5 Août 2017

Cameroun: Dans l'esprit d'un dépressif

Samuel Gwed peint l'image d'un homme puissant au côté sombre et terriblement mystérieux dans son roman « Maintenant... Dîtes-le-moi ! »

Les ténèbres et le mystère qui entourent la vie de Thomas, héros de « Maintenant... Dîtes-le-moi ! » sont insondables. Le héros du roman, patron de KSG-Pharma, un laboratoire pharmaceutique en pleine apogée basé en Belgique, se révèle un scientifique brillant avec des capacités de gestionnaire et de financier hors-pair. Une facette façonnée par sa position et son image d'homme de charisme. Cette coquille une fois franchie, il est évident que Thomas est d'une fragilité déconcertante. En proie à des conflits intérieurs, il ne se prive pas de faire vivre à son entourage les effets dévastateurs de ses éclairs de colère.

Thomas est un livre scellé. Il est impossible de le percer à jour, lui qui se confie avec aisance à ses thérapeutes : Charles Emmanuel, le psychothérapeute, Caroline, le coach. Entre ces trois-là, une complicité étrange s'installe. Un peu trop avec Caroline, soutien mental, avec qui les relations basculent au fil des séances dans une forme d'intimité. Un lien renforcé par une vie de couple tumultueuse avec Charlotte, son ex-femme. Si seulement ses parents se muaient en une épaule réconfortante sur laquelle pleurer. Là encore, un échec relationnel. Avec son père Dieudonné, le rapport père-fils est construit autour du travail. Une cohabitation froide, sans signes d'affection. Ainsi brossé, le quotidien privé de Thomas constitue un véritable tourbillon.

En 188 pages, Samuel Gwed, l'auteur camerounais, fait plus que révéler les démons d'un homme qui a pourtant tout pour plaire, sur les plans physique et professionnel. Et si avec « Maintenant... Dîtes-le moi ! », l'auteur ne s'arrêtait pas seulement à une simple description triste et morose ? Son livre publié chez Les Editions Persée, entraîne le lecteur dans les coulisses de l'univers médical, précisément de la santé de reproduction. Il soulève alors une problématique non moins cruciale : une femme peut-elle considérer comme le sien un enfant qui partage ses gênes mais qu'elle n'a pas porté en son sein ? Une mère porteuse peut-elle définitivement briser ce lien avec un fils ou une fille qu'elle a mis au monde et qu'elle ne verra peut-être plus jamais ? Le mal-être profond de Thomas vient peut-être de ces interrogations. Le roman de Samuel Gwed a le mérite de plancher sur un sujet original, rarement adapté à la fiction littéraire au Cameroun.

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