16 Août 2017

Burkina Faso: Attaque du café - restaurant Istanbul - 18 personnes tuées

Photo: Sidwaya
Les corps des victimes de l'attaque terroriste du café istamboul

Et revoilà l'Avenue Kwame Nkrumah, en moins de deux années, sous les feux des projecteurs. Après avoir enregistré sa première nuit cauchemardesque le 15 janvier 2016, la plus belle avenue de la capitale, du moins du Burkina Faso, vient de connaître sa deuxième nuit d'horreur.

En effet, dans la nuit du 13 au 14 août 2017, deux terroristes ont surgi et ouvert le feu sur des clients de Aziz Istanbul pâtisserie-café, situé à quelques mètres du restaurant - café « Cappuccino » et de « Splendid Hotel » où s'était produite la toute première attaque. Le bilan est lourd : 18 personnes tuées et plusieurs blessés enregistrés. Quelques heures après l'attaque, précisément le 14 août, nous nous sommes rendus sur les lieux pour en savoir davantage sur ces heures d'horreur sur la plus belle avenue de Ouaga.

« Ce sont deux messieurs qui sont arrivés aux environs de 21h. Lorsqu'ils sont arrivés, il y avait un véhicule de type bâché de couleur grise. Ils ont cogné ledit véhicule et ça a fait du bruit. Cela a attiré l'attention de tous. C'est ainsi qu'ils ont commencé à tirer dans tous les sens. Ils étaient en blouson et l'un d'eux était de teint clair. Comme tout le monde était paniqué, ça courait dans tous les sens. Je me trouvais juste à côté d'eux. Comme tout le monde courait, je suis tombé et me suis relevé. J'ai couru et je me suis retrouvé derrière le bâtiment, dans la broussaille », a relaté Hassane Guébré, gérant de parking au café Istanbul, que nous avons rencontré les mains encore ensanglantées, dans la matinée du 14 août, à quelques mètres du lieu du drame totalement interdit à la population.

A peine a-t-il fini de raconter sa mésaventure qu'on aperçoit une dame en pleurs. Elle recherche son fils, Diffala Bilel, disparu le jour de l'attaque et qui ne se trouvait ni parmi les blessés, ni à la morgue de l'hôpital Yalgado où elle dit avoir été. Selon le témoignage de cette mère en détresse, Bilel, son fils, et son ami étaient au café Istanbul au moment du tragique événement. L'ayant recherché en vain, la famille s'est rendue à l'hôpital Yalgado pour voir s'il se trouvait parmi les blessés. Là, elle retrouve l'ami de son fils, blessé, qui venait de se réveiller après avoir reçu des soins. C'est ce dernier qui leur fera savoir que lorsqu'il y avait les tirs, Bilel a reçu des balles au dos, mais a pris le soin de le protéger en l'entourant.

Un accès interdit à la population

La suite, il n'en saura rien, étant donné qu'il se réveillera plus tard à l'hôpital. A en croire notre interlocutrice, après ces propos de l'ami de Bilel, la famille s'est rendue à la morgue du Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo pour rechercher le corps, mais en vain. En tout cas pas au moment où nous l'avons rencontrée, le 14 août aux environs de 9h. Selon la mère en détresse, son fils est Canadien d'origine algérienne. Mais aux dernières nouvelles, nous apprenions que le corps de Bilel aurait été identifié.

Tout comme Bilel, ce sont au total 18 personnes qui sont tombées sous les balles assassines des deux terroristes, dans la nuit du 13 au 14 août 2017 au restaurant-café Aziz Istanbul, situé sur l'avenue Kwame Nkrumah qui enregistrait, pour la deuxième fois, sa nuit la plus longue. Des 18 personnes décédées, on dénombre 9 Burkinabè, une Canadienne, un Français, deux Koweitiens, un Libanais, un Nigérian, un Sénégalais, un Turc, un Algéro-canadien. A l'heure où nous bouclions le journal, toutes les trois victimes avaient été identifiées.

A noter que le lieu de l'attaque était totalement quadrillé et inaccessible à la population, le 14 août. Dans la matinée, des membres du gouvernement, des députés et bien d'autres autorités se sont rendus sur les lieux. Des corbillards faisaient des va-et-vient, transportant les corps vers la morgue.

La Liste des victimes

-Lt Tiendrébéogo Marc Stéphane, Officier burkinabè Burkinabè

-Zongo Isidore Nongo, Burkinabè

-Diallo Abdoulaye, Burkinabè

-Nana Victoria, Burkinabè

-Kiekieta Inoussa, Burkinabè

-Mme Napon née Sangaré Mariétou, Burkinabè

-Tanou Issa, Burkinabè

-Tapsoba Ismaël, Burkinabè

- Yaro Issouf, Burkinabè

-Tammy Jane Mckay Chen, Canadienne

Diffalah Bilel, Algéro-canadien

-Gouy Thierry Henri Francis, Français

-Fahad Al Hussaini, Kowéitien

-Waleed Ahmad, Kowéitien

-El Belly Ahmad, Libanais

-Mama Rashid, Nigérian

-Mehsen Fenaich, Sénégalais

-Mehmet Faith, Turc

Au nombre des membres du gouvernement ayant effectué le déplacement sur les lieux du drame, il y a le ministre de la Culture, des arts et du tourisme, Tahirou Barry, et son homologue des Sports et des loisirs, Taïrou Bangré. Le ministre s'est confié à l'issue de la visite.

« Nous sommes fortement indignés »

« Je tiens à dire que nous sommes fortement indignés par ce que nous avons vu. C'est inacceptable. Nous condamnons, au nom du gouvernement, fermement ces actes lâches qui n'honorent pas l'humanité. Nous tenons à nous incliner devant la mémoire des victimes, à présenter nos condoléances aux familles éplorées, à souhaiter prompt rétablissement aux blessés. Nous tenons également à féliciter les Forces de défense et de sécurité pour le travail fortement professionnel qui a permis de libérer le peuple burkinabè. Nous voudrons dire qu'en ces instants douloureux, d'incompréhension, nous devons rester forts, déterminés. Le Burkina Faso doit rester debout et s'opposer résolument à ces actes de lâcheté et de barbarie. Ce que nous avons vu sur le terrain est révoltant, véritablement choquant, inhumain. C'est inadmissible de s'en prendre à des personnes innocentes pour des causes perdues ».

« C'est inadmissible de s'en prendre à des personnes innocentes pour des causes perdues », dixit le ministre en charge de la Culture, Tahirou Barry

Alassane Sakandé, député, président du groupe parlementaire MPP

« Ce n'est pas humain »

« Lorsqu'on regarde ce qu'il nous a été donné de voir, on ne peut qu'être affligé. Lorsqu'on regarde le lieu du drame, on perd son latin. Ce n'est pas humain. Tout ce que l'Assemblée nationale peut faire pour qu'il y ait la lumière sur cette affaire, nous n'allons pas hésiter à le faire. Ce matin, nous étions au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo avec le premier vice-président de l'Assemblée nationale, Me Benewendé Sankara, pour apporter notre soutien aux blessés. Nous avons discuté avec le Directeur général de l'hôpital, son personnel et leur avons apporté notre soutien ».

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