20 Juillet 2017

Congo-Kinshasa: Le pays au bord d'une panne sèche de devises

Avec le rétrécissement de l'activité économique, la RDC fait face à une grave pénurie de devises. Ses réserves internationales qui ne représentent qu'à peine trois (3) semaines d'importations, contre le standard de trois (3) généralement requis, posent un sérieux problème dans la conduite de la politique économique. Dans les milieux spécialisés, on craint que le pays se retrouve dans une panne sèche de devises.

La RDC importe presque tous les biens de consommation courante et subventionne même les prix les carburants. Fin 2016, le gouvernement a édicté 28 mesures pour stabiliser et relancer l'économie nationale. Mais, sur le terrain, c'est encore le statu quo.

Pendant ce temps, les principaux indicateurs conjoncturels (taux d'inflation et taux de change) présentent de graves signes d'essoufflement. En même temps, les réserves en devises du pays sont en chute libre. A ce jour, elles ne représentent qu'à peine trois semaines d'importations.

Finalement, c'est auprès des miniers que l'Etat congolais croit trouver une bouée de sauvetage. Malheureusement, les méthodes peu orthodoxes employées par le gouvernement pour contraindre les entreprises minières à rapatrier 40% de leurs revenus en devises en RDC créent la psychose dans le secteur. La question fait d'ailleurs l'objet de chaudes empoignades entre gouvernement en miniers dans une série de rencontres prévues à Lubumbashi, la capitale du cuivre.

Si en 2009, la RDC, qui s'est retrouvée dans la même situation d'une profonde pénurie de devises, a pu se relever grâce aux appuis budgétaires de divers partenaires au développement, dont la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ce n'est plus le cas en 2017.

Sans accord formel avec le Fonds monétaire international, la RDC n'a donc plus accès aux différents guichets concessionnels autant de la BAD que de la Banque mondiale. Dans ces conditions, le pays jouit d'une marge de manœuvre fortement réduite. Sans seule survie passe par une mobilisation accrue des recettes internes. Mais, là aussi, il se pose un problème de capacité mobilisatrice de ses trois régies traditionnelles, à savoir la DGDA, la DGI et la DGRAD.

Le rythme de recouvrement des recettes étant presqu'insaisissable, le gouvernement ne peut agir que sur les dépenses. Leur limitation au strict minimum s'impose. Il s'agit autrement de réduire sensiblement le train de vie de l'Etat et arrimer les finances publiques sur la base caisse, c'est-à-dire ne dépenser en fonction des recettes mobilisées.

Mais, en attendant, c'est l'économie qui s'effondre. Au niveau des réserves internationales, on n'est plus loin d'une panne. Et la certitude de voir les bailleurs de fonds venir au secours de la RDC, comme en 2009 au sortir de la grande crise financière internationale, est négligeable. Le pays doit se battre en interne pour sortir du traquenard. C'est contre les miniers que la pression est désormais exercée.

La descente aux enfers

Quoiqu'il en soit, lundi dernier à Lubumbashi, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Deogratias Mutombo, n'est pas allé par le dos de la cuillère. « L'économie congolaise se porte très mal », a-t-il déclaré, devant les miniers réunis au Pullman Grand Hôtel Karavia de Lubumbashi. Deogratias Mutombo a décrit une économie en surchauffe.

L'économie congolaise est en surchauffe. Avec l'inflation galopante, sur les six derniers mois de l'année 2016, les prix avaient enregistré une hausse de près des 40% et le phénomène ne fait que s'aggraver en 2017. En juin notamment, l'inflation était pour ce seul mois de plus de 7%, rapporte RFI.

Au niveau de la Fédération des entreprises du Congo, où sont affiliées la quasi-totalité de miniers présents en RDC, on se dit disposé à négocier avec le gouvernement. Mais, le puissant patronat congolais dément que ses membres contreviennent à la législation minière en vigueur. Le secteur minier serait, selon la FEC, trop souvent pris comme bouc-émissaire.

Selon le code minier, les entreprises du secteur minier ont l'obligation de rapatrier 40% de leurs recettes d'exportation. Concrètement, cela signifie qu'elles doivent les placer sur un compte et dépenser cet argent en RDC. La Banque centrale n'en voit pas un centime. Mais cela permet d'injecter des devises dans l'économie congolaise qui en manque cruellement.

Lundi dernier à Lubumbashi, le gouverneur de la BCC a fait part du « contraste entre la mauvaise situation née d'une embellie de cours (cuivre et du cobalt) et les chiffres sur les exportations minières au premier semestre de cette année indiquant ses recettes réalisées par les entreprises de ce secteur de l'ordre de 3,8 milliards (3.843.442.256 Usd), devant induire des rapatriements à hauteur d'environ 1,5 milliard Usd (1.537.376.902,40 Usd) ».

Et de s'interroger par la suite : Où sont passées ces devises ? En effet, les dernières statistiques y relatives ont enregistré des flux de rapatriements de devises de loin inférieurs aux chiffres indiqués ci-haut ». Deogratias Mutombo s'est fondé sur les informations de ses services qui ont rapporté que l'Etat congolais devrait logiquement « s'attendre à une nette amélioration des flux de rapatriements à partir de juin dernier ». « Mais, il n'est rien », s'est indigné le gouverneur de la BCC.

L'on se rappelle que, pour contrer les pressions sur la monnaie nationale, en janvier 2016, l'Institut d'émission avait injecté plus de 265 millions de dollars pour stabiliser les prix et l'économie, mais aujourd'hui, il n'en est plus question. Avec trois semaines et demie de réserves de change, il faut trouver un autre moyen.

Résultat, la BCC a décidé de lancer dans deux semaines une vague de contrôle tous azimuts. Elle a d'ores et déjà annoncé une hausse du prix des amendes en cas de manquement à cette règle. Des amendes multipliées par deux, voire jusqu'à 20 parfois. La Fédération des entreprises du Congo se dit prête à travailler avec les autorités, mais affirme qu'à sa connaissance, tous ses membres sont en règle. En tout cas, les entreprises qui sont régies par le code minier.

Certaines bénéficient toujours de conventions minières signées avant l'entrée en vigueur du code minier. Comme TFM qui produit des dizaines, voire des centaines de milliers de tonnes de cuivre ou de cobalt chaque année. Mais pour le patronat congolais, cette entreprise - comme d'autres - n'est pas soumise à cette obligation légale des 40%.

On est encore loin d'un bras de fer. Mais, entre l'Etat congolais et les miniers, il y a des étincelles en l'air.

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