22 Août 2017

Burkina Faso: Abdoulaye Mosse - « Nous devons assumer notre passé d'anciens tuteurs de terroristes »

interview

Elu député sous la bannière du parti présidentiel, le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès), dont il est le secrétaire national chargé des organisations de la société civile, Abdoulaye Mossé est notre invité de ce Mardi Politique. Avec lui, nous abordons, essentiellement, la disparition du président de l'Assemblée nationale et la question de sa succession politique, ainsi que celle de l'attentat du 13 août dernier en plein cœur de Ouagadougou.

L'Assemblée nationale vient de perdre son président, Salifou Diallo. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris le décès du combattant Salifou Diallo qui était le président de l'Assemblée nationale et également le président du MPP.

Que retenez-vous de l'homme ?

La première qualité du président Salifou Diallo est son courage. Pour avoir été responsable à la jeunesse du MPP, j'ai travaillé étroitement avec lui avant la création du parti et ce jusqu'à ce samedi 19 août 2017.

J'avais des dossiers de mon secrétariat à lui soumettre avant son voyage et il m'a promis une séance de travail qui devrait avoir lieu hier, lundi 21 août 2017. Il ne cessait de parler du peuple, du paysan, de l'ouvrier, bref de la majorité du peuple.

Quel impact cette disparition peut-elle avoir sur la vie du parti ?

Il est indéniable que le moral des militants sera sérieusement affecté et sa disparition laisse un vide qui va nécessiter un travail titanesque à boucher.

Selon vous, quel est le profil de l'homme qui pourrait le remplacer ?

Je crois qu'au sein du parti, la préoccupation actuelle reste et demeure la célébration des obsèques de notre président défunt.

Nous sommes toujours dans les pleurs, car nos cœurs sont meurtris. Donc, l'heure n'est pas pour le moment du genre « quel profil d'homme va le remplacer ?».

Il s'agit pour nous de garder cette même cohésion, cette union sacrée qui nous a toujours guidés afin de rendre hommage à notre illustre disparu. Ce qui est certain, il aura un remplaçant. Car notre parti est un grand parti qui a, en son sein, tous les profils et toutes les qualités.

Mais qui, selon vous, tient les cordes pour lui succéder à la tête de l'Assemblée nationale ?

Comme je vous l'ai dit tantôt, l'heure est aux obsèques. A l'issue de cela, on pourra parler de son successeur à la tête de la Représentation nationale.

En tous les cas, nous gérons les affaires avec une coalition de partis politiques regroupés au sein de la majorité. Je pense que cette même coalition se retrouvera au moment venu et les résultats, vous les verrez.

D'aucuns soutiennent que sa disparition compromet les chances du MPP à la présidentielle de 2020. Qu'en dites-vous ?

A mon avis, s'ils étaient de vrais professionnels politiques, ils devraient remporter en 2015 les élections. Nous avons le bénéfice de la confiance des électeurs avec nous et en plus de nos acquis d'ici 2020, je pense également que c'est le rêve qui donne l'espoir. Donc, ils peuvent continuer à rêver.

Des RSS, de qui vous sentez-vous le plus proche ?

A ce stade, je suis plutôt consterné par cette perte brutale que par des questions de proximité. En réalité, je me sens plus proche des populations que des trois.

L'actualité nationale a été également marquée par l'attentat du 13 août dernier contre le café-pâtisserie Aziz Istambul. Comment avez-vous vécu cela ?

Comme tous les Burkinabè, j'ai été choqué par cette barbarie ignoble et lâche. Je profite d'ailleurs de vos colonnes pour présenter mes condoléances aux familles des victimes, souhaiter prompt rétablissement aux blessés.

Je saisis également l'opportunité qui m'est offerte pour saluer la bravoure de nos Forces de défense et de sécurité (FDS) qui, avec les moyens du bord, ont su donner la réplique à ces hommes sans foi ni loi.

Cet attentat s'est produit presqu'au même endroit que celui de janvier 2016. Pensez-vous que cela était évitable ?

Les assaillants cherchent à saper le moral des Burkinabè. Comme vous le savez, il s'agit d'une guerre asymétrique et j'ai confiance aux FDS qui vont s'adapter d'ici-là à leur mode opératoire.

Avez-vous une contribution pour une meilleure sécurisation de l'avenue Kwame N'Krumah en particulier et du pays en général ?

L'Avenue Kwame N'Krumah est une zone commerciale, administrative, gastronomique voire culturelle, eu égard à l'ambiance qui y règne. Donc, pour avoir une maîtrise sécuritaire, il va falloir une combinaison d'efforts entre les forces de défense et de sécurité et la population.

Il faudra noter que le risque zéro n'existe pas. Même les Champs-Elysée, à Paris, qui sont sous surveillance avec des caméras ultra-performantes ainsi que des sentinelles armées, ne sont pas épargnés.

Pour l'ensemble du pays, il faudra militariser tout le Nord en implantant deux bataillons militaires pour éviter un jour une attaque de colonne.

Nous devons regarder courageusement et assumer notre passé d'anciens tuteurs de terroristes qui assassinaient nos frères du Mali, et que ceux qui leur ont déroulé le tapis rouge sortent de leur silence.

Par ailleurs, il est temps d'opérationnaliser les pôles judiciaires sur les questions de terrorisme, pour mieux appréhender certains aspects du phénomène.

Lors des municipales de 2016, vous avez été interpellé par votre parti. Qu'en est-il exactement ?

Suite aux élections municipales de 2016, il y a eu effectivement des tentatives de diffamation concernant ma propre personne, surtout sur les réseaux sociaux. Pourtant, je me suis bien investi comme d'habitude lors de ces élections.

A la date d'aujourd'hui, aucune structure de contrôle du parti ni la direction du parti ne m'ont interpellé pour quoi que ce soit. Sinon, j'ai exécuté avec détermination toutes les missions que le parti m'a confiées.

D'ailleurs, la structure dont j'avais en charge la gestion, c'est-à-dire l'union nationale des jeunes du MPP, était la seule structure à recevoir une motion de félicitation lors du dernier congrès du MPP en mars 2017.

On dit de vous que vous êtes impulsif sur les bords. Qu'en dites-vous ?

Comme tout homme, personne ne peut prétendre être parfait. Moi, je suis inoffensif comme un agneau avec des griffes. C'est quand je suis contraint que je deviens offensif.

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