenaire stratégique -- à raison de 6, 5 millions d'euros. Sans pour autant avoir failli à son rôle de suivi et d'évaluation à mi-parcours ponctuée dans le temps et dans l'espace.

Bon communicateur, réceptif et proche d'une communauté des bénéficiaires assez vulnérables, Jad Haj Boubaker, coordinateur national du projet, a su, dès le départ, se poser en interface entre ses partenaires institutionnels, une société civile émergente et des pouvoirs locaux peu dynamiques. Son caractère est tel qu'il a pu, sans coup férir, gagner la confiance des zones d'intervention. Pour lui, l'impact humain est si nécessaire.

L'élan solidaire avait, aussi, pris de l'ampleur. «A nos yeux, l'homme est toujours la finalité de toute œuvre de développement », lance-t-il, lors d'un atelier de formation, tenu récemment à Hammamet, sur « initiative au cycle de vie, suivi et évaluation des projets de développement local intégré ». Mais, gagner sa vie n'est guère fortuit. D'ailleurs, le taux d'avancement sur les sites identifiés est rassurant. Et l'implication des populations autochtones elles-mêmes dans le processus de suivi de leurs propres projets augure de bonne continuation. Reste que la durabilité des projets demeure un souci majeur. Faute de quoi, tout partirait en vrille. Et la partie serait loin d'être gagnée.

Qui prendra la relève ?

Car, l'intervention du BIT dans les cinq gouvernorats précités touche à sa fin. A six mois de son départ pour d'autres « zones défavorisées » au sud et au nord-ouest de la Tunisie, le BIT semble être focalisé sur sa relève, afin de permettre à ses réalisations les garanties de leur survie. Tataouine et Jendouba, deux régions figurant sur le calendrier 2018. Mais que de pas franchis ont abouti, avant qu'un deuxième lot de projets ne soit engagé. L'après-BIT pose sérieusement problème. A moins que son partenaire institutionnel (ministère des Affaires locales et de l'Environnement (Male), la société civile et des acteurs locaux se voient, prochainement, prendre les devants. Leur action sur le terrain est de nature à changer la donne.

Surtout que l'Etat, volontiers, avait prélevé de ses propres fonds des sommes colossales injectées, en guise de complément de financement. Constat : à Sidi Bouzid, 800 mille dinars ont été investis pour cofinancer, à parts égales, les phases 2 et 3 du marché municipal de la région, en cours d'achèvement. De toutes les façons, l'appui de l'Etat, qu'il soit technique ou matériel, est visiblement ressenti, témoigne Haj Boubaker. De même pour l'apport de la société civile de la place. Cela dit, il n'y a plus raison de céder du terrain ou de se débarrasser de sa responsabilité sociétale. Chacun des partenaires devra, donc, accomplir sa mission. Seule la viabilité des projets montés compte. L'enjeu, certes, est de mise. Et la redevabilité de l'Etat est telle qu'il devrait, le cas échéant, rendre compte à ses citoyens dans les régions.

C'est, d'ailleurs, ce que le BIT cherche à faire comprendre à tous les intervenants. Aux médias aussi, de par son devoir d'informer et son impact direct. L'essentiel réside, bien évidemment, dans le suivi permanent et l'évaluation des activités réalisées par rapport aux résultats obtenus. Le tout dans la logique de l'objectif global à atteindre. Mais, que faire pour y parvenir ? Consultant auprès du BIT, M. Houssem Bel Hadj a fourni les techniques et procédés de suivi, en se référant au tétraèdre de base : « Calendrier fixé, budget établi, programme d'activité mis en stratégie et objectif global défini ». Ce sont, d'après lui, les quatre éléments clés de tout projet, programme ou politique. « Plus jamais suivre l'approche de développement local d'antan. Il y a, aujourd'hui, une nouvelle vision », insiste-t-il dans sa projection. Ceci étant, à chaque région ses propres spécificités, ses besoins en emploi, infrastructure et sources de revenus. Bref, son droit au développement régional.

Le suivi, clé de voûte

Le suivi et l'évaluation sont deux instruments différents, mais complémentaires : « Le premier étant sur fond d'informations sur l'exécution du projet, tandis que le second est ponctuel qui permet de mesurer son impact final et les effets qu'il pourrait produire», nuance-t-il. Et d'analyser que la promotion du développement local intégré est soumise au diagnostic des avantages comparatifs « dits statiques » (ressources naturelles, situation géographique, tradition professionnelle) vs des avantages compétitifs « dits dynamiques » (spécifique à une localité qui lui confère un profil unique et différencié).

« L'idéal est de savoir transformer le potentiel déjà existant en avantages compétitifs, soit facteur du développement actif», résume-t-il, faisant valoir l'aspect fonctionnel de la chaîne de valeur, perçue comme une plus-value productive. Celle-ci permet de valoriser l'ensemble des produits locaux, où matières premières, production, transformation, commercialisation jusqu'à la consommation en constituent les maillons forts.

Tout rentre dans la logique de cycle de vie d'un projet, depuis sa phase de lancement à celle de déclin, passant par le stade de croissance et celui de maturité. Cinq étapes dont l'évaluation se mesure en fonction de leur impact dans un laps de temps déterminé. Et là, M. Bel Hadj schématise la gestion du cycle de vie de projet sur la base de six paramètres : « programmation d'activités y afférentes en tenant compte des indicateurs socioéconomiques et priorités pressantes, identification de la réalité, les perspectives et les contraintes à surmonter, l'instruction comme outil de planification et de gestion des risques, le financement en termes de budgétisation, la mise en œuvre, puis l'évaluation ». Qu'est-ce qu'un projet idéal ? De son avis, il doit être pertinent, efficace, efficient, viable, ayant un impact fort et positif.

« Tous ces constats représentent des enjeux importants avec lesquels le projet du BIT 2012-2017 doit composer et participer pleinement à une réponse graduelle de la situation économique et sociale dans les régions d'intervention », lit-on dans un résumé exécutif de son rapport annuel avril 2014-avril 2015. En prélude des municipales 2017, l'on doit s'entraîner sur la délégation de nouvelles attributions à la région, en consécration du chapitre 7 de la constitution relatif au pouvoir local. Le droit à disposer d'elle-même. Et la gestion des projets de développement intégré en fait également partie. Question de relève, le Male, l'Office de développement sylvo-pastoral du nord-ouest (Odesypano) et les bénéficiaires eux-mêmes ont, tous, promis un suivi permanent de cycle du projet et une assistance rapprochée aux nouveaux promoteurs. Si le BIT aura, bientôt, à boucler ses projets de proximité générateurs d'emplois, son Programme d'appui aux zones défavorisées (AZD) entamera, l'année prochaine, sa deuxième étape à Tataouine et à Jendouba.

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