10 Août 2017

Congo-Kinshasa: L'appel à la ville-morte se termine dans le sang - Grande indignation aux Nations unies

Une furie sans commune mesure a précédé l'appel à la ville-morte lancée par l'Opposition (Rassemblement). Dans un verbatim rendant compte de la manière dont le pouvoir a réprimé les manifestations qui ont entouré l'appel aux deux journées, la Monusco revient sur l'usage disproportionné de la force par les forces de l'ordre.

La mission onusienne ne cache pas son indignation et rappelle que « l'expression des opinions et des positions politiques doivent se faire à travers des moyens pacifiques et dans le respect de l'ordre public ».

C'est dans la douleur la plus atroce que le peuple congolais tente de reconquérir la démocratie acquise au prix du sang au début des années 1990. La non-tenue des élections, initialement prévues en décembre 2016, a replongé la RDC dans un nouveau cycle de violences. Et face à un pouvoir qui n'hésite pas de mobiliser toutes les forces de l'ordre et de la défense pour organiser la répression, généralement la confrontation avec les manifestants se termine toujours par mort d'hommes.

Depuis le lundi 7août jusqu'au mercredi 9 août, la République démocratique du Congo a revu une fois de plus de folles journées de détresse. Pour la seule journée du lundi 7 août, la police a fait état d'au moins 12 morts. D'autres sources évoquent un chiffre beaucoup plus important qui approche la cinquantaine. Malgré ces divergences, c'est encore une fois des civils innocents mais également certains éléments des forces de l'ordre qui sont tombés. Ils ont, comme bien d'autres avant eux, péri parce qu'ils tentaient de défendre une cause noble, c'est-à-dire la reconquête de la démocratie que le pouvoir tente par tous les moyens de lui confisquer. Des morts, la RDC en compte déjà par milliers. Et comme toujours, à chaque manifestation, le pouvoir déploie ses sbires pour sévir.

Depuis lundi, ils ont semé la mort dans les grandes villes de la RDC. De Kinshasa jusqu'à Lubumbashi, en passant par Goma et Matadi, la RDC fait le décompte macabre de nouvelles victimes de la démocratie.

La Monusco sort de ses gonds

À la Mission des Nations unies pour la stabilisation du Congo, on est très affecté. Dans un verbatim qui rend compte des activités de la Monusco dans la semaine du 2 au 9 août 2017, la Mission onusienne ne s'en cache pas. Aux Nations unies, on est indigné de l'usage disproportionné de la force pour réprimer une manifestation pacifique qui n'avait pour seule finalité que la publication du calendrier électoral.

Ces violences, particulièrement celles du lundi 7 août, auraient fait, selon la Monusco, plusieurs morts et blessés parmi les civils et les forces de l'ordre. Dans son compte rendu, elle rappelle que « l'expression des opinions et des positions politiques doivent se faire à travers des moyens pacifiques et dans le respect de l'ordre public ». Elle renchérit en faisant remarquer que « le maintien de l'ordre doit se faire de façon proportionnée et ne doit pas faire utilisation d'armes létales qui entraînent des pertes inutiles en vies humaines ».

Redoutant un bilan beaucoup plus important que celui rendu public par voie officielle, la Monusco prend les réserves d'usage. « Nous avons pris note du bilan annoncé par la police nationale et continuons à rassembler des informations de notre côté », note-t-elle. De l'avis de la mission onusienne, « les marcheurs, qui se présentaient comme membres du mouvement Bundu dia Kongo, se sont dirigés vers des lieux stratégiques comme la prison de Makala et ont été dispersés par la police ».

Rappelant les appels à la retenue maintes fois exprimés par les services des Nations unies à l'égard du pouvoir en place à Kinshasa, la Monusco indique que « seule l'utilisation de moyens pacifiques peut conduire à solutions politiques durables ».

Par ailleurs, les Nations unies continuent à marteler sur le caractère incontournable de l'Accord politique du 31 décembre 2016. « Plus généralement, la MONUSCO appelle tous les acteurs à utiliser des moyens pacifiques pour s'exprimer. Nous appelons aussi au respect des droits et libertés fondamentales et à un usage proportionné de la force. Ces conditions, ainsi que les mesures de décrispation, sont indispensables pour aller vers des élections libres, crédibles et paisibles, dans le respect de l'Accord du 31 décembre ».

Un entêtement sans issue

Jusques à quand Kinshasa continuera-t-il abuser de la patience de la communauté internationale pour une solution politique durable ?La question est sur toutes les lèvres.Face à la communauté internationale qui continue à rappeler l'urgence de tenir les élections dans les termes fixés dans l'Accord politique du 31 décembre 2016, le pouvoir en place a choisi la manière forte pour pérenniser son règne. C'est la stratégie du chaos, comme le dénonce le bureau de Moïse Katumbi dans une déclaration faite le lundi 7 août 2017 depuis Bruxelles.

En effet, Kinshasa ne manifeste aucune envie d'adhérer à la dynamique électorale. En réalité, tant que le chef de l'Etat, Joseph Kabila, autorité morale de la Majorité présidentielle, n'aura aucune garantie de concourir à la prochaine course présidentielle, les élections restent un leurre, commentent des analystes politiques les plus avertis. Ils n'ont pas tort. C'est ce qui justifie d'ailleurs toutes les manœuvres du pouvoir à torpiller le processus électoral.

Dans ce scénario d'un glissement sans fin, la Céni (Commission électorale nationale indépendante) se trouve dans la position d'un bouc-émissaire. C'est derrière elle que le pouvoir se réfugie pour se dédouaner. Mais le peuple, plus que jamais émancipé, sait parfaitement bien où se situe le problème.

Quant à la communauté internationale, elle continue à prendre patience, croyant en la capacité de Kinshasa de revenir à la raison en libérant, enfin, la machine électorale. Sans doute, elle atteint les limites de la patience. Les nouvelles déclarations en font foi.

Kinshasa jouerait-il alors avec le feu, en multipliant des actes de provocation vis-à-vis de la communauté internationale ? Difficile à dire. Toujours est-il que les nouvelles tueries de ces trois derniers jours ont porté un nouveau coup dur aux rapports tendus entre Kinshasa et les Nations Unies. C'est une nouvelle donne qui pourrait changer bien des choses.

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