18 Août 2017

Congo-Kinshasa: Meurtre de deux experts onusiens - Washington exige une « enquête complète »

Photo: Photo MONUSCO/Myriam Asmani
Vue aérienne de la ville de Kananga dans la province du Kasaï-Central de la RDC (archives).

Le dernier rapport des Nations unies sur la RDC, rendu public le dimanche 13 août et présenté le mardi 15 août 2017 au Conseil de sécurité, n'est pas du goût des Etats-Unis. Concernant l'assassinat en mars dernier dans le Kasaï de deux experts, Washington pense que ce rapport n'a pas bien élucidé des zones d'ombre. Pour les Etats-Unis, seule une « enquête complète », effectuée loin des regards de Kinshasa, peut permettre d'élucider cette énigme. Sur ce point précis, Washington ne transige pas.

Les Etats-Unis n'ont pas trouvé satisfaction dans le rapport rendu public le 13 août 2017 par les quatre experts des Nations unies qui ont travaillé sur la République démocratique du Congo.

Si ce rapport a tenté d'élucider l'énigme qui continue à entourer le meurtre en mars 2017 de deux experts des Nations unies dans l'espace Kasaï, Washington estime que bien des zones d'ombre subsistent encore. Les Etats-Unis, dont l'un des ressortissants, en l'occurrence Michael Sharp, est compté parmi les victimes de cet ignoble assassinat n'attend donc pas abandonner.

Contre la volonté du gouvernement congolais, qui n'adhère pas à l'option d'une enquêté internationale, actionnée loin de ses regards, Washington a un point de vue tout à fait opposé.

Pression tous azimuts

Au regard de premiers éléments d'informations recueillis par les quatre experts des Nations unies, Washington privilégie plutôt l'option d'une « enquête complète » sur le meurtre de deux membres onusiens dans le Kasaï. Hier jeudi au Conseil de sécurité, le sujet a été sur la table des discussions. Et Nikki Haley, représentante des Etats-Unis aux Nations unies n'est pas allée par quatre chemins. Il a soutenu mordicus que Washington ne lâchera pas cette affaire tant qu'il n'est pas convaincu d'avoir enfin touché la vérité. Une position qui met une fois de plus en difficulté le pouvoir en place à Kinshasa.

Présent au débat organisé au sein du Conseil de sécurité, le chef de la diplomatie congolaise, Léonard She Okitundu, a eu du mal à se défendre. Ce dernier a réfuté la nécessité d'une enquête internationale indépendante, comme pourtant recommandé dans un rapport de l'ONU. « Mon gouvernement juge inopportun la mise en place d'une telle enquête ». Les autorités congolaises « collaborent déjà avec des mécanismes des Nations unies (et) les pays d'origine de deux victimes », a-t-il déclaré, suivant des propos relayés par l'AFP.

Quoiqu'il en soit, sur la situation dans le pays, Mme Haley a menacé Kinshasa de nouvelles sanctions onusiennes « si des progrès ne sont pas faits en matière de paix et de stabilité pour le peuple congolais ».

A Washington, on estime que rien n'a encore été dit autour du meurtre de deux onusiens dans le Kasaï, dont un ressortissant des Etats-Unis. Pressé par son opinion publique, Washington a donc tapé su point sur la table. Il a exigé hier jeudi vouloir "une enquête complète" de l'ONU pour faire toute la lumière sur ce double assassinat.

« Les meurtres des experts de l'ONU - Michael et Zaïda qui ont risqué leur vie pour aider celle d'autres - ne peut s'achever dans une procédure bureaucratique », a souligné Nikki Haley dans son intervention. « Nous continuons d'avoir besoin d'une enquête complète sous l'autorité du secrétaire général sur les évènements liés à leur mort et une mise en responsabilité des auteurs ».

A en croire l'AFP, ce communiqué a été diffusé alors que se tenait une réunion du Conseil de sécurité sur la RDC, en présence des familles de victimes et du ministre congolais des Affaires étrangères.

Human Rights Watch redoute Kinshasa

De son côté, Human Rights Watch a exprimé toutes ses réserves sur la sincérité du gouvernement de la RDC. «Le Conseil de sécurité et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, doivent assumer la responsabilité d'établir la vérité sur la mort de deux experts. Les conclusions du comité d'enquête n'étant pas concluantes, il incombe désormais à M. Guterres d'agir. Puisque les forces de sécurité congolaises sont peut-être responsables des assassinats, on ne peut se fier au gouvernement congolais pour trouver les tueurs. M. Guterres devrait mettre en place une enquête des Nations unies pour faire toute la lumière et aider les autorités américaines et suédoises dans leurs efforts pour constituer des dossiers contre les responsables de ce crime odieux», a déclaré hier jeudi 17 août Ida Sawyer, directrice pour l'Afrique centrale à Human Rights Watch, dans un communiqué, largement relayé sur la toile.

L'assassinat de deux experts des Nations unies en mars dernier dans le territoire meurtri du Kasaï reste toujours un grand mystère. A ce jour, les Nations unies disposent de deux rapports, l'un de juin fait par des experts de l'ONU, l'autre d'août réalisé par des enquêteurs onusiens. Le premier évoque un "guet-apens prémédité" sans exclure l'implication des membres de la sécurité d'Etat. Le second parle d'un crime commis par des miliciens et réclame des investigations complémentaires pour identifier formellement les auteurs des meurtres.

Menée en RDC, « l'enquête a permis d'identifier seize suspects, neuf sont aux arrêts », a fait valoir le chef de la diplomatie congolaise, en répétant que « la justice congolaise collaborait avec l'ONU ». « Les auteurs de ces crimes seront sévèrement sanctionnés », a-t-il promis, en précisant que son pays avait accepté une coopération avec les autorités suédoises comme celle déjà en cours avec la police fédérale américaine (FBI).

A l'instar des Etats-Unis, plusieurs membres du Conseil de sécurité, dont la Suède et la France, ont réclamé de "faire toute la vérité" sur le double meurtre et d'avoir "plus d'investigations", et demandé à la RDC de coopérer "pleinement avec l'équipe d'experts internationaux".

Les violences qui impliquent miliciens, soldats et policiers au Kasaï ont causé depuis un an la mort de plus de 3 000 personnes, d'après des chiffres rassemblés par l'Eglise catholique, et environ 1,4 million de personnes ont fui leurs foyers dans cette région, selon l'ONU.

Dans son dernier rapport, les experts dépêchés en RDC ont formulé une série de recommandations tant au gouvernement congolais qu'au Conseil de sécurité des Nations unies (Lire en encadré).

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