17 Août 2017

Tunisie: Impliquer les compétences établies à l'étranger

On parle désormais de la troisième et de la quatrième générations d'émigrés avec lesquelles le contact doit être permanent en utilisant les supports de communication et d'administration électroniques

La Tunisie, qui ne dispose pas d'assez de ressources naturelles, est fière de ses compétences sur lesquelles l'Etat compte beaucoup pour relever les défis socioéconomiques. En effet, ces compétences, qui ont accumulé des années d'expérience, sont en mesure de contribuer efficacement à l'édification de la nouvelle Tunisie. Lors de son allocution prononcée à l'ouverture de la conférence sur « la recherche et l'innovation-Tunisie 2030 : vers les nouvelles technologies et les secteurs porteurs », M. Youssef Chahed, chef du gouvernement, a indiqué que les compétences établies à l'étranger sont invités à participer efficacement au développement de leur pays. D'ailleurs, une stratégie nationale relative aux compétences tunisiennes résidant à l'étranger est en cours d'élaboration.

Selon l'orateur, la Tunisie compte plusieurs compétences en mesure de jouer un rôle de premier ordre si l'occasion leur est offerte. «La Tunisie regorge aujourd'hui de jeunes compétences capables de lui décrocher une meilleure place dans le système mondial de l'économie immatérielle si elles disposent des ressources nécessaires», a-t-il souligné. Les structures et organismes concernés, y compris les PME, sont appelés a préparer les conditions propices pour permettre à ces compétences d'innover et de créer dans le cadre de la compétitivité de l'économie et la promotion de l'enseignement et de la recherche. Il s'agit aussi, selon le chef du gouvernement, d'effectuer les réformes nécessaires en privilégiant un modèle de développement durable.

Tirer profit des nouvelles technologies

La Tunisie est le seul pays arabe à avoir signé avec l'Union européenne une convention de partenariat relative à la recherche et au développement dans le cadre du projet horizon 20/20. A la faveur de cette convention qui a mobilisé 80 milliards d'euros, les chercheurs et universitaires tunisiens peuvent développer leurs recherches et tirer profit des nouvelles technologies des grandes institutions européennes.

Par ailleurs, le chef du gouvernement a mis en exergue le transfert de l'argent par les Tunisiens établis à l'étranger et qui ont atteint en 2016 une valeur de 4 milliards de dinars. L'objectif fixé pour 2020 est de porter ce transfert à 7 milliards de dinars. « Mais on espère que les fonds transférés ne vont pas à la consommation mais à la création de projets et à l'épargne », recommande l'orateur. On compte actuellement plus de 8.000 Tunisiens cadres (ingénieurs, médecins, avocats) qui travaillent à l'étranger. Le dialogue avec eux doit être permanent, tout en les encourageant à transférer leur expérience pour le bien de l'économie nationale.

Ces compétences doivent être impliquées dans les projets nationaux en ancrant l'esprit de patriotisme et en donnant une place de choix aux principes du travail. M. Youssef Chahed a rappelé que le plan de développement 2016/2020 consacre l'économie à contenu technologique encourageant l'innovation et la créativité. Il s'agit aussi d'accroître les exportations qui se distinguent par leur contenu à haute technologie. Il a appelé à la valorisation des résultats de la recherche d'autant plus que l'on constate une certaine faiblesse au niveau de la mise en œuvre de certaines décisions. Pourtant, le gouvernement a tenu à ce que les Tunisiens établis à l'étranger participent aux projets d'une façon durable et non conjoncturelle. Il va mettre en œuvre lesdites décisions tout en créant des équipes de travail qui seront chargées de concevoir la nouvelle Tunisie.

Site d'attraction des compétences

Le chef du gouvernement a émis le vœu de voir la Tunisie devenir un pays fabricant de la technologie et non seulement consommateur. L'espoir consiste aussi à faire de notre pays un site d'attraction des compétences et non pas un facteur de fuite de celles-ci vers les pays étrangers. La conférence sur la recherche et l'innovation constitue un point de départ pour la conception de nouvelles stratégies de développement à forte employabilité impliquant les Tunisiens à l'étranger.

De son côté, M. Khemais Jhinaoui, ministre des Affaires étrangères, a rappelé l'importance de la conférence qui s'intéresse aux Tunisiens établis à l'étranger. Ces derniers sont appelés à contribuer au développement du pays. La conférence annuelle des missions consulaires a émis plusieurs recommandations dont celle qui concerne la nécessité d'impliquer les Tunisiens résidant à l'étranger dans le développement. Il s'agit, de même, de favoriser à l'étranger le rayonnement de la Tunisie où la dimension démocratique est consacrée. Dans un monde marqué par des perturbations et le terrorisme, l'émigration est confrontée à des problèmes.

La Tunisie est l'un des pays qui a envoyé des émigrés pour contribuer à l'édification de l'Europe. Notre pays a été privé de certaines compétences qui ont préféré rester dans les pays d'accueil comme la France, la Suisse et l'Italie avec qui nous avons enregistré des expériences réussies dans le domaine. On parle désormais de la troisième et de la quatrième génération d'émigrés et avec lesquelles le contact doit être permanent en utilisant les supports de communication et d'administration électroniques.

Mieux encore, le ministère des Affaires étrangères a élaboré une base de données sur les compétences à l'étranger, à savoir, entre autres, les cadres, hommes d'affaires, sportifs d'élite... Le ministre a évoqué aussi la convention de partenariat dans le domaine de la recherche et l'innovation avec l'Union européenne « horizon 20/20 » qui ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche. Aussi, dans le cadre du plan 2016/2020 un projet de loi a été élaboré avec la participation des intervenants concernés avant sa mise à la disposition d'un Conseil des ministres.

L'orateur a insisté sur l'importance de la diplomatie économique impliquant des compétences tunisiennes avec qui les canaux du dialogue seront ouverts. L'objectif est d'améliorer la compétitivité de notre économie grâce à l'apport de cette catégorie professionnelle. On pense même créer une structure chargée des Tunisiens à l'étranger ainsi qu'une base de données y afférente. L'idée est de créer un réseau regroupant les compétences et spécialistes des Tunisiens hors des frontières. Il s'agit d'exploiter au mieux les connaissances cumulées par ces derniers et d'apporter le plus à la Tunisie.

Le taux d'émigration a évolué

Pour sa part, M. Mohamed Trabelsi, ministre des Affaires sociales a recommandé une meilleure implication des compétences tunisiennes à l'étranger dans le cadre d'un partenariat. Se référant à une étude de la Banque mondiale, l'orateur a indiqué que le phénomène de l'émigration des compétences vers les pays du Nord a connu une évolution sensible, et ce, depuis 2013. Un rapport d'une instance arabe a également confirmé cet état de fait. La Tunisie a été considérée ainsi comme un pays qui chasse les compétences. D'où la nécessité d'opter pour une nouvelle approche permettant à ces compétences d'alimenter le pays par leurs connaissances et leurs expériences. D'autant plus que l'Etat dépense des sommes faramineuses pour l'enseignement et la formation. Les compétences tunisiennes ont permis aux pays dans lesquels ils travaillent de réaliser des bénéfices et un taux de croissance positif.

Cette situation doit profiter à la Tunisie en impliquant davantage ces compétences dans l'effort national de développement. Un effort a été déployé par l'Observatoire national de l'émigration qui dispose d'une base de données à mettre à jour. Il n'a pas été possible au cours des dernières années de mettre en place une stratégie nationale claire destinée à tirer profit de ces compétences établies à l'étranger. Le ministère des Affaires sociales est conscient de sa responsabilité envers ce dossier et a déjà élaboré une vision et des études prospectives pour les deuxième et troisième générations d'émigrés.

Dans le même ordre d'idées, M. Slim Khalbous, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a indiqué que la Tunisie compte 40 centres de recherche ainsi que des universités publiques et privées et près de 700 structures de recherche et 22 mille enseignants et chercheurs repartis à travers tout le pays. L'objectif est d'établir des relations avec les compétences tunisiennes à l'étranger en favorisant l'innovation. Le dispositif mis en place se distingue par des points forts et des points faibles. L'un de ces points forts est la disponibilité des ressources humaines d'un niveau de compétence très élevé. La Tunisie publie la moitié des publications scientifiques dans le monde arabe et se classe première en Afrique. Cependant, les insuffisances concernent la gouvernance bureaucratique ainsi que la petite taille des structures de recherche. En outre, le financement de la recherche est insuffisant et non diversifié. Les privés ne contribuent qu'à hauteur de 5% dans ce financement.

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