14 Août 2017

Togo: Grottes de Nok, un bunker naturel multiséculaire qui attend sa reconnaissance mondiale

Dans la région des Savanes, l'extrême nord du Togo, un rempart fossile attire des visiteurs curieux et des chercheurs de sites archéologiques. Il s'agit des grottes de Nok situées à 15 Km du canton de Nano dans la préfecture de Tandjouare et qui existaient bien avant le 16ème siècle. Durant des siècles, elles s'étaient révélées très décisives pour la survie du peuple Moba (les autochtones) contre des envahisseurs étrangers ; et même en temps des razzias.

De nos jours, on accède aux grottes de Nok par un escalier en forme de couvercle en fer construit en 1990 (qui protège le visiteur d'une éventuelle inattention qui peut le précipiter dans le vide) par lequel on descend dans les grottes. Mais l'endroit conserve toujours son moyen naturel d'accès : les lianes ! Le guide Koulbeme Nikabini s'en sert pour faire des démonstrations au visiteur curieux. « Avant, il n'y avait pas les escaliers. Nos grands-parents empruntaient les lianes pour descendre dans les grottes ou pour remonter », explique-t-il.

Les grottes de Nok sont de naturelles cavités creusées dans la montagne. Elles étaient des abris de l'ethnie Moba et qui leur servaient de rempart contre l'envahisseur Tchokossi, un peuple guerrier. Elles étaient découvertes par le chasseur Sykinanyile qui était à la recherche de gibiers. « Lorsqu'il découvrit le lieu, il sut qu'il pouvait être pour son peuple une cachette imprenable pour leurs redoutables ennemis, les Tchokossi. Aussi l'endroit leur permettait-il d'être à l'abri des razzias au 16ème siècle », raconte le guide.

Un dispositif martial

C'était un fort (il est fermé aujourd'hui mais reste ouvert aux touristes) à la fois défensif et offensif. En période de conflits, le chef de la tribu tenait un conseil de guerre en présence des notables et des guerriers et à qui il leur donnait des instructions. Et cela se passait souvent, selon le récit de Koulbeme Nikanini, au clair de lune. « La présence des guerriers Tchokossi était signalée par les Kpérik, un peuple frère des Moba et qui vivaient en bas de la montagne. Ils donnaient l'alerte en faisant un feu qui indiquait aux Moba de se réfugier. En d'autres circonstances, ces derniers aidés de leur promontoire voyaient l'ennemi de loin et rendaient la pareille à ceux d'en bas en sifflant dans les cornes d'animaux », raconte le guide. Du haut de la montagne qui donnait une vue magnifique sur une vaste étendue de forêt sauvage, les Moba pouvaient voir leurs ennemis de loin. Ce qui leur permettait aussi de les attaquer et de les prendre à dépourvue. Leurs armes étaient des flèches empoisonnées. Elles étaient enduites du venin des crapauds ou d'autres venins très mortels pour l'homme.

Il y avait le salon des femmes à part. Puisqu'à l'époque, nos grands-parents avaient des fétiches qui n'acceptaient pas la présence des femmes. Donc, elles vivaient avec leurs enfants séparés des hommes

Le site se révèle aussi une extraordinaire organisation sociale. A l'intérieur des grottes, les Moba étaient régis par une division du travail. La défense du « territoire » incombait aux hommes tandis que les femmes s'occupaient du foyer. Les grottes comprenaient plusieurs niveaux. « Il y avait le salon des femmes à part. Puisqu'à l'époque, nos grands-parents avaient des fétiches qui n'acceptaient pas la présence des femmes. Donc, elles vivaient avec leurs enfants séparés des hommes », explique le guide. Les grottes de Nok disposaient également d'un compartiment qui servait de cuisine. Elle comprenait 134 greniers dans lesquels il y a des étages spécifiques à chaque céréale. Selon Koulbeme Nikabini, il existait à l'époque trois sortes de greniers. Les réserves de nourritures faites à base de l'argile mélangée avec de la paille, ou de l'argile avec les pierres, ou encore de l'argile simple. « Cela veut dire qu'il y avait trois clans de Moba qui vivaient dans les grottes. Et chaque clan avait sa manière spécifique de construire ses greniers », précise le guide de Nok. Ils disposaient également d'un poulailler et des ustensiles de cuisine qui sont entre autres, la meule ; et même des jeux de distraction pour les enfants. « Lorsqu'une femme était occupée à moudre du céréale ou à écraser sur la meule, elle pouvait bénéficier de la distraction de ses enfants. Ces derniers apprenaient à compter à partir de petites cavités creusées naturellement sur des grottes », ajoute Koulbeme Nikabini.

La dernière étape de l'exploration du « bunker » Moba est la cascade. Des jets d'eau qui jaillissent de la montagne permettaient de disposer de l'eau en permanence. Tout semble indiquer que le relief très accidenté de l'endroit a plutôt favorisé la vie. En effet au milieu des arbustes sauvages, pousse une plante qui a une vertu extraordinaire. Sa sève d'une blancheur comme celle de l'hévéa purifie l'eau. Elle la débarrasse de toute souillure. « Cela n'a aucun effet nuisible sur leur santé. Les Moba s'abreuvaient de l'eau de la cascade tout en la rendant propre par la sève de la plante », raconte le guide.

La reconnaissance

La cachette Moba est une merveille naturelle au-delà du relief très accidenté. Elle est la preuve que la nature n'a pas encore livré tous ses secrets. Les découvertes et les fouilles archéologiques révèlent que des trésors historiques sont enfouis dans n'importe quelle partie du monde, même les endroits où certains chercheurs ont longtemps dénié aux peuples qualifiés de mentalité prélogique, des capacités intellectuelles. L'exemple de ces peuples au nord du Togo est la preuve d'une bonne organisation sociale et surtout d'une ingénieuse stratégie de guerre.

Cette extraordinaire forteresse draine des visiteurs et des chercheurs de sites archéologiques. C'est un signe que la reconnaissance de ce patrimoine matériel fait son petit bonhomme de chemin. Elle le sera davantage si l'Organisation des nations unies pour la science et l'éducation (UNESCO) l'inscrit au patrimoine matériel de l'humanité. Soumise depuis décembre 2000 par le gouvernement togolais à l'Unesco, la demande de reconnaissance de ce site comme partie du patrimoine mondiale est jusqu'ici sans suite. Et pourtant, cette distinction devrait génerer des ressources pour cette région qui enregistre un taux de pauvreté au Togo dépassant les 90%, le plus élevé du pays.

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