21 Août 2017

Congo-Brazzaville: Pointe-Noire - Un tour au tribunal des affaires de sorcellerie de Mvoumvou

Située en plein quartier Mvoumvou dans le second arrondissement de Pointe-Noire, en République de Congo, le tribunal traditionnel de Mvoumvou, long de 16 mètres sur 9,5 mètres de large, existe depuis plus d'une trentaine d'années. On y traite des questions dites de sorccellerie.

Comme décor, des statuettes gardiennes du temple qui rappellent justement la tradition, des tableaux représentant le royaume Loango, et même, plus curieux, une image censée représenter le Christ.

Nous sommes au tribunal traditionnel de Mvoumvou.Le président du jury, Jean-Baptiste Hyoyo, septuagénaire, est un personnage respecté et craint à la fois dans les milieux traditionnels vilis, ethnie majoritaire à Pointe-Noire.

A la tête de cette institution depuis 1982, il a su lui donner au fil des ans, une réputation qui va au-delà des frontières ponténégrines.

Deux jours par semaine à savoir jeudi et dimanche, à Mvoumvou, les audiences foraines se tiennent et une quinzaine d'affaires est traitée par audience.

Son jury est composé de 4 membres dont lui-même. Une sonnette en guise de marteau pour le rappel à l'ordre et le silence dans la salle, le ton est ainsi donnée pour la lecture de la première plainte par le greffe principal.

Aujourd'hui, la première affaire concerne une famille qui s'entredéchire. Et pour cause, l'un des fils âgés de 9 ans, reconnais être sorcier et avoir acquis ses pouvoirs de la part de sa tante paternelle et son cousin, tous deux présents à l'audience.

Le jeune enfant est accusé et avoue être la source du malheur qui s'abat sur sa famille car il désire voir son père mourir, et lui-même a failli se suicider par pendaison, sur instruction mystique de sa tante :

« J'ai eu la sorcellerie par un gâteau que m'avait donné mon cousin. Après ça, j'ai eu un second pouvoir qui a amplifié mon autorité et je peux désormais me rendre aux réunions nocturnes. C'est tantine Gertrude et y a Jeanis qui me donnent des ordres pour nuire à mon père ».

Le décor est ainsi planté pour cette première affaire. Le président du Tribunal de Mvoumvou, appelle à la barre, tour à tour, Mme Gertrude incriminée, sieur Jeanis, le père du petit garçon et sa mère.

Tous passent et détaillent des affaires de morts bizarres survenues dans la famille, les maladies diverses auxquelles ils font face et exigent que réparation soit faite.

Chacune des parties se défend à sa façon. Murmures et chuchotements dans la salle prouvent à suffisance que les dires des uns et des autres trouvent ou pas l'assentiment de l'assistance.

Au bout de plaidoiries et délibérations qui se tiennent en général en vili et kituba (langues locales), le président du Jury tranche, dans un mélange de vili, kikongo (langues locales) et du français :

« Accusé, vous devez verser 25.000 CFA, soit 50USD comme Amende, famille plaignante, 25.000 CFA soit 50USD, et le reste, ce sera au jury de le faire, soit aveugler désormais le petit enfant afin qu'il ne puisse plus voir ce qui se passe dans le monde nocturne, et lui couper ses ailes afin qu'il ne s'envole plus ».

Les protagonistes sortent de la salle pour un consensus, le verdict du tribunal les ayant arrangés.

Pour Jean-Baptiste Hyoyo, la sorcellerie est un pouvoir inné mais qui peut s'apprendre ou encore s'acquérir.

« La sorcellerie est une science comme toutes les autres sciences mais elle est compliquée et difficile à expliquer.

Nous avons des avions, des bus, des maisons, des téléphones, bref tout ce qu'il faut dans notre monde, seulement, cela n'a pas pu être développé pour que le commun des mortels le voie à l'œil nu.

Je peux me rendre à Paris le matin et revenir la soirée sans avoir à passer autant d'heures dans un avion normal ».

Selon lui, ce tribunal reconnu par l'Etat, est là pour régler les différends entre familles et parents. L'ouverture d'un dossier à ce tribunal de Mvoumvou est facturé à 10.000 CFA, soit environ 18USD, et si jamais le tribunal fait face à des récalcitrants qui ne veulent pas répondre à ces convocations, il fait recours à la force publique qui est la police nationale qui se charge de les amener afin de répondre présents aux audiences et aux griefs portés contre leurs personnes.

Les personnes accusées et reconnues coupables au sein de ce tribunal peuvent payer jusqu'à 200.000 CFA, soit environ 400 US d'amende. Ce genre d'affaires, ne seront jamais référée au civil ou au pénal.

Paradoxe difficile à expliquer lorsque l'on sait que, au Congo, les accusations de sorcellerie au pénal ou au civil sont passibles de peines diverses car ne pouvant être prouvées physiquement.

Avec près de 200 dossiers traités par mois, Jean -Baptiste Hyoyo prépare déjà sa relève, en initiant petit à petit les jeunes qui l'accompagnent dans cette tâche.

Congo-Brazzaville

PABPS - Le budget 2018 fixé à plus de trois milliards FCFA

Au terme d'un conseil d'administration, tenu le 16 novembre dans la capitale, le budget exercice 2018 du port autonome… Plus »

Copyright © 2017 This is Africa. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.