16 Août 2017

Gabon: Vivre au rythme du pétrole au détriment d'une solide démocratie

Le Gabon, petit eldorado pétrolier d'Afrique centrale et peuplé de 1,8 million d'habitants, peine à asseoir sa démocratie depuis 1990, année de l'instauration du multipartisme.

La vie politique au Gabon, pays producteur de pétrole, est rythmée depuis plus de 4 décennies par le Parti démocratique gabonais (PDG-au pouvoir), créé par feu Omar Bongo Ondimba, en 1968. Les élections législatives de 2011 ayant été boycottées par l'opposition, le parti au pouvoir bénéficie à ce jour d'une majorité absolue à l'Assemblée Nationale comme au Sénat. L'élection présidentielle d'août 2016 s'est déroulée dans un climat tendu marqué par l'absence de dialogue national inclusif entre la majorité, l'opposition et la société civile, exclue des discussions politiques.

« Dans les années 1970, l'économie gabonaise avait été dominée par les activités forestières », expliquait un rapport publié par la Direction générale de l'économie. Une quarantaine de compagnies pétrolières, dont une douzaine opératrices, se partagent le domaine minier gabonais. Les trois compagnies leaders sont Total Gabon, Shell Gabon et Perenco. Dans les années 1970, l'économie gabonaise avait été dominée par les activités forestières, avant que le pétrole ne prenne le relais et accroisse les revenus de l'Etat. En même temps s'est amorcé un exode rural important vers les grandes villes, dont Port-Gentil, et l'afflux des ouvriers étrangers vers le secteur pétrolier.

Un paradoxe demeure : l'Etat n'a pas assez investi durant une quarantaine d'années, privant ainsi une population des retombées du pétrole et de l'opportunité d'un nouveau départ. Or, les réserves de l'or noir s'épuisent. En même temps, sur le plan national, de profonds déséquilibres ont été engendrés par la dégradation de l'économie. La mauvaise gestion financière, l'affectation non transparente des ressources pétrolières, la non-application des mesures souhaitées par les bailleurs de fonds et la répartition inégale des revenus du pays ont créé des poches de pauvreté, de même, l'inflation et la marginalisation d'une grande partie de la population dans le pays. Pendant de nombreuses années, la mauvaise répartition de la manne pétrolière et le train de vie dépensier du gouvernement, ont ouvert la voie à l'enrichissement illicite.

L'après-pétrole se profile à l'horizon

Le pétrole gabonais qui n'est pas inépuisable, suscite des convoitises au niveau national. Et en absence d'une gestion transparente des revenus pétroliers, le Gabon devra compter de moins en moins sur l'or noir - dont la production s'amenuise au fil des ans - pour se hisser parmi les meilleures économies d'Afrique centrale. Le Gabon devra développer son agriculture longtemps abandonnée au profit du pétrole. Pour l'ancien directeur général adjoint de Shell Gabon, Charles Tchen, « le domaine minier gabonais a été extrêmement exploré, notamment sur la terre ferme. L'avenir de l'exploration pétrolière est à présent tourné vers la mer profonde, coûteuse et nécessitant une technologie plus poussée ».

Le voisin immédiat du Gabon, la Guinée Equatoriale, l'un des pays pauvres d'Afrique et devenu producteur de pétrole sur le tard, a très vite appris qu'il faille ne pas reproduire les erreurs du Gabon car, avec la crise persistante, la diversification de l'économie est plus que jamais indispensable. « En l'absence de découvertes de nouveaux puits, l'économie gabonaise reste fragile malgré le fer, le manganèse, le bois ainsi que d'autres métaux précieux dont regorge sa forêt », renchérit Tchen.

La mauvaise gestion du pétrole et des investissements non adaptés

Le Gabon dispose de plus de 50% des recettes fiscales et 80% des exportations qui proviennent de l'industrie pétrolière et gazière. Avec le boom pétrolier des années 70, le Gabon s'est lancé dans des investissements lourds et non rentables sur le long terme. Cette situation a entraîné non seulement la fuite des capitaux et l'enrichissement illicite de certains citoyens, mais elle a également creusé le fossé entre riches et pauvres. Le gouvernement a finalement adopté une loi anti-corruption après que le procureur général de la République, Pierrette Djouassa, eut plaidé en faveur d'une action plus ferme et concertée au sommet de l'Etat pour endiguer la corruption et l'impunité. Ce fut une première. « J'exhorte le gouvernement à élaborer une loi anti-corruption qui serait précédée d'une loi d'amnistie visant à faire table rase du passé (... ) », avait-elle déclaré.

La corruption est une habitude bien ancrée. Elle a atteint depuis plusieurs années les sommets du pouvoir. Bien que le phénomène soit mondial, l'arsenal juridique du Gabon ne disposait toujours pas d'une loi sanctionnant certaines formes de corruption. Aussi, dans la perspective de la "refondation" évoquée par le gouvernement, Djouassa a suggéré « le vote d'une loi d'amnistie pour les faits passés et d'une loi anti-corruption sans effets rétroactifs pour le futur ». Pour le président de la Cour judiciaire de l'époque, le magistrat Antoine Nguema Essono, « une telle œuvre devrait se fonder sur une justice crédible, indépendante et moins soumise aux pressions politiques. Rappelons que le président de la République est également le président du Conseil national de la magistrature ».

Le Gabon peut-il sortir de la crise?

Malgré la fermeté recommandée par le Fonds monétaire international (FMI) dans la gestion des finances publiques gabonaises, les bailleurs de fonds sont "excédés" par les revirements du petit émirat pétrolier. Faute d'avoir osé diversifier son économie et former des opérateurs économiques capables de soutenir son tissu commercial, le Gabon a bâti sa richesse exclusivement sur le pétrole, le bois et quelques matières premières. L'inégale répartition de la population et des revenus à travers le pays, pose les véritables problèmes de développement. La situation alarmante, responsable de l'aggravation du chômage, résulte de la mauvaise politique économique des gouvernements qui se sont succédé.

Aujourd'hui, les investisseurs ne se bousculent plus au chevet du Gabon et le soutien de la France ne suffit plus pour «changer les mentalités des dirigeants». L'absence d'une justice fiable, la corruption qui gagne les agents de l'Etat et les détournements des deniers publics qui se multiplient, ne plaident pas non plus pour la bonne gouvernance.

Le pétrole occupe une place prépondérante dans le produit intérieur brut (PIB) et dépendance de l'économie gabonaise vis-à-vis du secteur pétrolier est un facteur d'instabilité. La place de l'industrie dans la production nationale est très limitée : à l'exception de la transformation du bois, elle est essentiellement tournée vers le marché intérieur.

Même si on n'ose pas le dire, la pauvreté est un fléau qui frappe le Gabon depuis plusieurs années, mais elle demeurait masquée.

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