8 Août 2017

Afrique du Sud: Echec de la motion de défiance contre le président - L'Anc sauve Zuma mais se tire une balle dans le pied

analyse

Et de neuf pour Jacob Zuma ! En effet, le président sud-africain vient d'échapper une fois de plus à une motion de défiance censée le déloger du palais présidentiel, pour l'ensemble de ses scandales politico-financiers à la tête de la Nation Arc-en-ciel. Mais cette fois-ci, on peut dire que Jacob Zuma revient de loin et qu'il l'a échappé bel. D'autant plus que contrairement aux sessions précédentes, le vote s'est déroulé à bulletin secret, comme l'a réclamé et obtenu l'opposition pour qui cela était déjà une première victoire.

Et c'est par une courte tête que le chef de l'Etat a échappé à la fatwa de ses détracteurs, 177 députés ayant voté pour sa destitution pendant que 198 autres votaient contre. L'opposition n'a donc pas obtenu le Graal, puisque le parti au pouvoir, l'ANC, a pesé de tout son poids pour faire échec à cette énième motion de défiance contre son leader.

Tirant une fois de plus d'affaire un Jacob Zuma de plus en plus isolé et à la peine, même dans son propre camp, en raison de ses nombreuses frasques à la tête de l'Etat dont les plus emblématiques restent le Nkandlagate, du nom de cette affaire de rénovation de sa résidence privée sur des fonds publics et le Guptaleaks, du nom de cette influente famille d'origine indienne qui le mènerait par le bout du nez.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce vote était attendu. Aussi bien par les détracteurs du chef de l'Etat sud-africain qui ne cachaient pas leur intention de faire

tomber sa tête que par ses partisans qui commençaient à être lassés par ces motions de défiance à répétition, qui frisent l'acharnement contre leur mentor.

Mais à y regarder de près, cette motion de défiance pouvait difficilement passer, dans un Parlement outrageusement dominé par le parti présidentiel qui compte 249 députés sur les 400 que compte l'Assemblée nationale, et où il fallait la majorité absolue pour que la motion soit adoptée. Il fallait donc, à l'opposition, « débaucher » pas moins de 50 députés de la majorité pour espérer voir son rêve de destituer Jacob Zuma se réaliser.

Elle n'est pas passée loin, mais cela n'a pas suffit. Car, l'opération s'est révélée tout de même difficile, même si la cote d'estime du président a fortement baissé dans ses propres rangs. Toutefois, l'on peut dire que les députés de l'ANC ont voté par instinct de survie.

L'ANC pourrait payer dans les urnes, son soutien indéfectible à Zuma

Car, même sans le dire ouvertement, l'on est porté à croire que pour beaucoup d'entre eux, leur sort est lié à celui du président Zuma dont la perte du pouvoir, dans les conditions actuelles, pourrait signifier la fin des haricots pour eux aussi. Mais ce faisant, l'on se demande si en sauvant Jacob Zuma, l'ANC ne se tire pas une balle dans le pied.

L'on est porté à le croire. Car, en dressant une carapace pour protéger un président qui ne le mérite pas, l'ANC pourrait s'aliéner la sympathie du peuple qui attendait beaucoup d'un chef d'Etat qui aura plutôt passé le plus clair de son temps à gérer ses propres problèmes que ceux de la République.

L'ANC pourrait donc payer dans les urnes, son soutien indéfectible et aveugle à Zuma qui se sera montré, à bien des égards, bien plus qu'une brebis galeuse. La déculottée du parti aux dernières élections locales qui l'ont vu perdre des villes emblématiques comme Johannesburg, Port Elisabeth ou encore Pretoria jadis réputées pour être ses fiefs électoraux, en dit long sur le degré de désaffectation des Sud-africains vis-à-vis de leur président. Et s'il n'y prend garde, l'ANC pourrait perdre la présidentielle en 2019, avec une autre sanction du peuple dans les urnes.

Mais qu'à cela ne tienne, Jacob Zuma a sauvé sa tête, mais il gagnerait à prendre cela comme un avertissement. D'autant plus qu'à la lumière du vote, l'on se rend compte qu'il s'en est tiré sur le fil. Si fait que l'on est porté à croire que nombre de députés de son parti ont voté plus par respect des consignes qu'en leur véritable âme et conscience. En tout cas, n'eût été le soutien de son parti, Jacob Zuma serait certainement en train de faire ses valises pour libérer le Palais présidentiel.

Mais on n'en est pas encore là, si bien que tous ceux des Sud-africains qui pensaient en finir avec lui à la faveur de ce vote, devront prendre leur mal en patience car, après cet énième échec, tout porte à croire que l'impopulaire chef de l'Etat sud-africain terminera son deuxième mandat à la tête de la Nation Arc-en-ciel.

Cela dit, Jacob Zuma aurait tort de croire qu'il doit cette victoire à ses qualités de dirigeant. Bien au contraire, cela devrait lui donner l'occasion de faire une véritable introspection à l'effet de rectifier autant que faire se peut le tir, pour atténuer quelque peu les éventuels préjudices que ses turpitudes pourraient causer à son parti. L'avenir de l'ANC en dépend.

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