16 Août 2017

Libye: Mandat d'arret contre un officier proche du général Haftar - Le moment est-il opportun ?

Le 15 août dernier, la Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale (CPI) a délivré un mandat d'arrêt international à l'encontre de Mahmoud Al-Werfalli, un officier des forces du Général Kalifa Haftar, pour crimes de guerre et meurtres présumés commis à Benghazi et ses environs. L'homme dans le viseur de la Justice internationale, a autrefois appartenu à la brigade Al Saiqa, une unité d'élite de l'armée sous Mouammar Kadhafi, avant de tourner casaque aux premières heures de la rébellion en 2011 pour rejoindre le camp des insurgés.

Les faits à lui reprochés, remontent aux dernières phases de la campagne lancée pour la conquête de Benghazi, entre juin 2016 et juillet 2017, où il aurait « directement commis et ordonné la commission de meurtres » concernant 33 personnes, au cours de 7 séries distinctes d'exécutions. Le mandat fait suite à l'appel lancé par l'ONU à l'Armée nationale libyenne du Général Haftar à suspendre l'officier, après la publication de vidéos compromettantes.

Ce mandat d'arrêt international ne va cependant pas manquer de susciter des interrogations. Car, on peut en effet se poser logiquement les questions suivantes : « pourquoi est-ce maintenant que la CPI choisit de passer à l'offensive ? » « Quelles peuvent être les conséquences de ce mandat sur la situation politique en Libye ? »

Sans accuser la Cour d'obéir à un agenda caché, on ne peut en effet s'empêcher de s'interroger sur l'opportunité de ce mandat d'arrêt, au moment même où la France vient de réussir le pari d'asseoir à la même table les deux frères ennemis, Kalifa Haftar et Fayez al Sarraj, pour tenter de leur faire fumer le calumet de la paix. En tout cas, il est difficile de ne pas y voir en filigrane une manœuvre de l'ONU à la solde des USA, visant à saborder les efforts de la France. Car, ce n'est un secret pour personne que l'homme fort de l'Est n'est pas en odeur de sainteté avec l'Oncle Sam. Pour preuve, il avait été mis, contre toute logique, en marge du processus politique mené par l'ONU.

Ce mandat vient poser la problématique du jeu des grandes puissances en Libye

Quant aux conséquences du mandat, il faut redouter qu'il n'ait pour effet immédiat de refroidir le camp Haftar dans son élan de rapprochement avec le gouvernement d'union nationale et ce, d'autant plus que le Général lui-même n'est pas à l'abri d'éventuelles poursuites. On le sait, la CPI, sur la base du principe de la « responsabilité du commandant », peut à tout moment ouvrir à son encontre une procédure.

Au-delà même de ces débats où se joue le destin personnel de Haftar et celui de ses hommes, l'on peut émettre des doutes sur la neutralité même de la CPI. Cela dit, l'on peut s'interroger sur le choix de la Cour de poursuivre seulement l'une des parties belligérantes, alors qu'il est connu de tous que le camp adverse, en l'occurrence celui des islamistes, a commis des crimes.

De ce qui précède, ce mandat vient poser la problématique du jeu des grandes puissances en Libye. On le sait, pour de nombreux acteurs internationaux, leurs intérêts passent avant ceux du peuple libyen. La Libye, pour eux, n'est qu'un immense champ pétrolifère et un immense marché d'armes sur lesquels il faut à tout prix garder la main. L'espoir pour la Libye, ne peut donc venir que de la prise de conscience par les Libyens eux-mêmes. Ces derniers doivent donc trouver en eux-mêmes les raisons de vivre ensemble et de fédérer leurs énergies pour reconstruire l'unité nationale.

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