22 Août 2017

Gabon: Une coopérative veut assurer l'autonomie en production du Manioc

Longtemps dépendants de l'importation massive de manioc en provenance du Cameroun, du Congo et de la Guinée Equatoriale, les ménages gabonais pourraient bientôt consommer localement et à moindre coût le manioc produit par une coopérative installée dans le sud-est du pays.

Là-bas, une usine de transformation, proche des plantations, va rendre accessible sur les marchés le manioc, l'un des aliments de base des ménages gabonais.

Selon le ministère gabonais de l'Agriculture et du Développement rural, « actuellement le secteur agricole emploie environ 95 % de la population gabonaise, bien qu'il ne contribue qu'à 5 % du Produit intérieur brut (PIB). Les cultures vivrières sont les productions principales au Gabon. Le pourcentage de terres agricoles non cultivées est de plus de 20 millions d'hectares, d'où le potentiel réel pour de nouvelles cultures et une répartition équitable ».

Si les cultures vivrières au Gabon sont constituées principalement de manioc, de la banane plantain, de l'arachide, du Taro, de l'igname, de la patate douce et du maïs, leur production n'a jamais atteint le développement escompté pour satisfaire en totalité les besoins locaux, malgré un climat favorable pour l'agriculture, pratiquement semblable que celui des pays voisins, plus actifs dans le secteur agricole. Ainsi, la plupart des produits agricoles proviennent de l'étranger.

« L'objectif du gouvernement est de porter la contribution de l'agriculture à 20 % du PIB », selon le chef de l'Etat Ali Bongo Ondimba qui a inscrit la sécurité alimentaire au cœur de son projet de campagne électorale en 2009 et intitulé « Gabon vert », un programme destiné à conduire le Gabon à l'Emergence. « Cette ambition oblige donc le département de l'agriculture à revisiter les stratégies et à concevoir de nouveaux objectifs pour faire avancer le Gabon », a-t-il vanté.

La demande en manioc est là et l'engouement des agriculteurs du canton Kayié n'est pas en reste

« La demande en manioc est là et l'engouement des agriculteurs du canton Kayié n'est pas en reste », déclare Alexis Ndouna. Ainsi, loin d'attendre les promesses du gouvernement, sa coopérative, établie dans un village en voie de disparition, a fait renaitre l'agriculture. La Coopérative agricole de Kayié (Coopak) du village Kabaga-Bayi, qui était en voie de disparition, a regroupé plusieurs agriculteurs locaux pour animer un projet industriel innovant de culture biologique du manioc qui s'étendra sur plus de 5000 hectares cultivables, dans le Sud-Est du Gabon. Depuis, l'espoir renait grâce à une agriculture durable nécessitant que les acteurs se concentrent au cœur de leur métier qu'est la production agricole. Le fonctionnement de la Coopak s'adosse sur l'économie sociale et solidaire. « Unir les forces et chercher l'aide de nouveaux partenaires à travers une assistance technique novatrice, le conseil et l'implication des bailleurs de fonds, c'est ce que nous souhaitons », nous confie Alexis Ndouna, le coordinateur de ce projet durable qui aspire à trouver de nouvelles solutions à travers sa vision globale.

650 personnes impliquées en permanence dans la culture du manioc

La Coopak s'efforce de générer de la prospérité économique, de contribuer à la protection sociale et de mener une gestion durable de l'environnement. Ceci, pour assurer la création des valeurs réelles pour tous, sur le long-terme. C'est aussi un outil d'intégration et un réservoir d'emplois qui limite l'exode des villageois vers les grandes villes. A travers les activités agricoles, ce sont au minimum 650 personnes qui cultivent le manioc en permanence, un aliment essentiel dans la chaine alimentaire de bon nombre d'Africains. La Coopak produit, outre le manioc, le cacao, le café, l'igname, l'ananas, les arbres fruitiers, etc. « La coopérative est fondée sur une croissance responsable en matière de développement durable. Sa démarche est également d'exercer son métier de gestionnaire de la chaîne d'approvisionnement intégrée et transformateur de produits agricoles, d'ingrédients alimentaires et produits alimentaires de manière responsable envers l'environnement et les communautés locales », affirme Ndouna.

Sur les marchés locaux, le bâton de manioc est vendu entre 700 et 1000 francs CFA selon que l'on soit dans la capitale, Libreville ou en province. La production industrielle du manioc issue de la coopérative pourrait ramener le prix entre 300 et 400 francs CFA.

« L'objectif de la coopérative est de limiter les importations de certains produits agricoles. Avec l'ambition d'exporter dans la sous-région d'Afrique Centrale, dans un premier temps »

La marche vers l'autosuffisance alimentaire est encore longue

Le volume des importations alimentaires gabonaises s'élèvent de nos jours à plus de 300 milliards de francs CFA par an. « L'objectif de la coopérative est de limiter les importations de certains produits agricoles. Avec l'ambition d'exporter dans la sous-région d'Afrique Centrale, dans un premier temps », déclare Ndouna. Si la phase de transport des récoltes vers les villes est vue au Sud-Est du Gabon comme la plus importante à optimiser, la route pour l'écoulement des récoltes vers les grands centres urbains est une nécessité.

Le manioc est une plante vivrière rustique que l'on trouve au Gabon dans la zone tropicale humide. C'est une plante à racine et tubercule amylacé dont l'Afrique est le plus gros producteur avec plus de 110 millions de tonnes. La quasi-totalité de la production Africaine est consommée localement : c'est donc une culture de subsistance. Le manioc est un produit stratégique dans la lutte contre l'insécurité alimentaire en Afrique. Les nombreux produits dérivés du manioc à savoir la farine, les cosettes, le gari, l'atiéké, les granulés, le tapioca... témoignent de son importance.

Le but de la Coopak est de vulgariser les techniques culturales de cette racine importante afin de booster sa production. Le manioc se développe bien sur les sols argilo-sableux, profonds, souples et riches en matières organique. La récolte se fait en saison sèche, 12 à 20 mois après la plantation. Les tiges sont conservées horizontalement ou verticalement dans un endroit ombragé et aéré. Quant aux racines tubérisées récoltées, on peut les conserver à l'intérieur de tranchées sous un hangar.

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