6 Août 2017

Rwanda: Paul Kagamé - 7 ans pour partir ?

Photo: Daily News
Le Président Paul Kagame du Rwanda.

A ce rythme-là, il risque de franchir la barre des 100%. Alors qu'en 2003 et 2010 il n'avait obtenu, si on ose dire, que 95 et 93% des suffrages exprimés, Paul Kagamé a frôlé la perfection cette fois-ci.

Au lendemain de la présidentielle du vendredi 4 août 2017, la Commission électorale rwandaise a en effet proclamé les résultats dès le lendemain, créditant le président sortant de 98,6% des voix.

L'indépendant Philippe Mpayimana et le leader du seul parti «d'opposition» toléré dans le pays, Frank Habineza du Parti démocratique Vert (envoyés pour ainsi dire dans les choux), auront donc, en tout et pour tout, obtenu moins de 2% des voix.

Un score aussi anecdotique que prévisible comme il l'était, tout comme était aussi prévisible le score kagaméen qui est, dans une certaine mesure, à sa taille. Vite fait bien plié !

Pourquoi en effet aurait-il fallu embarquer les 7 millions d'électeurs dans un faux suspense alors que tout le monde savait que sa performance ne ferait l'ombre d'aucun doute dans un pays qu'il gère d'une main de fer depuis 23 ans en gros et où même les gorilles et les montagnes savent qui est le maître ?

Au moins avec l'homme mince de Kigali, les choses sont claires. Il ne se prend pas pour ce qu'il n'est pas et tant pis pour ceux qui veulent juger la «démocratie» rwandaise à l'aune des critères occidentaux. Ici c'est l'Etat FPR qui règne dans un monolithisme de fait, où les droits de l'homme, la liberté de la presse et autres n'ont pas droit de cité.

Mais Kagamé a un argument massue ; il a relevé le Rwanda après le génocide en 1994 qui a fait entre huit cent mille et un million de morts et a à son actif des performances socio-économiques qui feraient pâlir de jalousie ceux qui se targuent d'être les bons élèves de la démocratie.

Quels Africains ne rêveraient pas en effet de disposer d'un taux de croissance constant depuis de nombreuses années, d'une couverture maladie universelle de plus 91% de la population, d'un revenu moyen par habitant de 700 dollars alors qu'il n'était qu'à 150 au lendemain du génocide, d'une baisse de 2/3 de la mortalité infantile, etc.

On pourrait multiplier à l'infini les bons chiffres de ce pays cité comme exemple de bonne gouvernance. Et comme on ne vit pas de démocratie et d'eau fraîche, nombreux sont ceux donc qui reconnaissent des circonstances atténuantes à ce despote éclairé.

Qu'à cela ne tienne, si après la révision constitutionnelle de 2017 il peut encore théoriquement rester au pouvoir jusqu'en 2031, il gagnerait à mettre à profit les sept prochaines années de son septennat pour passer la main.

D'abord parce que les cimetières sont peuplés d'hommes indispensables comme il veut en donner l'image mais aussi parce que les peuples sont par définition versatiles.

L'histoire récente du continent montre à souhait que les hommes providentiels, qui se faisaient élire à des scores kagaméens, ont parfois été jetés subtilement dans les poubelles de l'histoire. Saura-t-il entendre cette voix de la raison qui ne doit pas manquer de murmurer à souhait ?

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