14 Août 2017

Tanzanie: Le « bulldozer » John Magufuli, un président pas comme les autres

Photo: Daily News
Drapeau tanzanien

John Pompe Joseph Magufuli, fils de paysan, né le 29 octobre 1959, Docteur en Chimie de l'Université de Dar-es-Salam, n'est pas très connu de ses compatriotes jusqu'à son élection à la tête de la Tanzanie en octobre 2015, bien qu'il ait été plusieurs fois ministre. Devenu président, après sa prestation de serment début novembre de la même année, ses actes et paroles suscitent de l'admiration, et quelques désapprobations.

En novembre 2015, John Magufuli a succédé à Jakaya Kikwete. Ce dernier a quitté le pouvoir à l'issue de ses deux mandats règlementaires et constitutionnels. Son successeur incarne une ère qui tranche radicalement avec les habitudes.

Un style un peu particulier

L'origine modeste de John Magufuli explique-t-il sa conception du pouvoir ? Toujours est-il qu'il imprime son style. En effet, une semaine après son investiture, il s'est rendu au ministère des Finances, à pied. Il y a constaté des bureaux vides, des dossiers empilés en désordre, et a réclamé la liste des absents.

Il a annulé les festivités de l'indépendance prévues le 10 décembre 2015. Raison invoquée, « Il est simplement honteux que nous dépensions tant d'argent pour célébrer 54 ans d'indépendance quand notre peuple meurt de choléra », a-t-il justifié. A l'époque, l'Organisation mondiale de la Santé a relevé 150 cas de décès dus à cette maladie en trois mois.

En lieu et place de cette cérémonie annuelle faste et coûte, un balayage public a été initié. Et, lui-même s'est mis, dans les habits de balayeurs et mêlé aux populations pour ramasser les ordures à Dar-es-Salam. « Travaillons ensemble pour garder notre pays, nos villes, nos maisons et nos lieux de travail propres », invitait-il.

Le président tanzanien, dans la foulée, s'est rendu, par surprise dit-on, à l'hôpital général. Et découvre que les patients laissés pour compte font face à la pénurie au sein de la pharmacie centrale, pendant que prolifère des pharmacies privées. Il s'emporte et les ferme, lui-même à clé. En effet, certains médecins sont accusés de détourner les produits destinés à la pharmacie de l'hôpital au profit de celles privées installées dans la même enceinte. John Magufuli vire le directeur de cet établissement public de soins de santé sur le champ.

« On avait besoin d'un président qui prenne les problèmes au sérieux. On avait besoin d'un président qui est prêt à s'assurer que les ressources du pays sont utilisées pour le développement et non pour l'autoglorification »

En octobre, celui qui est surnommé en langue swahili tingatinga, c'est-à-dire « bulldozer » commandite une enquête sur l'état des lieux dans la fonction publique. Les conclusions lui sont remises. Le 28 avril 2016, coup de tonnerre, près de 10.000 fonctionnaires sont licenciés pour de faux diplômes. Une mesure choc mais nécessaire selon Benson Bara, proche du président et enseignant en sciences politiques de l'Université de Dar-es-Salam. Cité par rfi.fr, il estime que « Les gens sont inquiets parce que nous avons fait face à un phénomène de président fantôme dans ce pays. Que le président renvoie près de 10 000 personnes, je pense que c'est pour les meilleurs intérêts du pays. En fait, il n'y a pas de polémique. Faire le ménage dans le service public était nécessaire, et c'est ce que le président a fait ». Et d'ajouter « On avait besoin d'un président qui prenne les problèmes au sérieux. On avait besoin d'un président qui est prêt à s'assurer que les ressources du pays sont utilisées pour le développement et non pour l'autoglorification ».

Dans la lutte contre la corruption, plusieurs personnalités (hauts fonctionnaires, ministres... ) ont été limogées.

L'ancien enseignant de l'Université ne prend pas que des décisions qui semblent recevoir une onction populaire. Il est par exemple sévèrement critiqué lorsqu'il renvoie Nape Nnauye, son ministre de la Communication du gouvernement, alors qu'il n'a réclamé qu'une enquête suite à l'intervention musclée de Paul Makondo, gouverneur de la province de Dar-es-Salam, proche du président, dans les locaux d'une télévision privée pour exiger qu'une cassette soit diffusée en règlement de compte.

Il en est ainsi de même lorsque, en avril 2017, la représentante-résidente du Programme des Nations pour le développement (PNUD), la Gambienne Awa Dabo, a été expulsée parce que « Sa présence constituait un blocage pour les efforts de développement du pays », motive un communiqué officiel.

Son régime est de plus en plus accusé de faire régresser la liberté d'expression en intimidant les journalistes et à en fermer même certains médias pour leurs critiques.

Respect de la Constitution

John Magufuli est affublé de tous les qualificatifs, populiste, one-man-show, de grand artisan de la reconstruction de la nouvelle Tanzanie... Malgré tout, il ne compte pas s'éterniser au pouvoir comme c'est devenu une tradition dans plusieurs pays sur le continent. Confère l'article sur votre site intitulé « Ces 11 régimes qui totalisent 368 ans au pouvoir en Afrique ».

Le lundi 7 Août dernier, il proclame haut et fort sa volonté de respecter la Constitution. « C'est impossible. Je respecterai la Constitution. J'ai juré de la défendre. Je jouerai ma partition et transmettra les rênes du pays au prochain président le moment venu », précise-t-il. Le débat est lancé après que ses partisans l'appellent à la modification de la Loi fondamentale du pays pour s'offrir d'autres mandats. Elu pour la première fois en 2015, il n'a droit qu'à un seul et nouveau quinquennat s'il est réélu en 2020.

Respectera-t-il sa parole ? Ils sont nombreux en Afrique, ces présidents qui rassurent, surtout la communauté internationale, qu'ils ne vont pas briguer de mandat de trop mais se rétractent par la suite et finissent par s'éterniser au pouvoir à l'aide des élections manipulées.

En savoir plus

La FIDH s'inquiète du traitement réservé aux médias

La FIDH, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, dénonce le traitement fait… Plus »

Copyright © 2017 This is Africa. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.