7 Août 2017

Burundi: Exil des jeunes burundais - Les racines du problème

La récente disparition dans la nature de six jeunes burundais a fait couler beaucoup d'encre. La condamnation a été générale. La blogueuse Bella Lucia Ninihazwe et le blogueur Ivan Corneille Magagi nous proposent un autre son de cloche.

D'abord le point de vue de Bella Lucia :

Les six jeunes se sont démarqués juste par leur fugue en groupe, mais ce n'est que l'arbre qui cache la forêt. Bon nombre de Burundais, jeunes ou âgés, ont atterri en Occident dans les mêmes conditions. « Ils auraient dû revenir. Ces jeunes se montrent non patriotes en fuyant le pays. Il fallait qu'ils reviennent pour contribuer au développement de leur pays » critiquent certains « patriotes ». Que c'est facile de jeter la première pierre !

Du coup, j'ai envie de ramener sur la table toutes ces interrogations « gênantes » que l'on esquive : le contexte burundais est-il propice pour permettre aux jeunes génies de l'informatique d'améliorer leurs connaissances, exploiter leurs talents ? Etait-il possible pour eux de développer leur imagination dans la robotique sans machine ni internet, dans les écoles qui n'ont ni labo, ni bibliothèque, sans personnel compétent ? Sont-ils les premiers à prendre cette décision d'aller voir ailleurs ? Combien d'hommes « forts», détenteurs de diplômes prestigieux, ont quitté leurs bons postes, laissant derrière eux des villas, pour aller se caser dans des studios en Europe, au Canada, aux Etats Unis, ... ?

Faisons face à la réalité. Au lieu de condamner ces escapades, il faut plutôt se demander comment peut-on faire pour que les Burundais s'intéressent à leur pays.

Yvan Corneille Magagi s'est exilé récemment. Pour ce jeune blogueur, il faut « fuir son pays, tant que cela se peut encore! ». Il s'explique :

C'est parfois facile d'accuser ceux qui ont fui d'avoir succombé au charme du luxe occidental. Mais dans certaines situations, on aimerait atterrir dans un centre de réfugiés en Somalie ou en Afghanistan que rester au pays. Et puis, le luxe, c'est vivre près de ses proches, fréquenter une université publique gratuite, vivre dans un pays qui te reconnaît sa citoyenneté... Le luxe, ce n'est pas faire des files d'attente pour avoir des repas gratuits ou à moindre prix, dans un froid de canard ou sous un soleil accablant. Mais au moins comme ça, les exilés sont libres et en sécurité, deux droits qui leur sont certainement refusés chez eux. Faut-il être un génie pour comprendre que dans ce cas le choix est vite fait ?

À chaque fuite, une histoire propre

C'est trop facile de juger dans la globalité. Mais derrière ce qu'on peut considérer comme « fuite malhonnête », il y a toujours une histoire. Le 9 Août 2015, un certain Pierre Claver Mbonimpa quitte le pays pour aller se faire soigner à l'étranger sur autorisation expresse de la Justice. Il était, juste avant cela, sous le coup d'une interdiction de voyager. Il n'est pas encore rentré, aux dernières nouvelles. J'imagine et j'espère qu'il s'est remis de sa convalescence. Mais qui a osé hausser sa voix contre cette attitude ? Qui a osé dire que cela mettait en danger d'autres personnes?

En fait, personne ! On ne juge que pour se faire plaisir, et ne parle que pour faire sensation !

Un appel à la réflexion

Dans l'état normal des choses, il serait bon pour un homme de vivre dans son pays, en jouissant de ses droits et libertés fondamentaux ! Mais cela justement dans l'état normal des choses. Est-ce le cas au Burundi ?

Que des personnes fuient leurs pays craignant pour leur vie, ce n'est pas nouveau, ni un concept propre au Burundi ! Parmi nos dignitaires, il y en a qui ont vécu des années et des années en exil. Quand ils sont partis, certains ne les comprenaient pas ou les condamnaient. C'est toujours comme ça ! Je considère que lorsqu'un Burundais parvient à se mettre à l'abri, ça devient une vie sauvée. Pensons à tous nos amis, aimés, fauchés depuis les dernières crises (parce que il y en a eu plusieurs) ! Pensons aussi aux prisonniers politiques, ou autres injustement emprisonnés ou encore ayant subi des traitements inhumains! Si nous avions eu le pouvoir de leur éviter cela en leur faisant fuir peu importe la voie, je crois que nous l'aurions fait sans tergiverser.

Fuir son pays ne rend personne moins patriote. C'est plutôt une opportunité de sauver une vie, et de donner un meilleur espoir à son pays.

Burundi

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