17 Juillet 2017

Congo-Kinshasa: Massacres du Kasaï - Pas loin d'un génocide

Les violences dans l'espace Kasaï révèlent chaque jour qui passe l'étendue de la tragédie qui a fait au moins trois mille morts et mis en errance de plus d'un million déplacés internes et externes.

Selon une dernière enquête menée par les équipes des Nations unies, 38 autres fosses communes ont été découvertes dans le Kasaï, portant le bilan à 80 charniers depuis le déclenchement de ces tensions autour de septembre 2016. Dans le Kasaï, on n'est plus loin d'un génocide.

Dans l'espace Kasaï, qui regroupe les provinces issues du démembrement d'anciennes provinces du Kasaï Oriental et Kasaï Occidental, chaque jour qui passe apporte sa révélation. La toute dernière en date est la découverte par des équipes dépêchées par les Nations unies de 38 autres fosses communes dans les cités de Diboko et de Sumbula dans le territoire de Kamonia. Ce qui porte le nombre de fosses communes recensées à ce jour à 80.

La barre fatidique

« À Diboko, la mission d'enquête conjointe a découvert 31 fosses communes probables dans quatre sites différents. À Sumbula, sept fosses communes probables ont été identifiées à deux endroits différents », a détaillé José Maria Aranaz, le directeur du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'Homme en RDC.

Depuis les opérations d'épuration ethnique décrétée dans le Katanga par le régime finissant de Mobutu, jamais pareil drame ne s'est encore reproduit dans le Kasaï. Rien que la chasse aux sorcières des Kasaïens dans l'ex-Katanga, environ 500 000 personnes avaient péri. Alors que cette plaie est loin de cicatriser, le Kasaï revit un nouveau drame humanitaire. A ce jour, le décompte est innommable.

Les terres du Kasaï sont encore loin de livrer leur secret, tant les révélations se succèdent concernant les fosses communes. 80, c'est le bilan actuel de charniers déjà recensés par les services des Nations unies. Pendant ce temps, à travers le monde, des dénonciations se multiplient sans que la communauté internationale ne prenne le devant pour mettre fin au cycle de violences dans le Kasaï.

Au cours de ces violences, deux experts des Nations unies, l'Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaïda Catalan, ont été tués en mars dernier pour avoir tenté d'enquêter dans ce qui paraît aujourd'hui comme un no man's land. A Kananga, l'auditorat militaire a ouvert un procès pour faire toute la lumière sur ce double assassinat. Ce n'est pas pour autant que les tensions sont retombées ; au contraire, çà et là, on continue à dénombrer des empreintes de massacres dans des coins isolés de l'espace Kasaï.

Sans surprise, jeudi devant la presse, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a réduit le nombre de nouveaux charniers découverts par les équipes onusiennes. Il a reconnu seulement « 10 » nouvelles fosses communes contre 38 déclarées par les enquêteurs des Nations unies. Toutefois, Lambert Mende pressent qu'il pourrait y en avoir un peu plus dans tout l'espace. Se faisant prudent, il a dit laisser à la justice le soin d'en dire plus.

« Je suis persuadé personnellement qu'il y en a même plus. Mais qui suis-je pour dire avec exactitude qu'il y a 38 fosses communes ? Nous voulons des faits. Laissons la justice travailler. (... ) Nous avons encore beaucoup à faire. Nous appelons encore nos partenaires à apporter leur appui pour enquêter sur les fosses communes », a souligné le porte-parole du gouvernement.

Dans tous les cas, les divergences sur les chiffres ne peuvent rien enlever à l'entendue de la tragédie, moins encore obstruer les investigations sur un des drames les plus odieux de ces dix dernières années. Des Congolais sont en train de mourir- en très grand nombre. Rester indifférent à ce drame ressemblerait à « non assistance à personne en danger ».

A Genève, où s'est réuni dernièrement le Comité des droits de l'Homme des Nations unies, les parties se sont juste limitées aux intentions sans détailler leur plan d'intervention pour stopper les massacres dans le Kasaï.

Trop, c'est trop, clame-t-on dans différents coins de la République démocratique du Congo. De Goma jusqu'à Boma, de Kasumbalesa jusqu'à Zongo, des Congolais ne cachent plus leur désarroi sur ce qui se passe au Kasaï.

Le décor d'un génocide

Un drame se vit dans le Kasaï. Pire, c'est un décor de génocide qui se met en place. Depuis septembre 2016, date à laquelle ont été signalés les premiers affrontements entre les forces loyalistes et des miliciens proches du grand chef Kamuina Nsapu, c'est plus de 3 000 personnes qui sont déjà tuées.

A l'époque, l'épuration ethnique des Kasaïens dans le Katanga a occasionné la mort de plus de 500 000 compatriotes. Vingt après les tristes événements du Katanga, aucune action, ne serait-ce qu'au nom de la justice transitionnelle, n'a été engagée pour consoler le peuple meurtri du Kasaï. Et comme si cela ne suffisait pas, le Kasaï a renoué avec la violence. Malheureusement, derrière la traque des miliciens du grand chef Kamuina Nsapu et, en corollaire, le rétablissement de l'autorité de l'Etat, ce sont de paisibles populations, sans moyen de défense, qui sont fauchées.

Leur sang crie justice.

Dans les grandes villes du Grand Kasaï, notamment Kananga, Tshikapa, Tshimbulu et bien d'autres, des témoignages les plus sincères des déplacés de guerre et des réfugiés qui ont traversé la frontière angolaise, rapportent que des traques systématiques ont été organisées par les forces loyalistes, avec une fois comme principale cible la population civile.

Kinshasa, comme ailleurs en RDC, des langues se délient. Tous les ingrédients valident le rapprochement fait entre le drame qui sévit au Kasaï et le génocide. C'est de plus en plus incontestable. Il est plus que temps pour le monde entier de se mobiliser pour venir en aide au peuple kasaïen en danger d'extermination.

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