7 Août 2017

Madagascar: Atallah Béatrice - «Des ambassades pourraient être fermées»

interview

La ministre des Affaires étrangères, Atallah Béatrice, donne des éclaircissements sur les nouvelles décisions prises par la diplomatie malgache.

Elle parle d'une orientation multiforme qui s'inscrit dans la logique d'une relation diplomatique «gagnant-gagnant».

- Vous évoquez souvent une diplomatie malgache qui entre dans une nouvelle ère. Qu'en est-il concrètement ?

- Actuellement, Madagascar s'ouvre à tous les partenaires qui désirent développer des relations de coopération «gagnant-gagnant». Nous prenons des initiatives pour donner une nouvelle dynamique à notre diplomatie. D'abord avec nos amis et partenaires historiques, avec qui nous partageons des acquis qu'il faut sans cesse consolider et équilibrer. Mais vous constaterez que comme tous les pays, nous travaillons aussi au développement de nouveaux partenariats, compte tenu des mutations qui s'opèrent dans le monde.

- Il est constaté ces derniers temps que Madagascar se tourne de plus en plus vers l'Orient, particulièrement vers la Chine. Pourquoi ?

- La coopération est par nature multiforme. Notre coopération, à l'instar de celles des autres pays, doit être imaginée dans la complémentarité. En cela, nos partenaires ne sont en aucun cas en concurrence, si c'est le sens de votre question. Il n'y a pas de petit ou de grand partenaire. Ils sont tous importants et sont traités sur un même pied d'égalité. Nous honorons les engagements et les défis planétaires, afin d'atteindre les objectifs pour le développement durable et utiliser la diplomatie comme levier de développement. Les relations internationales dans leur globalité concernent tous les pays du monde, sans exception. Les échanges sont mondiaux, et il est de notre devoir d'inscrire Madagascar dans cette logique. Vous voyez aussi que même les grands pays travaillent de concert avec ce pays.

- Lors d'une interview accordée à TV5, le président de la République a déclaré que les relations de Madagascar avec la France sont historiques, mais que la France n'est plus le premier partenaire. Pouvez-vous nous aider à comprendre ?

- Rappelons-nous exactement des propos du président de la République Hery Rajaonarimampianina: «Madagascar vit intensément ces mutations, et compte bien y trouver sa place et son rôle. Notre vision englobe tous les pays, sans exclusion ni exclusivité». J'ajoute que Madagascar travaillera avec les partenaires qui montrent bien de volonté de respecter les valeurs, les droits aussi bien internationaux que nationaux. Je mettrai un accent particulier sur le respect de notre environnement, aussi bien écologique que social.

Il a par ailleurs annoncé de grandes prises de décisions sur la relation avec «les autres pays». Des décisions ont été déjà prises dans le but de renforcer la place de Madagascar au sein de la communauté internationale. Nous sommes déjà présents et participons activement dans la vie de cette communauté. Notre vision du monde s'élargit, dans le but de mettre en valeur notre diplomatie. Cela est fortement visible. Notre candidature au sein de certains organes, comme celle auprès des Nations-unies ou au sein de l'Union africaine en est la preuve. Des candidatures qui ont porté leurs fruits, et je pense que c'est une grande réussite et une avancée considérable de notre diplomatie.

- Pour quels résultats ?

- Voyez vous, le résultat est déjà palpable. Le Japon, par exemple, a déjà apporté son soutien dans différents secteurs. Tout comme le Fonds monétaire internationale (FMI), la Banque Mondiale, l'Union Européenne... Notre stratégie

qui est celle de la diplomatie économique a déjà porté ses fruits. La mise en oeuvre d'une diplomatie qui découle de celle du développement reste un grand défi à prendre. D'un autre côté, Madagascar doit prouver sa volonté politique de respecter et de suivre son engagement envers la communauté internationale, surtout à l'approche des élections. Ainsi, on doit solliciter les soutiens internationaux pour atteindre notre objectif. Madagascar doit continuer à prendre les mesures nécessaires pour tenir sa place au sein de la communauté internationale.

- Quelle place tient actuellement Madagascar au sein de la communauté internationale ?

- La visibilité de Madagascar est toujours très importante au sein du concert des nations. Concrètement, nous avons déjà fait de grands pas pour rétablir notre relation avec la communauté internationale. Une relation qui a été ternie par la précédente crise politique. Vous savez que la géopolitique mondiale change. Les Nations-unies parlent actuellement de l'horizon 2030. L'application de l'accord de Cotounou va aussi prendre fin en 2020, et l'Union Européenne va réunir les pays d'Afrique pour trouver une nouvelle entente. Nous devons suivre la tendance mondiale. Le monde change, la relation internationale change aussi et nous sommes contraints de suivre le vent du changement.

- Pourquoi la nomination des ambassadeurs tourne-t-elle au ralenti ?

- Actuellement, nous attendons les accords d'agrément de certains pays, et on sait qu'il faut du temps pour cela. J'ai déjà expliqué à maintes reprises que notre département ministériel n'est pas la seule entité responsable impliquée dans l'obtention de ces accréditations. Les autres départements, comme celui de la présidence de la République, le ministère de la Justice, le ministère de l'Intérieur, ... le sont aussi.

- L'annonce de ces nominations a tout de même été faite depuis le mois de mars !

- Personnellement, en tant que chef de la diplomatie malgache, je pense que l'on ne devrait pas s'inquiéter sur ce sujet. Il faut être patient dans l'attente des accords d'acréditation de ces pays. Par ailleurs, quelques pays ont déjà répondu à notre demande. La nomination du professeur Alain Tehindrazanarivelo en tant qu'ambassadeur de Madagascar en Éthiopie en est la preuve. Je pense que les autres pays vont rejoindre cette dynamique.

- Et si les ambassadeurs ne sont pas nommés à temps ?

- Les prérogatives de mon département ne se résument pas à la nomination d'ambassadeurs. Cette année, nous allons rouvrir quelques ambassades. Notamment celle de la Grande- Bretagne, en septembre. Le président Hery Rajaonarimampianina se rendra sur place à cette occasion. D'autres ambassades sont également prévues rouvrir. Nous étudions actuellement à la loupe tous les cas de figures possibles. Des ambassades pourraient également être fermées

ou transférées à d'autres départements étrangers. Nous allons soumettre des propositions au conseil des ministres. Deux ou trois ambassades sont concernées. Nous attendrons la décision du conseil.

Madagascar

Union Européenne / UNICEF - Etude d'exploration d'eau souteraine dans le Sud

L'Unicef et l'Union Européenne vont lancer une recherche de solution pour améliorer l'accès… Plus »

Copyright © 2017 L'Express de Madagascar. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.