20 Août 2017

Burkina Faso: Décès Salif Diallo - Roch, premier des orphelins

Photo: fasozine
Salifou Diallo, président du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) et également président de l’Assemblée nationale du Burkina Faso, a tiré sa révérence ce 19 août à Paris. Pour bon nombre de personnalités du pays, c’est une grande perte pour la Nation.

Ses condisciples du lycée à Ouahigouya l'appelaient Pablo, plus tard ses camarades de la révolution le surnommèrent Gorbatchev. Salifou Diallo est mort le 19 août 2017 à 60 ans dans un hôtel parisien.

Sans crier gare à l'exact opposé de ce que fut sa vie politique on ne peut plus tumultueuse. Certes il ne s'est jamais tout à fait remis de la rupture d'anévrisme dont il avait été victime il y a plus de dix ans alors qu'il était le ministre de l'Agriculture de Blaise Compaoré, mais c'était loin d'être le grabataire dont on sentait la mort prochain.

Après quelques jours de vacances en Tunisie et en France dont il a profité pour son habituel bilan de santé, il devait même, selon ses proches, écourter son voyage à cause de l'attaque d'Aziz Istanbul et rentrer le samedi 19 août 2017.

Le destin, son destin, en a décidé autrement. Avec lui disparait un des acteurs majeurs de la scène politique nationale et même sous-régionale de ces trente dernières années.

De son long compagnonnage avec Blaise à leur rupture, d'abord provisoire ( suite à son éviction spectaculaire du gouvernement Tertius Zongo le 24 mars 2008 suivie de son « exil » à l 'ambassade du Burkina à Vienne, puis définitive avec la création du MPP , à l'insurrection populaire d'octobre 2014 et son élection à la présidence de l'Assemblée, beaucoup garderont de lui l'image d'un grand bosseur doublé d'une véritable bête politique au sens de l'anticipation inégalable et qui savait être impitoyable ; à la fois crainte et respectée autant par ses fidèles que par ses adversaires internes et externes .

Une sorte de « diable boiteux » ainsi qu'on parlait de Talleyrand(1) dont on louait à la fois le génie politique, le pragmatisme et le côté visionnaire tout en redoutant son machiavélisme à tout crin. Ne l'a-t-on pas dépeint récemment comme le deus ex machina de la colère populaire instrumentalisée à souhait qui a fini par emporter son mentor ?

Une personnalité donc aux yeux de bon nombre de Burkinabé, capable et coupable de tout, à qui on imputait à tort ou à raison les basses œuvres de la République sous le régime Compaoré.

Ces derniers temps, certaines voix, notamment celles de Soumane Touré et d' Hervé Ouattara, enjoignaient littéralement à la justice d'entendre, voire d'inculper, celui qui en savait plus qu'il ne disait sur des dossiers tels Dabo Boukary, Thomas Sankara et quelques autres petits et grands secrets de l'ancien système qu'il a servi , parfois avec, disons, entrain. La boîte noire se sera finalement refermée avec ses énigmes.

La vérité est qu'un Etat et un parti au pouvoir ont toujours besoin, pour faire le sale boulot, de ce genre d'éboueurs qui n'ont pas peur de se salir les mains quand tant d'autres se calfeutrent, bien au chaud et à l'abri des coups , dans la jouissance des privilèges que procure l'exercice du pouvoir sans en payer la rançon. On l'aimait ou ne l'aimait pas, mais il était entier.

Ainsi était Salif avec , comme tout mortel, sa part d'ombre. Et c'est ce Salif-là qui va manquer à son parti, à l'Assemblée et à l'Etat même si nul n'est irremplaçable. Car lui avait la légitimité historique, les réseaux, les moyens et le courage physique pour s'imposer et tenir son petit monde, et avec sa disparition, le président Roch Marc Christian Kaboré, premier des orphelins s'il en est, est désormais à découvert face à des syndicats volontiers grincheux qui veulent à la fois le beurre, l'argent du beurre et même le c... de la bergère ainsi qu'à une opposition dont le disparu troublait le sommeil et qui vient de perdre, là, son meilleur adversaire. C'est cynique, mais l'enfant terrible du Yatenga décédé, les contempteurs du nouveau pouvoir ont « perdu » un fin manœuvrier qu'ils ne vont pas regretter outre mesure. Ceux à qui vont profiter la prochaine redistribution, au sein du parti majoritaire et de l'hémicycle, des cartes ainsi rebattues sauront-ils être à la hauteur de leurs pêchés comme savait l'être Gorba ?

Récemment, avant d'effectuer ce voyage du non-retour, il confiait à quelque visiteur du soir qui s'inquiétait de sa santé qu'il accompagnerait et aiderait le président à réussir son mandat, après quoi, jurait-il, il prendrait sa retraite politique après 2020. « Il faut savoir partir pendant qu'il est temps », avait-il lâché un rien prémonitoire même si, ce disant, il ne pensait sans doute pas à la Faucheuse.

Tout bien pensé, même s'il va beaucoup manquer à ses familles biologique et politique, il se sera peut-être éclipsé au bon moment. Humainement d'abord sans avoir à traîner une maladie invalidante, politiquement ensuite parce qu'il était revenu, après une traversée du désert longue comme un septennat, au summum de sa gloire et de sa puissance. Pouvait-il rêver meilleure sortie de la scène que les obsèques nationales auxquelles il aura droit à partir de mercredi quand son ancien patron, lui, subit les affres de l'exil forcé après avoir quitté les affaires par la plus petite des portes?

Salut, l'artiste... de la politique

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