13 Août 2017

Guinée: La malédiction commence à frapper certains anciens ministres qui ont trahi feu le président Lansana Conté

Déguerpissement de Kaloma, casse de Kaporo-rails ou encore destruction de Bambéto... Les archives retiennent plusieurs appellations de cette affaire qui a fait couler beaucoup de sang, de larmes et de sueurs durant les années noires du régime Conté. Cependant, tous les anciens collaborateurs du grand sage Conté s'accordent à dire qu'il leur demandait ou cherchait toujours à savoir : « Est-ce bon pour le pays ? ».

Pourtant, nous suivons aujourd'hui dans la page actualité où nous apprenons que tout ce beau monde d'anciens collaborateurs du Général se rejette la responsabilité du projet de déguerpissement de Kaporo-rails. Or, les procès verbaux des Conseils des ministres du second semestre 1997 attestent que la décision a bel et bien été prise à l'unanimité, par l'ensemble des ministres du gouvernement conduit à l'époque par M.Sidya Touré. On nous dira que c'était sur les instructions du chef de l'Etat, le général Lansana Conté. Mais pour peu que l'on sache, aucune protestation de la part d'un ministre ou d'un haut cadre n'avait été enregistrée à l'époque.

Mais comme la démocratie était en construction, la liberté d'expression aidant, une voie s'était élevée contre cette décision monstrueuse. Pour mémoire, seul l'opposant politique Ba Mamadou avait protesté. On sait ce que cela lui a valu.

L'opposant a été accusé d'insurrection. Il fut arrêté et jeté en prison. Son crime ? Avoir usé de son droit de protester contre une décision mettant en péril des acquis de durs labeurs de plusieurs citoyens guinéens occupant une partie de la zone spéciale de Conakry.

Soulignons qu'il fut le seul leader politique de grande notoriété à être emprisonné dans cette affaire de casse de Kaporo-rails.

Ses fidèles lieutenants dont le maire Mamadou Barry décédé récemment aux Etats-Unis et le chef de quartier Thierno Ousmane Diallo actuel ministre du Tourisme ont été également envoyés en prison. Tous étaient accusés de liguer les militants de l'Union pour la nouvelle République (UNR) contre la décision du gouvernement dirigé par Sidya Touré.

En 1998, une campagne de sensibilisation a été organisée par les élus de Ratoma en faveur de la paix et du vivre ensemble dans l'acceptation de l'autre. En cette année électorale, il fallait tout faire pour rassembler les guinéens autour de l'essentiel. Pour le Parti de l'unité et du progrès (PUP), la formation politique du président général Lansana Conté, l'objectif visait à trouver des parchemins afin de totaliser le maximum de voix dans les urnes.

Connaissant la préoccupation fondamentale du régime général Lansana Conté, deux ministres de la République se sont soustraits du lot. L'un était à la tête du ministère de l'Economie et des finances, et l'autre à la tête de celui des Transports. Ceux-là vont dénigrer leur homologue de l'Habitat Alpha Ousmane Diallo en affirmant partout, à peu près dans ces termes : « Nous allons perdre quelques électeurs à cause du projet de destruction de Koloma... » Même si, il faut le souligner, aucun de ces ministres ne s'étaient opposés publiquement au projet de destruction des bâtis à Kaporo-rails.

De qui se moquent les membres du gouvernement à l'époque dirigé par M. Sidya Touré pour se renvoyer la responsabilité dans la récupération d'un domaine dit « réserve foncière de l'Etat » ? C'est la question.

Le gouvernement Touré de 1996 à 1999 doit assumer sa responsabilité dans le projet de destruction des bâtiments situés dans cette zone dite du centre directionnel de Koloma, autrement appelée Bambéto en référence au célèbre rond-point sur la route transversale (T2) aéroport-Kipé reliant les quartiers Dar-es-salam, Koloma et kaporo-rails.

C'est une évidence.

Il y a aujourd'hui de la manipulation et de la récupération politique. La preuve ? Jusqu'à ce que le président général Lansana Conté ne suspende l'arrêt de l'opération de destruction des bâtiments, aucune voix outre que celle de Ba Mamadou et les siens ne s'était levée.

Le Premier ministre Sidya Touré et ses partisans ne peuvent affirmer le contraire. Car, avant, pendant et après cette affaire Kaporo-rails, la justice guinéenne faisait parler d'elle dans une toute autre affaire : celle de l'immeuble Chérif appartenant à l'opérateur économique Chérif Diallo. On connait la suite. M. Sidya Touré et Cie ont été déboutés à l'issue d'une longue bataille judiciaire.

L'autre vérité connue de tous est que M. Sidya Touré était un fervent défenseur de la casse de Kaporo-rails. Certains affirment qu'il en faisait son affaire même si pour raisons que l'on comprendra quelques mois seulement après son limogeage, il se conformait aux prises de positions du camp des plus forts conduit par les deux manipulateurs et fabulateurs de ministres qui ont finalement réussi à obtenir du général Conté le décret le limogeant.

Cela dit, aucun ministre du gouvernement dirigé par Sidya Touré ne peut se dédouaner de l'affaire Kaporo-rails. Du début à la fin, tous ou presque ont eu les mains sales dans la gestion du déguerpissement du site de Koloma.

Le ministre Alpha Ousmane Diallo étant considéré comme une marionnette maniée à la télécommande, les vrais acteurs sont et restent les puissants de l'époque qui ont pensé et mis à exécution le projet de casse après l'avoir fait entériner en Conseil des ministres.

Le législateur a accordé la propriété foncière exclusive à l'Etat, mais donne aussi à tout citoyen guinéen requérant le droit d'usage de remplir les conditions conformes à la procédure régulière d'acquisition partant d'une attestation de cession sinon d'un droit de jouissance, et se terminant par l'établissement par le Bureau de la conservation foncière habilité d'un droit de propriété en bonne et dure forme mentionné dans un titre foncier à lui remettre pour servir et valoir ce que de droit.

Les autres conséquences du conseil des ministres

Actuellement, c'est au niveau de cette partie appelée Centre directionnel de Koloma que se trouve l'imposant bâtiment abritant les locaux de l'ambassade des Etats-Unis en Guinée.

C'est une propriété exclusive de l'Etat américain acquise suite au paiement à l'Etat guinéen d'un montant estimé à 2.400.000 dollars US au titre de vente du domaine contenant des parcelles qui y étaient situés au moment du déguerpissement forcé des occupants primaires et qui ne sont pas dédommagés jusqu'à ce mois d'août 2017.

Le gouvernement Sidya Touré jurait qu'après le déguerpissement des occupants, l'Etat allait immédiatement procéder à la viabilisation de la zone et à la construction d'infrastructures d'utilité publique dont l'objectif serait de délocaliser certains départements ministériels du centre-ville de Kaloum vers ce site stratégique. Sauf que la zone en question est restée des années durant à l'abandon. Dans son état sauvage, il abritait la canaille ainsi que la plupart des membres des réseaux criminels de la capitale. Ce n'est que quelques années après que des édifices y ont commencé à pousser.

Toutefois, le sang a été versé, le crime a été commis. Les citoyens ont été expropriés, la sale besogne a été accomplie. L'histoire retient que cette décision du gouvernement a porté un grave préjudice à la société, au droit de propriété foncière et à l'administration municipale du pays. Alors, faute de réparation, vers où donner de la tête ? That is the question.

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