1 Août 2017

Burkina Faso: Dépôt d'hydrocarbures de Bingo - Un jeune tué dans des conditions troubles

Des populations de Ballolé (environ 15 km de Ouagadougou) ont bloqué le trafic routier en direction du dépôt d'hydrocarbures de la Société nationale burkinabè d'hydrocarbures (SONABHY), le lundi 31 juillet 2017.

Il s'est agi d'un mouvement de protestation, à la suite de la mort (samedi 29 juillet) d'un jeune de la localité, qui aurait été abattu par un soldat chargé de la sécurité du site

Le dépôt d'hydrocarbures de Bingo (environ 15 km de Ouagadougou) de la Société nationale burkinabè d'hydrocarbures (SONABHY) est resté fermé, le lundi 31 juillet 2017. Des populations de la localité ont établi un blocus sur la voie menant au site. A notre arrivée sur les lieux de la manifestation aux environs de 12h, plus d'une centaine de camions-citernes avaient stationné sur le bas-côté de la route en direction du dépôt. Quelques centaines de mètres plus loin, une foule de manifestants avaient attaché une corde en travers la voie, et disposé des pierres, barricadant ainsi la route. Selon quelques personnes que nous avons approchées, ils en veulent à la SONABHY pour la mort d'un jeune de la localité, abattu par un des soldats chargés de la sécurité du site. Les faits se seraient déroulés, le samedi 29 juillet 2017, sur un sentier contournant le dépôt d'hydrocarbures.

Une fois sur le lieu présumé du drame, un monticule de terre nous a été présenté comme le tombeau de la victime, qui avait pour nom, Antoine Kalmogo. Agé de 19 ans, il devrait faire la classe de 4e la prochaine rentrée scolaire. Paténéma Kalmogo, également âgé de 19 ans, aurait été en compagnie de la victime au moment de la tragédie. Selon ses dires, ils revenaient tous les deux du marché en direction de la maison aux environs de 19h30.

«Mon compagnon avait décroché un appel et moi je le suivais de près, en train de manipuler mon portable. Arrivé à la bifurcation qui mène chez nous, il a reçu une balle. Je me suis enfui à travers les herbes et ils se sont mis à mes trousses en tirant des coups de feu», relate-t-il.

Quel est le soldat qui a abattu Antoine, et pourquoi ?

Le jeune homme n'a aucune idée de ce qu'il leur était reproché au point d'être la cible de coups de feu sans aucune sommation. «C'est cette voie que tout le monde emprunte depuis que le passage longeant le grillage de clôture a été interdit à la circulation au-delà de 18h lors du coup d'Etat de Diendéré (en septembre 2015)», soutient-il. Toutefois, selon d'autres sources, une fille serait au centre de l'histoire. Antoine Kalmogo serait le «manager» d'un homme pour conquérir une demoiselle de la localité. Il aurait été interrogé par des gendarmes venus faire le constat et qui ont dit que l'affaire va suivre son cours.

Par ailleurs, les habitants disent avoir ramassé plusieurs douilles de balle qu'ils ont remis à la gendarmerie. Hamado Kalmogo, vendeur de viande au dépôt d'hydrocarbures a été saisi par les militaires quelques temps après l'incident. «Un militaire est venu me réveiller vers 3 heures du matin. Il m'a dit que les deux jeunes étaient à moto et que l'un d'eux aurait fui avec l'engin quand ils ont tiré. Ils nous ont amenés au lieu où se trouvait la dépouille, nous avons creusé la tombe et on l'a enterré aux environs de 7h le lendemain», confie-t-il.

Pourtant, Paténéma est bien formel, ils étaient à pied. Selon les dires des habitants du village, après le drame, aucun agent de la SONABHY, ni de la hiérarchie militaire, n'est venu s'en quérir de la situation, ni présenter des condoléances. C'est ce qui aurait poussé les jeunes à barrer la voie et exiger la lumière. Le préfet de Tanghin-Dassouri, Laurent Kontogom, première autorité administrative, présente sur les lieux, s'est rendu aussitôt dans la famille de la victime où, il a présenté ses condoléances.

Sur-le-champ, il a voulu remettre une somme d'argent au père éploré, mais des jeunes sont intervenus pour faire comprendre qu'en pareille circonstance, ce geste n'a pas d'importance. «Dans la coutume mossi, on ne salue pas en cas de mort accidentelle», explique l'un d'eux. Ce serait d'ailleurs pour cette raison que le jeune abattu aurait été enterré avec tout ce qu'il avait sur lui, dont notamment son téléphone portable.

Par la suite, le haut-commissaire du Kadiogo, Boureima Sawadogo, est également arrivé sur les lieux. Il demande pardon aux populations au nom de l'Etat. Il rassure qu'une enquête sera diligentée pour établir les responsabilités. C'est alors que différentes revendications lui sont adressées : qui est le soldat qui a abattu Antoine, et pourquoi ?

D'autres voix aussi exigent que la famille soit dédommagée. Des revendications antérieures, en l'occurrence, la réfection de la route sont aussi remises sur la table. Aux dernières nouvelles, le blocus aurait été levé en début de soirée. Nous avons essayé de rentrer en contact avec la SONABHY, mais nous n'avons pas pu encore recevoir une déclaration sur l'affaire.

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