2 Août 2017

Djibouti: Cinq questions à l'auteur à succès africain Abdourahman Waberi

interview

52 ans, professeur d'université aux Etats-Unis et en France, Abdourahman Waberi originaire de Djibouti a accordé une interview à This is Africa, en marge des jeux de la francophonie pour aborder des questions panafricaines comme les « États-Unis d' Afrique », ou la vision de l'occident sur l'Afrique. 12 livres et près de 10 prix internationaux pour ses œuvres, Abdourahman Waberi soutient que c'est une erreur que de penser à l'Afrique comme un problème à résoudre.

TIA : Abdourahman Waberi, qu'enseignez-vous aux européens et aux américains ? Et qu'allez-vous apprendre aux journalistes et blogueurs africains ?

A.W : Toute ma vie j'ai fait de la retransmission, j'évolue depuis un certain tant dans le milieu littéraire africain. Je fais passer des messages soit en écrivant, soit en enseignant. Ce que j'enseigne ce sont les productions culturelles. Film et littérature notamment. Alors revenir en Afrique, en Côte d'ivoire, rencontrer de blogueurs, de journalistes, de consultants, et des artistes africains, c'est du ressourcement. Si je peux transmettre à ces jeunes frères des choses, ma mission serait accomplie d'une certaine manière.

Vous enseignez aux Etats-Unis, et en France. Pourquoi pas en Afrique ? Auriez-vous oublié le continent ?

Je n'ai pas oublié l'Afrique, je pourrai enseigner en Afrique. Mais il se trouve que certaines raisons par exemple, je ne peux pas enseigner en Djibouti... Je ne peux même pas y rentrer car je ne suis pas désirable. Les autorités et moi avons quelques soucis. Mais si demain matin on m'invitait pour enseigner en Éthiopie ou dans un autre pays africain, pourquoi pas ! J'irai enseigner.

Vous avez reçu certains prix même en Allemagne, un pays considéré par certains comme très fermé, voire raciste. Alors qu'un noir, vous, receviez un prix dans ce pays c'est quand même une preuve d'une maturité de l'œuvre et de l'auteur ?

J'ai été à Berlin plusieurs fois, j'y ai même vécu. Et ils ne sont pas si coincés qu'on le pense. Il faut d'abord être traduit dans d'autres langues. Moi j'ai été traduit en japonais, j'y ai été et j'y représentais toute l'Afrique car il y a très peu d'œuvres littéraires en japonais. Je ne trouve pas les allemands plus racistes que les français par exemple, l'Allemagne avait perdu ses colonies pendant la guerre, qui sont devenue françaises entre autres. Alors, par rapport aux Français ou aux Belges, eux ils n'avaient pas ce rapport avec les Noirs. Après quand ils ont perdu la deuxième guerre mondiale, et avec tout le mal qu'ils avaient fait aux juifs, ils se sont renfermés sur eux.

Aujourd'hui l'Allemagne s'est rattrapée, aujourd'hui il y a une forte migration africaine et des Afrodeutsches, des enfants métis qui se battent pour leur place et la fin des stéréotypes. D'une façon globale et transversale on peut dire que le monde est présent en Afrique d'un côté, et de l'autre côté l'Afrique est présente dans le monde. Il me semble qu'on ne peut plus séparer les histoires, dire ces problèmes sont des africains et ceux-ci européens. Ce serait injuste à mon avis. Aujourd'hui essayer de séparer les destins des continents est quelque chose d'artificiel et vouée à l'échec.

Vos dernières phrases font-elles allusion à votre roman « Aux Etats-Unis d'Afrique » qui aussi a eu un prix ?

Dans ce roman je mettais en exergue les discours qu'on a souvent de l'Afrique comme d'un continent autre. Donc j'ai renversé les enjeux pour bien montrer que c'est le même danger partout. Par exemple quand j'ai démontré qu'il y a des conflits ethniques en suisse ou en Belgique. Donc la diversité et les conflits ne sont pas qu'Africains. L'Afrique n'est pas pauvre, l'Afrique est appauvrie ! Les africains ne sont pas de problèmes, ce sont des humains qui ont des problèmes.

Est-ce que vous pensez, avec votre expérience, qu'il existe en réalité et pas en fiction, une possibilité d'une complète union africaine pour parvenir à des États-Unis d'Afrique !

Oui ! Je dirai que les peuples d'Afrique sont en avance sur ce sujet par rapport aux élites africaines. Les élites dans leurs pays tiennent à ce que j'appelle leurs fétiches, les frontières, les drapeaux, etc. prenez par exemple, quand il y a des crises, les gens partent se réfugier directement et facilement dans les pays frontaliers. C'est moins de 1% qui vont eu Europe. Des deux côtés des frontières il y a des membres des mêmes familles, il suffit de passer la frontière vous êtes chez votre cousin. Donc l'intégration africaine est déjà là. Ce qui manque c'est les outils pour édifier. Ce n'est pas moi qui ai inventé cela, c'est une vieille idée de pères fondateurs de nos nations.

Que ce soit sur le plan historique ou scientifique avec des gens comme Cheik Anda Diop, ou sur le plan pragmatique avec des penseurs comme Kwame Nkrumah, Nyerere et les autres. On a essayé, comme la fédération du Mali qui regroupait 4 pays unis, mais pour des raisons historiques les pays n'étaient pas encore prêts, et cela a échoué. Et peut-être que demain on aura les pays du Kongo, donc les deux Congo, plus le Gabon et une partie de l'Angola. C'est envisageable ! Du côté de chez moi, il est très possible que l'Ethiopie qui est le plus grand pays avec 100 millions d'habitants traine dans son sillage les pays comme ma Djibouti, l'Erythrée la somalie, etc. Il y a un grand penseur africain de Mombasa qui avait déjà proféré ça. Il a pensée « l'Afrique des africains » avec cinq grand pôles selon lui !

Cela se fait donc et se le peut concrètement. Par exemple le Swahili, est une langue qui va du Kenya, la Tanzanie, le Rwanda le jusqu'au Congo. Donc de l'océan indien jusqu'à l'océan Atlantique ! Donc déjà culturellement, on peut penser que cette intégration qu'on appelle « intégration par le bas » est déjà là !

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