16 Août 2017

Burkina Faso: Les circonstances de l'attaque à Ouagadougou se précisent

Quarante-huit heures après l'attaque du café-restaurant Aziz Istanbul qui a coûté la vie à 18 personnes, la lumière se fait peu à peu sur l'attentat. Les services de sécurité et les autorités judiciaires ont précisé les circonstances de l'assaut, tandis que plusieurs témoins directs font le récit des événements.

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré et son homologue malien, Ibrahim Boubacar Keïta, se sont rendus mardi 15 août sur les lieux de l'attaque de dimanche soir. La procureure Maiza Sermé et le commandant de gendarmerie Evrard Somda ont expliqué aux deux chefs d'État les circonstances de l'attaque. C'était la première fois que le patron de l'Unité spéciale d'intervention de la gendarmerie nationale (USI-GN) s'exprimait publiquement sur ce que lui, ses hommes et les otages ont vécu au cours de cette soirée cauchemardesque.

Un déluge de plombs à l'arrivée des forces spéciales

Les hommes de l'Unité spéciale d'intervention de la gendarmerie nationale sont arrivés sur place très vite après les premiers coups de feu, a-t-il raconté. Il y avait, déjà, « un maximum de morts et de blessés gisant au sol, mais pas de trace de terroriste », a ajouté le commandant Evrard Somda. Après avoir bouclé le bâtiment à l'avant et à l'arrière de l'avenue Kwame Kruma, les gendarmes ont entrepris de monter au premier étage du bâtiment.

C'est là que les deux terroristes les ont accueillis par un déluge de plombs. Les tirs étaient si nourris que le bouclier blindé qui protège la tête de l'Unité d'intervention est vite devenu inutilisable. Rebroussant chemin, les gendarmes ont alors lancé des grenades offensives, qui ont sans doute déclenché un début d'incendie et entraîné une panne électrique rendant la visibilité presque nulle, estime le commandant Somda.

Le dernier assaut lancé à 3h du matin

Doté d'un nouveau bouclier balistique, le commando de gendarmes est remonté à l'assaut vers 0h30. Les deux terroristes s'étaient alors retranchés sur la partie arrière du bâtiment. L'un des deux hommes est passé par l'une des fenêtres jusqu'au rez-de-chaussée où les hommes de l'USI-GN l'abattent, vers 3h du matin, heure locale. Le second a été tué une vingtaine de minutes plus tard.

Le commandant Evrard Somda n'a pas fait mention d'autres assaillants, comme on l'avait cru dans les instants suivant l'attaque. L'opération a fait cinq blessés dans les rangs des forces spéciales : quatre blessés légers et un homme plus grièvement touché.

Des employés et clients racontent

RFI a par ailleurs recueillis les témoignages de trois personnes qui ont été directement confrontées à cette attaque. Ces témoins confirment que c'est à l'extérieur du café-restaurant Aziz Istanbul que tout a commencé, un peu après 21h, heure locale.

L'attaque a eu lieu « vers 21h25 », précise même Moussa Kaboré, serveur dans ce café, qui était sur la terrasse au moment du début de l'attaque. Il a tenté de fuir via les cuisines, en sortant par l'arrière. Mais « on a senti qu'il y avait un autre tireur », assure-t-il. Il fait machine arrière. « On a escaladé le mur, on est rentrés dans la cour voisine, on a traversé la réserve et on est sortis », raconte Moussa Kaboré, qui assure par ailleurs que d'autres témoins ont entendu les deux hommes « parler en arabe ».

C'est vers 21h qu'ils ont commencé à tirer, donc moi j'ai couru et je suis rentré dans la cuisine.

Au même moment, Abraham Badolo, lui, se trouvait, à l'intérieur du restaurant. Habitué des lieux, il était installé avec un ami à une table particulièrement exposée, juste à côté de la baie vitrée. Il est arrivé sur place quinze minutes à peine avant les premiers tirs. Avec d'autres clients, il se réfugie au dernier étage du bâtiment. « Vu qu'on entendait toujours les tirs nourris, et que c'était en train de monter, nous avons tous décidé de nous mettre à plat ventre en attendant que les secours arrivent », raconte-t-il à RFI.

Mais à la place des secours, ce sont les assaillants qu'Abraham Badolo voit arriver. Il y avait tellement de bruit et de panique qu'il ne peut pas dire aujourd'hui dans quelle langue parlaient les deux hommes. Abraham se souvient par contre de les avoir vus - deux hommes - à quelques mètres de lui. « On les entendait jubiler. Ils étaient vraiment très contents de ce qu'ils étaient en train de faire. (...) On entendait le bruit : "clac, clac, clac" », raconte encore Abraham Badolo.

Caché dans un container pendant six heures

Lui est sorti est sorti du café-restaurant un peu avant 2 heures du matin. Mais à ce moment-là, d'autres étaient encore coincés dans le bâtiment. C'est notamment le cas de Séraphin Effon, l'un des cuisiniers du restaurant Aziz Istanbul. Il a survécu en se cachant dans un container dans lequel se trouvait déjà une autre femme. Ils y ont passé près de six heures.

A chaque fois, les tirs s'arrêtaient un peu, et après trois minutes, ils recommençaient. Et ça recommençait pour encore trois minutes.

« A chaque fois, les tirs s'arrêtaient un peu et, après trois minutes, ils recommençaient. Et ça recommençait pour encore trois minutes. Tout ce calme, vous pensez que c'est fini. Et après ça recommençait. Nous sommes restés jusqu'à trois heures du matin avant d'être sauvés », raconte Séraphin Effon.

« A chaque tir, il y avait des balles qui tombaient sur notre container. Donc c'est possible qu'ils soient en haut. Ça tombaient d'en haut et ça tapait le côté qui n'est pas contre le mur du container », raconte le cuisinier, choqué. « Quand j'entends un peu de bruit maintenant, c'est comme si on avait repris les tirs. Les tirs, c'était terrible. A chaque tir, nous voyions des étincelles dans le container. »

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