11 Août 2017

Congo-Kinshasa: Pourquoi les incendies de camps de déplacés se multiplient dans le Tanganyika?

Photo: Stefanie Glinski
Photo d'archives

Entre mai et août 2017, six des treize camps de déplacés du Tanganyika sont partis en fumée. Certains ont été entièrement détruits, d'autres partiellement. Plusieurs dizaines de milliers de personnes vulnérables se sont retrouvées sans abri. La communauté humanitaire s'inquiète.

Près de la moitié des sites de déplacés du Tanganyika ont brûlé depuis quatre mois. Six camps ont été touchés, sur les treize que compte la province : les camps de Kaseke, Kalunga, Lukwangulo, Moni, Kabubili et Katanyika. Même si l'origine de ces incendies n'est pas toujours connue, il y a un certain nombre de facteurs qui pourraient l'expliquer.

Intervention des autorités

Pour le premier de ces incendies, qui a touché le camp de déplacés de Kaseke, le scénario est clair : les autorités locales avaient chassé les déplacés y vivant avant que la police ne brûle les huttes.

Un épisode qui a provoqué une vague de vives protestations. Au Tanganyika, comme dans d'autres provinces de la République démocratique du Congo, le mot d'ordre est en effet que les déplacés doivent rentrer chez eux, car la situation sécuritaire s'est -officiellement - améliorée.

Mais ce n'est pas l'avis des humanitaires, ni même de l'ONU, qui continuent d'enregistrer presque toutes les semaines des affrontements incommunautaires, mais aussi de plus en plus d'attaques par des groupes armés Maï-Maï.

Des sites surpeuplés et sous-équipés

Autre facteur qui favorise les incendies, les conditions de vie et d'accueil des déplacés dans ces camps. Si les sites touchés brûlent si facilement, de surcroît en période sèche, c'est que très peu de bâches ont été distribuées ou qu'il y a trop peu de constructions « en dur ».

Imaginez-vous toutes les conséquences qu'une telle promiscuité peut avoir sur la santé des gens #RDC #Tanganyika pic.twitter.com/qHCMKyKByh

MSF in DRC (@MSFcongo) 10 août 2017

Ces déplacés n'ayant en théorie pas vocation à s'installer, la plupart vivent dans des huttes en paille, collées les unes aux autres. Aucune norme internationale n'est respectée dans ces camps de déplacés, notamment pour l'accès à l'eau.

Si la réticence des autorités est l'une des causes de cette situation, le peu de financements reçus par la communauté humanitaire explique également ces incendies à répétition.

Importation du conflit dans les camps

Dernier facteur qui pourrait expliquer cette vague d'incendies : le conflit lui-même. Les camps de Moni et Lukwangulo ont ainsi fait l'objet d'attaques, pas de doute là-dessus.

Pour le dernier en date, le camp de Katanyika, les autorités accusent les déplacés eux-mêmes, qui seraient en conflit. Trois d'entre eux ont même été arrêtés. Ils auraient accidentellement brûlé tout le camp, y compris leurs propres huttes, au lieu de brûler la partie qu'ils visaient.

Ils seraient au moins un demi-million de déplacés dans le Tanganyika, selon l'ONU. Plus de la moitié vivent dans des communautés hôtes. Un chiffre que certaines ONG estiment cependant sous-évalué, des axes entiers étant aujourd'hui complètement vidés de toute population.

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