16 Août 2017

Afrique de l'Ouest: Attaque Aziz Istanbul - La force du G5 Sahel ne sera pas la panacée

On avait tort de penser que même s'ils devaient revenir, ce ne serait pas au même endroit. Et pourtant ! Quelque dix -huit mois après l'attaque du Cappuccino et du Splendid hotel, qui avait fait une trentaine de morts le 15 janvier 2016, les terroristes sont retournés sur les lieux du crime le dimanche 13 août 2017. C'est un autre restaurant qui a été pris pour cible : Aziz Istanbul, tout aussi sélect, à un jet de pierre du Café tenu par l'Italien Gaëtan Santonéma. Le bilan est presque aussi lourd : une vingtaine de cadavres, selon un bilan qui n'était encore que provisoire, laissés sur le carreau (dont sept Burkinabè) par ces visiteurs indésirables du soir, de nombreux blessés et des rescapés encore sous le choc.

Qui a bien pu commettre ce coup-ci cette infamie sans nom ? Les enquêtes en cours nous situeront sans doute là-dessus, à moins qu'une revendication ne vienne d'ici là lever un coin du voile sur l'identité des tueurs. En janvier 2016, on se le rappelle, la boucherie portait la signature, en lettres de sang, d'Al Mourabitoune. Le Burkina était désormais dans l'œil du cyclone, pardon du Borgne Mokhtar Bel Mokhtar ainsi qu'on surnomme celui qui a perdu l'usage d'un œil en Afghanistan. Faut-il de nouveau regarder dans cette direction ? Dans celle d'Ansarul Islam d'Ibrahim Mallam Dicko qui est déjà en train de se sanctuariser dans le Sahel burkinabè, particulièrement dans la province du Soum ? Ou... Ou... faut-il encore chercher plus loin ?

On ne sait pas si la cible a été choisie au hasard (ce qui est rarement le cas puisque de longues semaines, voire des mois, de repérages précèdent souvent les actions), mais le fait qu'elle soit un restaurant turc laisse songeur. Le Burkina a-t-il pu être une victime collatérale des mesures de représailles internes et externes prises par Recep Tayip Erdogan contre le cerveau présumé du coup d'Etat dont il a réchappé le 15 juillet 2016, Fettulah Güllen, et tous ceux qui sont suspectés à tort ou à raison d'être les maillons (forts) de sa longue chaîne internationale ? On se souvient en tout cas qu'après le pronunciamento, certains intérêts turcs à travers le monde (et les Etats qui les abritent) ont fait l'objet de pressions plus ou moins discrètes de la part d'Ankara. Dans les milieux turcs de Ouaga cependant, on semble rejeter cette piste turque qui serait invraisemblable.

Beaucoup de questions donc, et aucune réponse pour le moment. Seule certitude, ce nouvel attentat pourrait être le coup de grâce pour Kwamé N'Krumah qui se relevait déjà difficilement de la tragédie de janvier 2016. La vie avait pourtant repris à peu près son cours normal même si, de l'avis général, « les affaires ne marchent plus » et le « Cappuccino paalga » avait ressuscité de ses cendres plus splendide et sécurisé que jamais. Hélas, avec cette déflagration, il faut craindre que la plus belle avenue du Faso, jadis si courtisée, ne soit délaissée par le petit monde de la nuit une fois le soir venu.

Il aura en tout cas suffi que les terroristes refassent parler la poudre en plein cœur de la capitale pour qu'on exhibe l'épouvantail de la force commune au G5 Sahel qui peine à rassembler les moyens nécessaires à sa mise en œuvre. Chefs d'Etat, ministres, experts... chacun y est allé de son analyse comme si elle sera la panacée. C'est à se demander si on ne se trompe pas de combat. Car si en théorie ces unités conjointes sont censées intervenir sur l'ensemble du territoire des Etats concernés, l'objectif principal de cette armée transnationale sera surtout de sécuriser les frontières communes qu'on sait poreuses entre le Mali, le Niger et le Burkina et où les forces du Mal sont en train de se tailler un no man's land. Certes, en bétonnant cet espace mutuel, la task force sahélienne va tailler des croupières à l'ennemi invisible, mais elle n'a pas vocation à être une force de police dans nos villes et campagnes pour prévenir ce qui s'est passé l'autre jour. Et à tuer dans l'œuf des cellules dormantes prêtes à se réveiller qui nous côtoient tous les jours alors qu'on ne pourra jamais mettre un gendarme derrière chaque citoyen ou devant tous les maquis. Hélas !

Ironie du sort, deux semaines avant le drame, le Dr Ahmad Abdou Salam Sawadogo, membre du comité des oulémas du mouvement sunnite burkinabè et doyen de l'université Al Houda, dédicaçait le 1er août à... Aziz Istanbul son livre « Vaincre la bombe atomique sans un seul coup de feu ». Pour ce massacre de la Saint-Hippolyte, il n'aura fallu que quelques sulfateuses pour semer la mort et la désolation.

Mais s'il est quelque chose dont on peut se consoler en ces jours de malheur, c'est l'extraordinaire résilience dont font montre les Burkinabè. La première fois, la capitale était comme morte, tétanisée par ce coup de massue qu'elle redoutait certes mais qu'elle n'imaginait pas juste au moment où un nouveau pouvoir s'installait. Lundi, rien de tel au lendemain du drame. Les Ouagalais ont déroulé leur agenda habituel, circulant comme si de rien n'était, ouvrant maquis, bureaux, banques, boutiques, même sur la portion de Kwame N'Krumah qui n'était pas bouclée pour les besoins de l'enquête. Une formidable résilience développée face à l'innommable comme s'ils avaient déjà appris à vivre avec la bête et qu'ils n'entendaient pas plier l'échine devant des obscurantistes ivres de sang. N'est-ce pas finalement la meilleure réponse, si c'est cette thèse qui devait s'avérer, à cette nébuleuse islamiste abusivement appelée djihadiste et dont les méfaits sont aux antipodes de ce que prescrit toute religion digne de ce nom ?

Afrique de l'Ouest

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