17 Août 2017

Cameroun: Le taux d'admission anormalement élèvé - La police enquête sur les résultats du probatoire

Alors que partout ailleurs les candidats à l'examen probatoire de cette année sont déjà fixés sur leur sort, ceux du sous-centre d'examen de Mozogo qui regroupe les établissements scolaires de cet arrondissement situé dans le département du Mayo-Tsanaga, ne savent toujours pas à quel saint se vouer.

Et pour cause : leurs résultats n'ont toujours pas été rendus publics. Qu'est-ce qui fait problème ?

Selon des sources proches du milieu éducatif, «l'anormalité» des notes des candidats dans certaines matières dans ce souscentre de l'Extrême-Nord, de surcroit situé dans une zone en proie à l'insécurité, a éveillé des soupçons et débouché sur une enquête.

Dans l'attente, l'Office du bac a donc suspendu la publication des résultats. Question de savoir si les candidats de ce sous-centre, aux notes aussi prestigieuses que suspectes, avaient été exceptionnellement brillants pour la circonstance ou s'il s'était produit quelque chose de repréhensible.

«Le taux d'admis était très élevé, au-dessus de 90%, alors que la moyenne nationale tourne cette année autour de 37,77 %», indique-t-on à l'Office du bac.

Substitution des candidats

Si les résultats de l'enquête ne sont pas encore connus, des indiscrétions laissent entendre que les soupçons actuels autour du probatoire ne sont que l'arbre qui cache la forêt, dans le déroulement des examens dans ce sous-centre. Certains parlent clairement de l'existence d'un système savamment mis sur pied pour faire réussir les candidats. Dans ce registre, la dénonciation du principal du collège adventiste de Koza sonne comme un sérieux avertissement pour le ministre des Enseignements secondaires, Jean Ernest Ngallé Bibehé.

En effet, en juin 2017, dans une correspondance adressée au délégué départemental des enseignements secondaires du Mayo-Tsanaga et dont votre journal a obtenu copie, celui-ci avait déjà dénoncé la substitution des candidats au BEPC dans le sous-centre de Mozogo. Il avait même nommément cité des élèves qui s'étaient livrés à ce stratagème sans pour autant que cela n'emeuve personne. Joint au téléphone, Hamadou Diguir Joël est catégorique. «J'ai effectivement alerté l'administration. Ces élèves qui ont triché, je les connais très bien. Ils sont en congé en ce moment», assume-t-il.

Une dénonciation corroborée par de nombreux candidats. «Je me suis retrouvée dans ma salle d'examen avec certains camarades des classes supérieures. Ma sœur m'a dit qu'elle avait été aussi contactée par un responsable d'établissement de la place pour composer en lieu et place d'un élève qui lui était totalement étranger, et ceci en échange d'une somme d'argent», signale une élève du collège adventiste de Koza. Aux dernières nouvelles, les échos des tensions liées au non-respect des contrats entre les «candidats mercenaires» et leurs clients se font déjà entendre ici et là dans les arrondissements de Mozogo et de Koza.

Mercenaires 

L'affaire est en tout cas si intrigante que les services de police à Mokolo ont ouvert une enquête et commencé à entendre quelques suspects, qui ne se laissent pas compter pour passer à table. L'enquête entend aussi élucider l'attitude des surveillants de salles dans ce sous-centre, accusés qu'ils sont d'avoir donné un précieux coup de main aux candidats. «Tout cela doit être sérieusement examiné. Il se dégage qu'il a été mis sur pied des stratagèmes pour brouiller les critères de désignation des surveillants et aider les candidats.

Par exemple, des professeurs se sont retrouvés en train de surveiller les épreuves des matières qu'ils enseignent afin de donner un précieux coup de pouce aux candidats. Pourquoi tout cela a-t-il été fait ? Pour deux choses il me semble : avoir un taux de succès élevé, et aussi pour de l'argent», indique une source policière. En attendant, élèves et parents restent dans l'expectative, les yeux dans le vide.

Chez les élèves qui ne se reprochent de rien, c'est la consternation. Ils avouent payer pour des crimes qui leur sont totalement étrangers. Même attitude chez les parents qui voient pointer la nouvelle année scolaire à l'horizon sans savoir de quoi demain sera fait. «L'office du bac veut juste vérifier une situation qui sera rétablie d'un moment à l'autre. D'ailleurs, le responsable du collège adventiste de Koza, qui nous a saisi par écrit et certaines personnes sont conviés à mon bureau dans le cadre de l'enquête», tente de rassurer le délégué régional des Enseignements secondaires pour l'ExtrêmeNord, Mahama Mahama. Pas si sûr que cela apaise les esprits, d'autant plus que le proviseur du lycée de Mozogo, Sali Gabriel, n'est guère plus explicite sur les raisons du retard de la publication des résultats de l'examen probatoire dans le sous-centre de Mozogo.

«En dehors des élèves de la série Espagnol, les autres candidats sont déjà en possession de leurs résultats. Vous savez qu'il suffit à chaque candidat de saisir l'OBC pour recevoir ses résultats par SMS; donc les résultats de certains candidats sont déjà disponibles, sauf ceux de la série dont je vous ai parlé. Tous les bordereaux sont en cours d'acheminement, et les résultats seront rendus publics dans quelques jours», renseignet-il au téléphone. Sur place pourtant, les élèves affirment ne disposer d'aucun résultat. En tout cas, cette affaire met en lumière le malaise du système éducatif dans le département du Mayo-Tsanaga, lequel appelle de la part du ministre des Enseignements secondaires des mesures fortes.

«Nous ne sommes pas des tricheurs et nous ne voulons pas que nos enfants réussissent par la tricherie», souffle Mahama, parent d'un candidat à Mozogo. Et l'intéressé de pointer du doigt les faiblesses du ministre des Enseignements secondaires. «Il laisse tout faire. Depuis l'affaire des dons aux élèves déplacés, il se devait de sévir. 90% des proviseurs de ce département sont des pourris et là, je ne parle que de ce que je connais. La politique a tout tué dans ce pays, parce que certains proviseurs, au motif qu'ils appartiennent au Rdpc comme lui et plus est encore quand ils siègent au comité central du Rdpc, se croient tout permis. L'école ne connaît pas la politique. Si le ministre a peur de ses camarades de parti et refuse de sévir, alors qu'il porte la responsabilité de nos échecs», prévient le retraité.

Jean Ernest Ngallé Bibehé est prévenu. Nul doute qu'il scrutera de près le rapport de son proche collaborateur, Mbambi Emmanuel, qu'il a dépêché dans ce département il y a quelques jours dans le cadre du détournement des dons du chef de l'Etat qui éclabousse nombre de chefs d'établissements de cette unité administrative de l'Extrême-Nord.

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