7 Août 2017

Burkina Faso: Réhabilitation route Dassa-Savalou-Djougou - EBOMAF tête de convoi du PPP au Bénin

Le ministre béninois des Infrastructures, Hervé Hêhomey, a lancé le 4 août 2017 à Savalou les travaux de réhabilitation de la route Dassa-Savalou-Djougou longue de plus de 255 km.

Le marché obtenu par l'Entreprise Bonkoungou Mahamadou et fils (EBOMAF) vise à mettre aux normes communautaires cette portion très dégradée de la route nationale inter-Etats n°3 qui rallie le port de Cotonou aux pays de l'hinterland. Bel exemple de Partenariat public privé (PPP) et symbole d'un succès à l'extérieur du leader burkinabè du BTP, le projet, d'un coût global de plus de 261 milliards de FCFA, a un délai d'exécution de 36 mois.

« Vous êtes sûrs qu'on ne s'est pas trompé de chemin ? »

Le paysage confine à la rêverie mais l'équipe de reporters vit un cauchemar sur la route nationale inter-Etats n°3. Partie de la frontière avec le Togo, elle devrait gagner Savalou à environ 255 km. Sept heures plus tard, la ville paraissait encore plus loin. La faute au mauvais état de la route qui oblige le conducteur à manœuvrer le "15-places" avec délicatesse.

Le tronçon Dassa-Savalou-Djougou que les journalistes burkinabè ont emprunté le 3 août 2017 est une portion de la route nationale inter-Etats n°3, le deuxième plus important corridor du Bénin. Il permet de relier non seulement le Togo, mais aussi les pays de l'hinterland comme le Burkina Faso. La route s'est dégradée au fil des années avec les conséquences qu'on imagine sur le coût du transport et les risques d'accidents. Sa réhabilitation a toujours été une promesse des gouvernements successifs sans que cela ne soit accompagné d'effets. Mais pour une fois, le calvaire des populations et des usagers de ce corridor est en passe d'être relégué au rang de mauvais souvenir. Dans 36 mois, devrait sortir au milieu des vertes collines une route entièrement rénovée. C'est une entreprise burkinabè qui porte cet espoir: le groupe EBOMAF.

C'est à travers un partenariat public/privé (PPP) que le gouvernement béninois a confié les travaux de rénovation de cet axe long de 255,732 km à EBOMAF. Sa réhabilitation sera accompagnée par l'aménagement et le bitumage des bretelles Bassila-Manigri (9,3km) Kpèrèkètè-frontière du Togo (0,8km) et Bassila-frontière du Togo (4,7km). Le coût total provisoire du vaste chantier qui entre dans le cadre du Programme d'action gouvernementale (PAG), le PNDES béninois si vous voulez, est estimé à plus de 161 milliards de FCFA TTC.

L'espoir retrouvé

La ville de Savalou est située à 250 km au nord de Cotonou. Perchée à 400 m d'altitude, la bourgade construite aux flancs de collines est forte de plus de 145 000 âmes, issues de l'ethnie Mahi pour la plupart. Elle est la capitale du royaume du même nom, historiquement rival du Dahomey.

La ville abrite chaque 15 août, la fête de l'igname. « L'igname est comme un homme, il reste neuf mois dans les buttes. Il faut organiser des rituels avant de pouvoir le consommer », explique un membre de la cour royale.

Les préparatifs de l'événement allaient bon train le vendredi 4 août 2017. Mais c'est une autre manifestation qui mobilise ce jour le tout-Savalou. Sur la place de l'auto-gare, lieu de transit des voyageurs venant du Mali et du Burkina, se tient la cérémonie de lancement des travaux de réhabilitation de l'axe Dassa-Savalou-Djougou. Le président de la République qui devait présider ce top de départ s'est fait représenter par son ministre des Infrastructures, Hervé Hêhomey.

La population, les autorités coutumières et administratives des Collines et de la Donga, les deux départements que traverse le projet étaient réunies dans un vaste espace, sous les regards bienveillants des collines environnantes et de l'imposante armada de machines d'EBOMAF.

Comme très souvent dans cette contrée, il pluvinait et cela ne dérangeait pas outre mesure, arrive le patron de la cérémonie, le ministre Hervé Hêhomey. Il était accompagné par ses collègues de l'Enseignement supérieur et de la Communication.

Les trois ministres ont fait d'abord le tour de la place sous la bronca du public (traditionnel bain de foule oblige) et sont allés présenter leurs hommages au 14e roi de Savalou, Gandjègni Awoyo Gbaguidi. Les envoyés de Patrice Talon ont ensuite pris place à côté du P-DG d'EBOMAF, Mahamadou Bonkoungou, qui avait rejoint la ville hôte à bord d'un hélicoptère de sa flotte.

Plus qu'une simple cérémonie solennelle, le lancement de la réhabilitation de la voie qui traverse la localité a été l'occasion pour le département des Collines de montrer son riche potentiel culturel. Masques, chants et danses mahi ont fait voyager le public dans le Bénin du vodou.

Premier à prendre la parole, le maire de la commune de Savalou, Prosper Iroukora Yao. Après avoir souhaité la bienvenue à ses hôtes, il a, au nom de ses administrés, traduit sa satisfaction de voir le démarrage des travaux. « La route Dassa-Savalou-Djougou est l'espoir du développement économique, social et culturel des communes qu'elle traverse, du moment où elle leur facilitera l'évacuation des produits agricoles vers les centres de consommation en toute sécurité et leur acheminement à moindre coût dans le reste du pays, relevant ainsi, l'impact économique de ces communes sur l'économie nationale », a-t-il affirmé.

Le directeur général des Infrastructures, Jacques Ayadi, a, à sa suite, présenté les caractéristiques de la nouvelle route et assuré qu'elle ne sera « pas comme les autres ».

Main dans la main

Pour sa part, le ministre des Infrastructures et des Transports, Hervé Hêhomey, a assuré que le développement des infrastructures occupe une place centrale dans le PAG. Reprenant une citation universelle, « la route du développement passe par le développement de la route », il a indiqué que le gouvernement béninois s'est engagé dans le développement des infrastructures en vue de soutenir la croissance, la modernisation du réseau routier, son entretien et le développement de routes rurales.

Ce présent projet vise, a-t-souligné, à « améliorer les conditions et les coûts du transport, à réduire le temps de parcours, à désenclaver les zones traversées, à faciliter l'accès aux centres socio-économiques et à réduire le nombre d'accidents ». Compte tenu de l'importance des travaux et la nécessité pour l'entreprise de respecter le délai imparti, il a invité les populations riveraines à accompagner le groupe EBOMAF. Le même message a été livré par Mahamadou Bounkoungou : « Nous comptons beaucoup sur la compréhension de la population parce qu'il est clair que tous les travaux de construction de route créent des nuisances. Nous devons cheminer main dans la main afin que nous puissions réaliser ce projet ».

Pour le P-DG du groupe EBOMAF, son entreprise va apporter, dans le cadre de ce projet, « son expertise et son savoir-faire reconnus pour le développement du Bénin ». Le groupe va, a-t-il poursuivi, continuer son expansion en Afrique et dans le monde. « Bientôt vous entendrez parler d'EBOMAF en construction à Rabat. Nous ne parlons même plus de l'Afrique de l'Ouest, nous parlons de l'Afrique centrale, de l'Afrique du Nord et même de la France ».

Encadré 1

EBOMAF s'érige contre « l'intellectualisme »

Le débat a fait rage au Burkina à l'occasion du vote du projet de loi portant allégement des conditions d'octroi des marchés dans le cadre du partenariat public/privé. L'opposition y voyait la porte ouverte à un pillage systématique des ressources de l'Etat. Si la loi est passée malgré le boycott des opposants, le système PPP est déjà entré, sous d'autres cieux, dans les habitudes lors des passations de marchés. Rien qu'au Bénin, le groupe EBOMAF préfinance ou a préfinancé au moins trois projets entre 2016 et 2017. La plupart de ses autres marchés dans les autres pays ont été également acquis via le PPP. Le groupe a les moyens de gérer de telles charges au regard de sa force financière, matérielle et humaine considérable, a fait savoir les responsables de l'entreprise. « Nous avons plus que la capacité », s'enthousiasme même le P-DG Mahamadou Bonkoungou.

Devant les journalistes, ce dernier qui en avait visiblement gros sur le cœur, a exprimé sa frustration face aux débats « intellectualistes » qui ont eu lieu autour des PPP dans son pays natal. « Je voudrais inviter les Burkinabè et le gouvernement burkinabè à regarder la façon dont les autres pays de l'Afrique de l'Ouest sont en train d'être construits et leur emboîter le pas. Je ne renie pas l'intellectualisme, mais je voudrais dire qu'il faut qu'on mette les actes concrets avant les débats et les points de vue des réseaux sociaux. La réhabilitation du tronçon Dassa-Savalou Djougou est un partenariat public/privé de gré à gré. Il n'y a pas eu une loi votée à l'Assemblée nationale au Benin. Mais au Burkina, l'intellectualisme nous amène devant les députés. Cet intellectualisme nous empêche d'exploiter les dernières ressources qui nous restent pour construire ce pays. Il faut qu'on sache que les choses ont évolué, il n'y a plus de bailleurs de fonds qui donnent 30 ans de crédit. C'est à nous Africains de construire l'Afrique ».

Encadré 2

Arrivée royale

Malgré la présence de l'administration, le souverain de Savalou a gardé son prestige au sein d'une population qui se déclare à majorité animiste. Les déplacements de l'actuel roi, Gandjègni Awoyo Gbaguidi XIV, donnent lieu à de véritables cérémonials orchestrés qui mobilisent toute la cour. Il en a été de même le 4 août dernier.

La venue du roi est annoncée par des tam-tams. En première ligne, quatre jeunes filles, sceptres en main, capuches vissées sur la tête, dansent pour ouvrir la voie. Sous un parasol brodé d'emblèmes royaux, le roi, dans un boubou blanc et paré de bijoux dorés, avance aux côtés de ses ministres et de deux gardes du corps qui semblent tout droit être sortis d'un film de Nolywood. Derrière le chœur du pouvoir, le reste de la cour vêtu selon leurs fonctions suivent sous les cliquetis des nombreux bracelets fixés sur tout le corps. Lorsque le roi s'installe sur le fauteuil qui lui est réservé, ses deux gardes du corps, machettes bien en vue, se mettent de part et d'autres. Deux femmes, assises une rangée derrière, veillent avec leurs éventails de l'époque victorienne à ce que le souverain n'est pas chaud sous cette chaleur moite.

Encadré 3

Vu et entendu

Patrice Talon, absent omniprésent

Malgré son absence, le président béninois a été omniprésent à cette cérémonie de lancement. Son nom revenait comme un mantra dans la bouche de tous les artistes qui ont défilé. Sans exception, ils ont tous entonné des « cantiques » à sa gloire.

Si ce ne sont pas des cantatrices, c'est parfois dans la foule qu'une voix s'élevait, sans aucune raison, pour crier « Patrice Talon ». Elle était aussitôt reprise en chœur.

Les ministres présents ont aussi usé de superlatifs pour désigner le successeur de Yayi Boni, à l'image de la ministre de l'Enseignement supérieur, Marie-Odile Attanasso, qui a présenté Patrice Talon comme « un grand bâtisseur des temps modernes ». Un culte du chef habituel selon un confrère béninois.

Un enfant enlevé par un vaudou

Qui dit Bénin, dit forcément vaudou, une religion née au Dahomey et qui a été apportée dans le nouveau monde par les esclaves.

La plupart des prestations avaient une forte coloration mystique à l'image de cette femme, adepte du dieu de la maladie, Sakpata, qui s'est avancée en transe vers le podium, les yeux révulsés, comme possédée.

Durant une bonne partie de la cérémonie, un prêtre vaudou s'était fait discret sur une chaise de jardin observant l'événement comme le reste du public. Mais lorsqu'un tambour spécial raisonne, il se dresse aussitôt, fait retentir une clochette qu'il tient dans sa main gauche, sur son épaule, pend une fourche en forme de disque. C'est la débandade dans la foule. Les gens s'écartent sur son chemin et les plus petits prennent la poudre d'escampette aidés par leurs parents. L'homme a l'air de chercher quelque chose. Il finit par se saisir, un coup sec, d'un garçonnet d'environ 2 ans que sa mère n'avait pas su protéger. Le prêtre fixe l'enfant sur son crochet et le porte ensuite en bandoulière comme un gibier qu'on ramène de la chasse avant de se rediriger vers sa place.

Même si la négligente mère récupérera son garçonnet en pleurs, son fils vient d'être « choisi ». Selon la tradition, le bambin devra être initié au vaudou sous peine d'être maudit pour le restant de sa vie.

Burkina Faso

Une manifestation dispersée, des personnes interpellées

Au Burkina Faso, la manifestation prévue par le cadre d'expression démocratique et le mouvement populaire… Plus »

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