15 Août 2017

Cameroun: Les Vieux Nègres, le pouvoir, et l'obscénité de l'immortalité

analyse

Au Zimbabwé, en s'accrochant déraisonnablement au pouvoir l'extrême vieillesse devient paradoxalement le seul réel opposant qui réussira peut-être par en éloigner définitivement Robert Mugabe...

Après Paul Kagamé qui a réussi à supprimer les limites du mandat présidentiel, Robert Mugabe est en bonne compagnie avec plusieurs chefs d'État africains tels que Yoweri Museveni au pouvoir depuis 1986, qui a notamment changé la constitution de son pays pour s'offrir un troisième mandat dès 2006. Quatre autres des chefs les plus anciens d'Afrique - Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée équatoriale, José Eduardo dos Santos, le Congolais Dénis Sassou Nguesso et le Camerounais Paul Biya - ont aussi tous réussi à rester au pouvoir depuis plus de 35 ans en modifiant leurs constitutions respectives, Selon Human Right Watch (HRW).

Cela attire davantage notre attention sur un autre tyran sénile en Afrique centrale francophone, qui lui semble encore sauver les apparences en limitant au maximum ses apparitions et campagnes publiques. Pourtant tout porte à croire que pour lui aussi, l'illusion d'infatigabilité voire d'éternité ne durera que le temps du énième hold-up électoral qu'il prépare déjà sous couvert de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) prévue au Cameroun en 2019.

En réalité ces deux vieillards ont arrêté de travailler depuis des lustres. Pire ils ont abandonné la gouvernance des deux pays à des proches parents et autres gangsters de leurs villages qui rackettent sans scrupule toutes les administrations, les donateurs et investisseurs institutionnels en soutirant le moindre sou alloué aux projets de développement...parvenant surtout à endormir les deux despotes sous des torrents de louanges flatteurs et flagorneurs qui ne trompent en réalité plus personne.

L'avenir de générations de Zimbabwéens et Camerounais est ainsi littéralement hypothéqué par l'addiction au pouvoir de vieux dormeurs invétérés et fatigués.

Ceux d'entre nous qui sommes opposés à ce genre de célébration obscène d'immortalité sont évidemment taxés d'être «trop endoctrinés par l'Occident». Nous sommes considérés comme trop détachés voire éloignés des défis et des réalités d'un leader africain. Car ces chefs sont sur la limitation de des mandats présidentiels comme un chasseur qui tue son gibier et à qui des voix dites non autorisées viennent en permanence demander de s'en séparer avant qu'il ne puisse manger une partie de la viande. De là découle l'argument maintes fois entendu dans les cercles de pouvoir en Afrique, selon lequel les droits de l'Homme, la dignité, et la démocratie serait un concept occidental imposé au continent africain. Il en résulte l'idée que les droits de l'Homme et la démocratie ne sont pas pour les Africains, parce que les pays africains en général auraient peu développé ces notions, au motif que leurs populations n'étaient ou ne seraient jamais suffisamment matures et prêtes sur un plan politique pour mener à bien leurs propres affaires.

En ce qui concerne les chefs africains, nous devons nous rappeler que ces rois et chefs africains sont ceux qui ont vendu leur peuple en esclavage dans les plantations de coton, de tabac, et de sucre. Aujourd'hui d'autres jeunes Africains garnissent la grande majorité des embarcations de migrants qui ont transformé la Méditerranée en vaste cimetière, révélant par la même occasion aux yeux du monde toute l'inefficacité et la cupidité des régimes qu'ils fuient.

C'est ainsi que leur pouvoir devient l'outil d'une immortalité obscène, car c'est un pouvoir basé avant tout sur la mort et le néant.

En effet il s'agit d'une puissance basée sur l'échec et la célébration de l'échec. Et ces dictateurs deviennent à la fois des figures de comédie et de tragédie à l'instar du vieux nègre Meka du célèbre roman Le Vieux Nègre et la médaille du regretté Léopold Ferdinand Oyono. Meka est une créature coloniale qui ne sait plus à quel saint se vouer. Il doit recevoir une médaille du maître colonial pour avoir été un bon nègre (de service dirait-on aujourd'hui), mais qui a en réalité tout raté jusqu'à sa propre mort. Meka est à la fois un objet de tragédie et de ridicule à l'image précisément de nos dictateurs africains. Comme nos eux Meka se rend compte que tout sur sa vie était faux: le pouvoir, la respectabilité, les honneurs, ainsi de suite... Sa vie était ainsi fausse du début à la fin, avec cette contradiction ultime qui voudrait paradoxalement que, bien que la vie de nos dictateurs soit fausse, la nôtre est bien réelle et se doit de ne pas ou plus être une blague. Nous ne pouvons en effet pas nous permettre de nous amuser jusqu'à la mort.

Cameroun

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