20 Juillet 2017

Cameroun: Pourquoi Paul Biya n'est pas à l'abri d'une défaite en 2018 ?

Il serait redondant de ressasser ici les manquements souvent évoqués du régime du renouveau sur le plan du développement économique que social.

Car ces arguments de campagne bien que souvent exposés avec beaucoup de persuasion et brio par les candidats concurrents aux élections présidentielles n'ont jamais amené les camerounais à ne pas réélire le Président sortant Pau BIYA. Par contre, 2 facteurs peuvent inéluctablement entrainer sa défaite en 2018, s'il décide de se représenter.

PREMIER FACTEUR POUVANT ENTRAINER LA DÉFAITE DU PRÉSIDENT EN 2018 : LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE.

Quand le peuple décide de changer les choses, aucune stratégie politique ne peut empêcher son expression. Je ne dis bien aucune. En démocratie, quelque soient les lois d'organisation du scrutin, du seul moment où les candidats sont soumis au vote du peuple, tous deviennent vulnérables. C'est pourquoi, les récriminations contre le code électoral camerounais actuelles ne paraissent pas convaincantes. Dans de nombreux pays tant en Afrique qu'en occident, les élections sont même souvent organisées et contrôlées par le ministre de l'intérieur qui est l'équivalent du Ministre de l'administration territoriale et de la décentralisation au Cameroun. Plus est, ce dernier est un membre du gouvernement désigné par le Président sortant. Si le peuple Camerounais dans sa large majorité vote contre le Président BIYA, rien à faire, il cèdera le pouvoir. C'est pourquoi l'inscription sur les listes électorales reste un enjeu essentiel tant pour l'opposition que pour le Président BIYA en vue de la mobilisation au maximum des soutiens respectifs. La reforme de Elecam n'est donc pas une question poignante. Il faut bien avoir à l'esprit que les commissions électorales indépendantes, bien que structurellement et organisationnellement autonomes, ne sont pas une garantie vitale aux élections transparentes, libres et crédibles. Elles peuvent tout aussi être corruptibles. Ce sont des hommes qui les gèrent avec ce que cela comporte comme subjectivisme. Nous avons bien vu le cas en Côte d'Ivoire avec ce triste président de la Commission électorale indépendante Youssouf BAKAYOKO , pourtant autrefois très proche de Laurent GBAGBO dont il a été pendant de longues années Ministre des affaires étrangères . Cet homme assuré de toute garantie d'indépendance est allé proclamer et hors délais des résultats dans la chambre d'hôtel du candidat Ouattara.

En outre, le seul fait que la loi électorale camerounaise permette aux partis politiques d'assister au contrôle et à la comptabilisation des votes dans les bureaux vote est une garantie essentielle de maîtrise des opérations de vote. Nous avons bien vu ce qui s'est passé au Gabon lors de la dernière élection présidentielle. Ali Bongo a été coincé par les mécanismes de contrôle mis en place par les partis politiques dans tous les bureaux de vote du Gabon à l'exception de ceux du Haut-Ogooué sa région natale. Il en a profité pour combler son déficit de voix parce que l'opposition n'avait pas mis le même dispositif dans cette région. . Si donc les partis politiques camerounais utilisent les dispositif de sécurisation des votes prévus par la loi électorale notamment avec des représentants bureau de vote par bureau de vote, filment les procès -verbaux avec les téléphones Android, les reportent aux différents états-majors des partis avec la présence des observateurs internationaux.... nous ne voyons pas comment le RDPC et les sous-préfets souvent accusés à tort ou à raison de fraude pourraient changer les résultats. C'est donc une question d'organisation de l'opposition à mobiliser le peuple et à sécuriser les votes et non une affaire d'indépendance structurelle de ELECAM.

DEUXIÈME FACTEUR POUVANT ENTRAINER LA DÉFAITE DU PRÉSIDENT BIYA EN 2018 : LE REFUS DE FAIRE CONFIANCE A LA JEUNESSE.

L'une des plus grandes tares de ce septennat du Président BIYA qui s'achève aura été ce refus du renouvellement de la classe politique au sein du rdpc et du gouvernement notamment par l'injection et la responsabilisation des jeunes. Qu'est devenu par exemple l'organisation des jeunes du parti RDPC (OJRDPC)? Tout simplement, une véritable défroque.

On se souvient encore en septembre 2011 lors du congrès du RDPC de ces phrases d'espoir contenues dans les discours du Président BIYA et qui avaient jeté un silence de cimetière dans la salle du palais des congrès remplie à 90% de la vieille garde du parti.

Voici ce que le Président national du RDPC déclarait ce jour-là :

"Nous devons redonner l'espoir à nos jeunes, c'est pourquoi, tant dans le processus de rénovation de notre parti que dans la gestion des charges publiques, nous encouragerons plus encore le rajeunissement des appareils dirigeants. Faire une place significative à la jeunesse, c'est la préparer à prendre la relève, notre relève....

Ces « grandes réalisations » exigent une « nouvelle dynamique » qui va nous permettre de transformer le Cameroun dont notre parti doit être le catalyseur. Cette nouvelle dynamique se traduit pour nous, au RDPC, - Par l'ouverture à nos rangs des jeunes et des femmes en plus grand nombre"

Face à cette désillusion, la jeunesse semble maintenant déterminée plus que jamais à prendre son destin en mains.

D'où cette résonance particulière et le succès de leur mobilisation à l'opération : "11 millions d'électeurs" lancée par un jeune, alors même qu'ils sont souvent restés silencieux aux appels de nombreux partis politiques à leur inscription sur les listes électorales.

Si le Président BIYA reste sourd à cette volonté exprimée de ses jeunes compatriotes, il sera très surpris en 2018 au cas où , il se représenterait. Ces jeunes qui désespèrent de plus en plus emporteront dans leur élan leurs parents.

Car les parents veulent l'épanouissement de leurs enfants. C'est d'ailleurs pourquoi la machine Macron en France a happé tout autant de jeunes gens que de personnes âgées.

Quel est ce parent qui votera un régime qui ne donne pas espoir à son enfant? Le rajeunissement est donc la seule bouée de sauvetage du régime BIYA à moins de 20 mois de l'élection présidentielle.

Les principaux signes de ce rajeunissement passent par exemple par la nomination avant les élections d'un jeune premier Ministre de moins de 50 ans, des ministres d'une trentaine d'années au sein du gouvernement....

Si aujourd'hui Abdoulaye WADE , bien plus âgé que le Président BIYA réapparaît encore comme l'homme de la situation au Sénégal face au quinquagénaire Macky SALL, c'est tout simplement parce qu'il a su s'entourer des jeunes lorsqu'il était président. On se souvient encore de ces jeunes premiers ministres de 42 ans Macky, Cheikh Sekh et de ses conseils ministériels avec de jeunes ministres prenant des notes avec des tablettes.

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