10 Août 2017

Burundi: Appel à la contribution des burundais pour la présidentielle de 2020 - La préoccupation malsaine de Nkurunziza

Depuis plus de deux ans, le Burundi est dans une impasse politique, suite à la candidature controversée et à la réélection contestée, en 2015, de Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat, en violation de la Constitution du pays et de l'Accord d'Arusha.

Cela a plongé le pays dans une crise sans précédent, où les facilitateurs succèdent aux médiateurs sans que l'on ne voie poindre pour le moment une lueur d'espoir.

Le dernier médiateur en date, est le Burkinabè Michel Kafando, ex-chef d'Etat de la Transition burkinabè, qui a été mandaté par l'ONU pour trouver une issue à cette crise dans laquelle tous ses prédécesseurs se sont cramé les ailes.

C'est dire toute la complexité de la tâche et la délicatesse de la mission du médiateur burkinabè, dans un pays qui est en guerre contre lui-même, avec une opposition radicale et un pouvoir répressif qui se livrent à un antagonisme féroce ayant occasionné de nombreux morts et des centaines de milliers de déplacés.

Nkurunziza a semé le vent et il veut que ses compatriotes récoltent la tempête à sa place

Méthodiquement, le satrape de Bujumbura s'est employé à asseoir son nouveau pouvoir, au terme d'une boucherie humaine qui a obligé ses adversaires les plus irréductibles à prendre le chemin de l'exil.

En représailles, la communauté internationale, principalement l'Union européenne, n'a trouvé meilleure parade que de frapper Bujumbura au portefeuille en fermant le robinet de l'aide internationale tout en prenant des sanctions contre le pouvoir qui se trouve, de fait, dans une sorte d'isolement. Et cela semble faire effet. Toutefois, de par la faute de son président, le Burundi se trouve aujourd'hui au ban de la communauté internaitonale.

Et alors que le contentieux électoral de 2015 est encore loin d'être vidé et que le peuple continue de souffrir le martyre, le satrape, lui, n'a d'autre préoccupation que la présidentielle de 2020. Poussant le cynisme jusqu'à demander la contribution de ses compatriotes pour financer ces élections, par des dons.

Pour des gens qui ont déjà serré la ceinture jusqu'au dernier trou et qui ne savent plus de quoi demain sera fait, où Nkurunziza veut-il qu'ils trouvent de l'argent à apporter comme contribution à une telle opération ? Disons-le net, cette préoccupation du maître de Bujumbura est malsaine, déplacée et à la limite indécente.

Car, pour apporter une quelconque contribution à une cause, il faut déjà manger à sa faim et avoir quelque chose dans la poche. Or, les Burundais ont faim, et il y a longtemps que leurs poches sont trouées, depuis que le pays vit dans cette situation instable consécutive à son entêtement à briguer envers et contre tous, un mandat indu.

En effet, Nkurunziza a semé le vent et il veut que ses compatriotes récoltent la tempête à sa place. Et tout porte à croire qu'il veut les pressurer jusqu'à la dernière goutte de sang, pour ses intérêts personnels. Car, à moins d'y être contraints, l'on ne voit pas les Burundais consentir de gré un tel sacrifice qui est visiblement loin de leurs intérêts.

D'autant plus qu'une telle situation traduit une volonté à peine voilée du chef de l'Etat de s'éterniser au pouvoir, alors que rien ne dit que ses compatriotes veulent qu'il fasse un quatrième mandat. En vérité, au point où il en est, le pouvoir, il faut le dire, est devenu une assurance-vie pour Nkurunziza.

Et comme il ne veut pas être rattrapé par les fantômes de son passé, c'est une quasi-certitude qu'il fera tout pour rester sur son fauteuil. Dût-il pour cela, marcher sur des montagnes de cadavres de ses compatriotes.

Aujourd'hui, le chef de l'Etat burundais est un fauve acculé et isolé. Acculé par la pression extérieure qui a vu le champ de ses relations et de ses déplacements se rétrécir comme peau de chagrin, et isolé par une contestation intérieure qu'il a peu ou prou réussi à contenir par la répression, mais qui renvoie plutôt de lui l'image d'un tyran.

Pendant que ses compatriotes meurent de faim, Nkurunziza n'est préoccupé que par le pouvoir

Pour en revenir à cette contribution aux allures d'effort de guerre qu'il demande à ses compatriotes, le satrape n'a trouvé meilleur scénario que de se rendre à un guichet de banque où il a fait un dépôt d'environ 2500 euros en billets craquants, sur un compte dédié au financement des élections de 2020.

Dans un pays qu'il a lui-même mis dans la tourmente et où la plupart de ses compatriotes tirent le diable par la queue, un tel geste un plutôt indécent. En effet, pendant que ses compatriotes meurent de faim, Nkurunziza n'est préoccupé que par le pouvoir.

En tout état de cause, cette sortie de Nkurunziza révèle à tout le moins qu'il a un problème de priorités qui devraient pourtant être la pacification du pays, le dialogue politique sincère et la recherche d'un consensus.

Au lieu de cela, le pasteur-président donne l'impression d'être sur une autre planète, à moins que tout cela ne soit finalement qu'une diversion qui cache mal des velléités de présidence à vie.

Mais s'il ne tient qu'aux moyens financiers des Burundais, l'on ne voit pas comment le pouvoir de Bujumbura pourrait organiser des élections fiables et crédibles en 2020 sans aide extérieure, quand on sait ce que coûte l'organisation de telles consultations populaires.

A moins que ce ne soit une façon d'accompagner Pierre Nkurunziza dans sa forfaiture de confiscation du pouvoir. Sans oublier que cela laisse entrouverte la possibilité d'arguer au dernier moment du manque d'argent pour ne même pas organiser les élections.

Mais tout cela ne profiterait qu'au satrape qui pourrait alors jouer les prolongations à la tête de l'Etat. Un scénario en expérimentation en RD Congo, où Joseph Kabila n'est pas prêt à rendre le tablier.

Finalement, le seul espoir qui reste maintenant aux Burundais, est la médiation de Michel Kafando, qui ressemble à la médiation de la dernière chance.

Que va-t-il en sortir ? Difficile d'y réponde pour l'instant. En attendant, le peuple burundais souffre profondément et en silence.

Burundi

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