18 Août 2017

Togo: Samedi périlleux - Le ministre de la sécurité n'exclut pas des échanges de tirs

Photo: Républicoftogo
Un canon à eau de la gendarmerie en intervention

A l'initiative du jeune Parti National Panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, une série de manifestations synchronisées est prévue dans plusieurs localités du Togo, et dans la diaspora. Seulement le ministre de la sécurité prévient que si ces éléments essuient de coups de feu, ils répliqueront. Signe de la tension qui entoure l'organisation de ces manifestations.

Le Togo retient son souffle à la veille d'un samedi périlleux. Plusieurs manifestations sont prévues simultanément à Lomé, dans plusieurs autres préfectures et dans la diaspora. Le Parti national Panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam entend mettre la pression sur le pouvoir afin de l'amener à rétablir la Constitution de 1992 qui prévoyait, entre autres, la limitation de mandat présidentiel à deux.

Cette constitution, votée massivement lors d'un référendum en 1992, a été modifiée dix ans plus tard, en 2002, par le régime au pouvoir, qui a profité de l'absence de l'opposition à l'Assemblée pour sauter le verrou de la limitation des mandats. Gnassingbé Eyadema qui était au pouvoir depuis 1967, avait pourtant donné sa « parole de militaire » de quitter le pouvoir en 2003, soit à la fin d'un énième mandat à la tête du Togo. Seulement Avec la modification un an plus tôt de la constitution par une Assemblée totalement acquise à lui, il s'est de nouveau présenté à l'élection présidentielle de 2003. Il a été, sans surprise, déclaré gagnant, à l'issue d'une élection contestée par l'opposition.

Ce énième mandat, sera celui de trop. Il n'en jouira que deux ans. Début février 2005, Gnassingbé Eyadèma meurt au pouvoir. Son fils Faure, reprend le pouvoir, dans la violence. Les Nations Unies ont dénombré au moins 500 morts dans les violences consécutives à son élection contestée. Sous la pression, Faure Gnassingbé s'engage, en 2006, dans un Accord Politique Global (APG) à opérer une série de réformes constitutionnelles et institutionnelles (y compris un retour à la limitation de mandat) pour favoriser l'ouverture démocratique et l'alternance au pouvoir. Plus de dix ans après, rien n'y fit. Au contraire, en 2015, il s'oppose, en compagnie de la Gambie de Yaya Jammeh, à un projet de réformes au niveau des pays de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui devrait intégrer la limitation des mandats à deux dans la zone.

En 2017, les Gnassingbé, du père au fils, ont bouclé un demi-siècle de pouvoir sans partage à la tête du Togo. Toutes les institutions sont caporalisées dans ce pays tenu par la peur et une forte influence militaire. Et il ne fait désormais plus l'ombre d'aucun doute que Faure Gnassingbé n'est pas près de quitter le pouvoir. Et son règne se présente comme une aventure sans fin, lui qui, à 50 ans, est déjà le doyen des présidents de toute l'Afrique de l'Ouest.

Le Togo c'est aussi 30 ans sans élections locales, et les municipalités sont gérées depuis autant d'années par des membres de parti ou coalition au pouvoir.

C'est pour le contraindre à quitter le pouvoir que l'opposition multiplie les meetings et manifestations dans le pays. Après une marche le 03 août dernier organisée par la coalition portée par le parti leader de l'opposition, l'Alliance nationale pour le Changement, le Parti national panafricain de Tikpi Atchadam aussi a annoncé une série de manifestation dans le pays. L'ampleur que ce parti entend donner à ses manifestations inquiète le pouvoir. Le ministre de l'Administration territoriale et son collègue de la sécurité ont organisé jeudi 17 août à Lomé une conférence de presse pour exiger que les organisateurs se plient à des itinéraires à eux fixés par le gouvernement, soupçonnant qu'ils veuillent « bloquer le pays jusqu'au départ du président ». Inacceptable pour ces deux ministres. Yark Damehame, tristement célèbre ministre de la sécurité, a particulièrement tenu des propos que certains ont qualifiés d'« outranciers ». Ce colonel de gendarmerie est allé jusqu'à prévenir que si des coups de feu sont tirés par des manifestants, ses éléments vont répliquer « proprement ». Et pourtant, jamais manifestants de l'opposition n'ont fait usage d'armes à feu au Togo, quoi qu'en face, il est de notoriété publique que les répressions sont souvent sanglantes et meutrières.

A la suite des interventions des membres du gouvernement, les Tikpi Atchadam et les siens ont réitéré leur volonté de suivre leurs trajets initiaux, rassurant qu'il s'agira bien de manifestations « pacifiques » et « non-violentes ».

Y aura-t-il des échanges de tir au Togo ce samedi? Peut-être pas. Cependant il n'est pas exclut que cela serve d'argument pour un éventuelle répression particulièrement violente des manifestations.

En savoir plus

Annulation en cascade d'évènements publics prévus pour samedi et dimanche

L'interrogation en surtitre de cet article fait allusion à la marche du PNP prévue pour demain à… Plus »

Copyright © 2017 This is Africa. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.