9 Août 2017

Kenya: L'opposition rejette les résultats provisoires

Photo: Jeff Angote/Daily Nation
Le candidat à la présidentielle de Nasa, Raila Odinga, lance son vote à l'école primaire Old Kibera le 8 août 2017 lors de l'élection générale.

La coalition du candidat de l'opposition à l'élection présidentielle kényane, Raila Odinga, a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi qu'elle rejetait les résultats provisoires diffusés par la commission électorale et donnant une large avance au chef de l'Etat sortant, Uhuru Kenyatta. La journée de vote s'est néanmoins déroulée sans véritable fausse note.

Raila Odinga lui-même s'est adressé à la presse pour dénoncer « des résultats fictifs » : « Ces résultats sont fictifs, ils sont faux. Ce qui est en train de se passer est une honte, et se fait au mépris total de la loi, qui oblige la commission électorale à fournir les formulaires de certification des résultats.

Ces documents ne sont pas censés être diffusés après les résultats. Ils doivent accompagner les résultats. Les experts de la commission électorale ont estimé qu'il faudrait environ huit heures pour recevoir tous ces formulaires. Et pendant ce temps-là, des résultats inexacts et illégaux continuent à être diffusés. Le système a échoué.

C'est la machine qui est en train de voter. C'est pourquoi nous rejetons tous les résultats diffusés jusqu'à présent et nous demandons à ce que la commission électorale fournisse les formulaires de certification des résultats de l'ensemble des bureaux de vote avant que le moindre résultat supplémentaire soit annoncé. »

Et Raila Odinga de poursuivre : « Nous disons que ces résultats sont faux. Comme vous l'avez vu, ces résultats sont très cohérents. Ils donnent tous mon adversaire en tête du début à la fin. Nous avons ici des preuves à vous montrer.

Des résultats qui proviennent de 377 bureaux de vote, et selon lesquels c'est moi qui suis en tête. Mais ces résultats n'ont pas été rendus publics. Ils ont refusé que nos agents scannent les résultats. Mais nos agents les ont partagés avec nous. Et ils montrent qu'en réalité nous sommes en tête. En fait ce sont des ordinateurs qui ont voté. »

« Nous entrons désormais dans la phase la plus critique du cycle électoral », avait prévenu le chef de l'IEBC, Wafula Chebukati, en début de soirée, appelant les Kényans à la patience. La commission électorale a justifié son choix de poursuivre la diffusion régulière des résultats partiels par souci de « transparence envers les électeurs et le peuple kényan ».

Les sondage d'opinion, quelque peu discordants, donnaient les deux candidats au coude à coude dans les derniers jours de la campagne.

■ Une journée de vote dans le calme

C'est avec ferveur et enthousiasme que les Kenyans ont voté mardi 8 août. Vincent Agot est arrivé dès le milieu de la nuit pour être le premier dans son bureau de Kibera. Il a apprécié le nouveau système de vérification biométrique.

« Ça fonctionne. J'ai donné mes empreintes et la machine a trouvé mon profil. Ça va beaucoup plus vite qu'avant. Maintenant je vais aller me reposer et suivre les résultats à la télé. »

Dans certains quartiers, le moindre retard était sifflé par des dizaines d'électeurs faisant la queue, rappelant à George Kirui, responsable de bureau, la responsabilité pesant sur ses épaules. « Il y a de la pression, confie-t-il. J'ai un devoir envers ces gens. Si j'échoue, j'aurai l'impression de les avoir abandonnés. »

Chaque votant s'est fait reconnaître par la tablette numérique. Mais quelques-uns n'ont pas eu de chance, comme cette électrice du quartier Parklands : « Je n'ai pas pu voter. Mon identité n'est pas dans la machine.

Pourtant je m'étais enregistrée. C'est vraiment horrible. » Brenda Mogushia a voté à la dernière minute à Kilimati Primary School. Elle espère que les démons du passé ne se réveilleront pas. « On essaie d'oublier 2007.

On se demande si ça pourrait recommencer, s'interroge-t-elle. J'espère qu'on va montrer aux jeunes générations qu'on peut avoir des opinions différentes et rester un pays uni et en paix. »

A Kisumu, bastion de l'opposition, les citoyens se sont déplacés en nombre

Devant le bureau de vote de Kenyatta Sports Ground au centre de Kisumu, une file d'attente de plusieurs heures. Pas de quoi inquiéter Brian Maika, qui votait mardi pour la première fois : « Cela n'a pas d'importance. Malgré l'attente, je dois aller voter. C'est primordial pour l'avenir de notre République. »

Au contraire, les électeurs se réjouissent de l'affluence. Benta Aram, 27 ans, et sa mère attendaient ce jour avec impatience : « Je suis enthousiaste, j'attendais ce jour depuis longtemps, nous attendons cela depuis longtemps. Si les élections sont libres et transparentes, tout ira bien. »

Les kits d'identification biométrique des votants fonctionnent, la commission électorale est très organisée, la police se fait discrète. C'est une première, explique Josh Ojeya à la sortie du bureau de vote. « Lors des dernières élections générales, la confusion régnait. Mais cette fois-ci tout est en ordre, il n'y pas trop de présence policière. En fait, c'est l'élection la plus calme que je n'ai jamais vue. »

Après avoir voté, certains se rassemblent pour écouter les informations. Olson Ochieng, assis devant un petit poste de télévision, se félicite du déroulement du scrutin. « Nous avons fait la fête toute la journée, raconte-t-il. Et nous ne ferons rien de mal, jusqu'à ce que nous recevions les résultats que nous voulons. »

A Kisumu, on espère une victoire de Raila Odinga. Ici, tout se jouera après l'annonce des résultats. En cas de défaite, beaucoup de jeunes affirmaient mardi être prêts à sortir manifester si leur leader le leur demande.

■ Témoignage : John Kerry, ancien secrétaire d'Etat américain, co-leader de la délégation des observateurs du Centre Carter

« C'est un moment d'une grande importance pour le Kenya. La longueur des files d'attente devant les bureaux montre l'énorme intérêt des Kenyans et leur engagement à voter.

Vu ce qui s'est passé dans le passé et ce qui est en jeu pour l'avenir, c'est une élection cruciale. Le système a été mis à l'épreuve aujourd'hui. Beaucoup d'efforts ont été faits pour qu'il n'y ait pas de défaillance.

Maintenant il est essentiel que ceux qui ont des questions, qu'ils suivent la procédure officielle. Il y a une méthode pour déposer une plainte, et c'est très important que la loi soit respectée.

La déclaration des résultats va prendre un peu de temps, les gens vont devoir être patients, mais bien évidemment la transition entre le vote et le décompte est cruciale. »

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