21 Juillet 2017

Gambie: #GambiaHasDecided, le hashtag qui se décline partout dans le pays

En Gambie, en janvier 2017, alors que Yahya Jammeh défait par les urnes s'accrochait au pouvoir, un hashtag a émergé pour exiger son départ : #GambiaHasDecided, un slogan qui a fleuri sur les t-shirts et les affiches.

Aujourd'hui, six mois après l'exil de l'ancien président en Guinée équatoriale, le slogan est encore très présent dans la rue, et beaucoup de citoyens portent fièrement ce symbole d'une nouvelle Gambie.

Sainey ne se sépare jamais de son bracelet bleu nuit. Dessus, il reste quelques légères traces d'une inscription autrefois écrite en blanc, impossible aujourd'hui à déchiffrer.

Mais les Gambiens savent tous ce qui était écrit sur le bout de plastique : #GambiaHasDecided, « La Gambie a décidé », le mot d'ordre de ceux qui ont réclamé le départ de Yahya Jammeh après sa défaite à l'élection présidentielle, le 1er décembre 2016.

« Je le garde parce que c'est le symbole du changement, explique ce journaliste, parti en exil à Dakar lors des dernières années de la présidence de Yahya Jammeh. Quand je suis rentré, en février, un ami me l'a donné. Alors je compte le porter jusqu'à ce qu'il se casse ».

Comme lui, de nombreux Gambiens arborent toujours dans la rue t-shirts et casquettes ornés de l'inscription contestataire.

« Le porter aujourd'hui, cela montre aussi qu'on était là dès le début du combat, ajoute Sainey. Il y a même des gens qui me demandent s'ils peuvent toujours l'avoir, c'est devenu un peu "collector", comme un beau souvenir ».

Un slogan vite devenu viral

Le slogan est né dans la tête d'un avocat gambien, Salieu Taal. Il s'était réuni avec des amis pour tenter de rassembler toutes les voix réclamant le départ de Yahya Jammeh.

« Les gens se sont mobilisés et sont allés voter pour le changement. Et l'ancien président a essayé de confisquer cela. Donc ce hashtag, c'était une façon d'être sûr que notre voix serait forte et entendue de tous ».

Un hashtag pour les réseaux sociaux donc, qui ont représenté un outil très utilisé pendant la crise. Mais un hashtag qui soit aussi visible partout, que personne ne puisse ignorer : « On a commencé à imprimer des t-shirts, des autocollants, des affiches et c'est devenu très vite viral, cela nous a vite dépassés, ce qui était super ».

A Friday Reminder! #GambiaHasDecided #NewGambia pic.twitter.com/6AciBtkynD

Pulo Taal (@pulotaal) 14 juillet 2017

Le collectif a distribué des centaines d'objets gratuitement. Puis des vendeurs ont commencé à reprendre le slogan pour l'imprimer sur des t-shirts et les vendre dans leurs magasins.

« Cela ne nous a pas dérangés, explique Salieu Taal. Ce slogan, il est à tout le monde. Pour nous, cela n'a jamais été commercial. Mais en le vendant comme produit, les marchands nous ont aidés à le répandre ».

Casquettes, autocollants, et même tasses, les déclinaisons sont infinies. Musa a encore quelques exemplaires de ses t-shirts dans son magasin dans le quartier de Westfield, à Serekunda. « Oui, je suis un businessman, explique-t-il. Mais j'étais aussi contre le régime, donc ça me permet de conjuguer les deux en même temps ».

Un commerce qui était par ailleurs risqué à l'époque : « Quand Yahya Jammeh était encore là, c'était très dangereux de les vendre.

Des gens se sont fait arrêter pour cela. Mais la demande est devenue d'un coup très très forte, en février on pouvait en vendre jusqu'à 50 par jour. Aujourd'hui, cela a diminué, mais il y a encore des demandes ».

« Ce vêtement, c'est ma fierté »

Marr Nyang lui, continue de porter son tee-shirt aujourd'hui pour le symbole, mais aussi pour envoyer un message fort au nouveau gouvernement et au président Adama Barrow, fraîchement élu.

« Le hashtag rappelle au gouvernement pourquoi et comment il est arrivé là, explique le jeune activiste de 24 ans. C'est le peuple, les Gambiens, qui ont décidé, et les nouveaux élus doivent s'en souvenir. Alors, il faut maintenant appliquer les réformes promises ».

Marr utilise son tee-shirt blanc particulièrement lors de manifestations ou d'événements publics, même s'il lui arrive aussi de le porter dans la vie de tous les jours.

« D'apercevoir cette inscription, cela me rappelle beaucoup de choses : le temps des arrestations arbitraires, de l'impossibilité de manifester publiquement son opinion ». Et il reconnaît être satisfait de voir que ses compatriotes sont toujours nombreux à continuer à porter ce t-shirt comme lui.

Alors qu'importe si l'inscription est un jour délavée, et si les coutures commencent à se défaire, « ce vêtement, c'est ma fierté, je le porterai jusqu'au bout, et le garderai comme souvenir d'un grand moment dans l'histoire de mon pays ».

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