12 Août 2017

Sénégal: Prières pour Amy Collé Dieng

opinion

« Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme. » Déclaration universelle des droits de l'homme

«Les Etats africains membres de L'OUA, parties à la présente Charte (... ) Fermement convaincus de leur devoir d'assurer la promotion et la protection des droits et libertés de l'homme et des peuples, compte dûment tenu de l'importance primordiale traditionnellement attachée en Afrique à ces droits et libertés,

Sont convenus ce qui suit: (... ) La promotion et la protection de la morale et des valeurs traditionnelles reconnues par la Communauté constituent un devoir de l'Etat dans le cadre de la sauvegarde des droits de l'homme. » Article 17, 3) Charte africaine des droits de l'homme et des peuples

Dans la civilisation africaine, la gouaille, l'esprit de liberté contre toute forme de dictature et la sagesse joyeuse se sont de tout temps manifestés par la comparaison pertinente (?) et irrévérencieuse des gouvernants de tout acabit et de leur cour à des animaux de toutes sortes. C'est dans ce contexte qu'il faut situer l'arrestation de l'artiste et citoyenne engagée Amy Collé Dieng, pour délit d'offense au Chef de l'Etat, et par ailleurs chef de parti, qu'elle a osé comparer à un lézard craint et honni des Sénégalais en général : le gecko. Cette arrestation a résonné comme un coup de tonnerre dans le ciel déjà obscurci par nos libertés perdues.

En mettant Amy Collé Dieng en détention, la justice sénégalaise sonne le glas du droit ancestral à la raillerie des puissants dont les Africain(e)s se sont fait une spécialité au cours de tant de glorieux millénaires. Les références ne manquent pas. C'est bien dans ce genre que s'est illustré l'Africain Esope (déformation de Aethiops, éthiopien/africain en grec), plagié, avec le succès que l'on sait par Jean de la Fontaine. Ne devrait-on pas également condamner pour lèse-majesté les auteur(e)s anonymes des contes de Ndumbelaan (où règne Oncle Gayndé-le-lion entouré du rusé Leuk-le- lièvre, de l'ignare et veule Bukki-l'hyène, de la placide et naïve Kéwél-la-biche ... ) ?

Que dire de Sembène (que la terre lui soit légère) qui fait mention de l'irascible roi-varan (Buuru mbëtt) dans un de ces films ? Allons jusqu'au sage Ousmane Guéye (paix à son âme) dont les fables ont été éditées dans le recueil intitulé Nàmm xel tàggat jikko - Xalaati Goor gi Usmaan Gey (Pensées), OSAD 1997 ; un livre qui devrait être au programme scolaire, dès le primaire.

A lire notamment, la savoureuse fable où le sage, sans peur ni reproche, dépeint ce qui distingue le lion, majestueux de force tranquille et de magnanimité, du léopard féroce et sans pitié. A lire tout aussi attentivement, la fable intitulée Buuru tan (« le roi-vautour »). Y sont décrits la grandeur d'âme, l'abnégation dans le comportement et l'élégance dans la conduite du (de la) véritable dirigeant(e), faisant référence à une longue tradition africaine. En effet, la « déesse Muut » (le vautour femelle) est un des emblèmes de la royauté africaine, un système de gouvernement dans lequel chaque membre est un(e) sage trié(e) sur le volet, du couple pharaonique au dernier membre de l'appareil administratif. Ce sont ces « rois-philosophes » dont Socrate fait l'éloge dans l'ouvrage La République de Platon.

Le Code pénal ne saurait être le lieu d'enfouissement des droits fondamentaux de la personne humaine, aussi offensante que puisse être l'expression de ces droits pour un Chef d'Etat, par ailleurs chef de parti. Ces droits ont été reconnus de temps immémoriaux par la tradition africaine. Au lieu de s'en faire les pourfendeurs, les dirigeants se devaient d'en être les farouches gardiens. Aussi, Les griots de l'ancien temps mettaient-ils en garde le dirigeant en lui disant : « Bul yàq sa woy » (« Ne gâte pas ton chant de louanges »).

Ne condamnons pas la chanteuse Amy Collé Dieng. Prions plutôt pour elle, à partir du moment où la justice des hommes ne suffit plus à garantir la justice aux hommes ... et encore moins aux femmes.

Dakar, le 11 août 2017

Maîtresse de conférences titulaire

Faculté des Sciences Juridiques et Politiques Université Cheikh Anta Diop de Dakar

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